jeudi 14 décembre 2017

Iram, l'Atlantis des sables

Hier soir je me suis regardé un documentaire qui parlait notamment de l'Atlantis des sables, la cité perdue d'Iram.


Du coup j'ai glané des informations ici et là pour faire une petite présentation, car une cité perdue dans le désert, c'est un classique dans l'univers Rôliste.


Moi ça m'a tout de suite fait pensé à ce vieux module D&D dont je parlais ici.




























Iram cité des piliers (arabe : إرَم ذات العماد, Iram ḏāt al-ʿimād), également appelée Irem, Ubar, Wabar ou la Cité des mille piliers, est une cité perdue qui serait située dans la Péninsule arabe.


Ubar est mentionnée dans d’anciens écrits et dans la tradition orale comme étant un important centre commercial du désert de Rub al-Khali, situé dans la partie sud de la péninsule arabe. On estime qu’elle a existé de 3000 av. J.-C. jusqu’au Ier siècle. La cité disparaît dans le monde moderne et n’est plus évoquée que dans quelques légendes.


Le Coran dit qu’Iram fut bâtie par la tribu de ʿĀd, arrière-petits-enfants de Noé. D'après le Coran, c’était alors une ville riche et décadente, dont les habitants, polythéistes, pratiquaient les sciences occultes. Son roi, Shaddad, refusa de prendre en compte les avertissements du prophète Houd et Allah détruisit la ville en l’enfouissant sous les sables, la transformant ainsi en véritable Atlantis des sables. Ils furent détruits par un vent mugissant et furieux.


L'histoire de cette ville fut transformée en légende et parvint à la civilisation européenne avec la traduction des Contes des Mille et une nuits.


Selon l'historien Ibn Khaldoun, les commentateurs auraient mal interprété la sourate al-Fajr. Selon Ibn Khaldoun, aucun commentateur ni chroniqueur n'a fait allusion à cette ville, pourtant les routes du Yémen sont parcourues par les guides. L’imagination des commentateurs du Coran s'est exercée à partir de considérations grammaticales : puisque le mot Iram a pour épithète "celle des piliers" et que imad est pris dans le sens de "colonnes", il s'ensuit qu'Iram ne peut désigner qu'un édifice. En réalité, ces fameux piliers ne sont que des piquets de tente car rien ne permet de croire qu'il s'agisse d'un édifice déterminé dans une ville donnée.




Si ce n'est que dans le Coran, il est dit :


Al-Fajr, verset 8 :


الَّتِي لَمْ يُخْلَقْ مِثْلُهَا فِي الْبِلَادِ
"dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes".


Il y a alors peu de chances qu'il s'agisse de simples tentes. En effet au Yemen il existe déjà plusieurs siècles avant l'arrivée de l'Islam des villes tel que Sana'a ou Shibam dont le patrimoine architecturale est reconnue et inscrit à l'UNESCO. Si Iram est "la plus belles des villes jamais construite" pour les arabes elle doit au moins être plus belles et plus grandes que les villes Yéménites.



Les ruines de l'oasis Ubarite






















Plusieurs découvertes récentes ont ressorti Iram du monde du mythe pour celui de l’Histoire.
La première découverte fut celle de tablettes dans les archives d’Ebla qui mentionnent explicitement le nom d’Iram. La seconde provient de l’étude par des archéologues de photos du golfe Persique prises depuis la navette spatiale Columbia en 1984. Ces photos montrent clairement plusieurs traces de villes détruites tout le long de la route de l'encens entre les années 2800 av. J.-C. et 100. L’une d’entre elles, à l’extrémité Est d’Oman dans la province de Dhofar, est une ville nommée Ubar, qui est généralement identifiée comme étant Iram.


Au début des années 1980, un groupe de chercheurs s’intéresse à l’histoire d’Ubar. Ils utilisent alors des données provenant des satellites équipés d'un radar à pénétration de sol et du Landsat de la NASA, ainsi que du satellite Spot pour retrouver les anciennes routes chamelières ainsi que leurs points de convergence. Des fouilles permettent ensuite de mettre au jour une forteresse servant à protéger la route et surtout un point d’eau sous la forme d’une vaste caverne située sous la forteresse. Cette caverne se serait effondrée entre 350 av. J.-C. et 300 av. J.-C., bloquant ainsi l’accès à la source.


En 1992, un archéologue amateur, Nicholas Clapp, prétend avoir découvert la ville en utilisant les données de la NASA. Il la situe également sur l’un des points d’eau, sur la route de l'encens allant des montagnes d'Oman jusqu’aux riches cités du Nord. Cette cité aurait été détruite pour moitié dans une gigantesque doline puis abandonnée par ses habitants.



Nicholas Clapp






















Arabophone et réalisateur de films documentaires à succès, Clapp est tombé, lors de ses recherches sur l'histoire arabe, sur un ouvrage très intéressant. Ce livre, intitulé Arabia Felix, avait été écrit par le chercheur britannique Bertram Thomas en 1932. Arabia Felix, qui signifie "l'Arabie heureuse", était l'appellation romaine pour le sud de la Péninsule Arabique, qui inclut aujourd'hui le Yémen et une grande partie du Sultanat d'Oman. Les Grecs appelaient cette région Eudaimon Arabia (L'Arabie bénie), et les érudits arabes médiévaux Al-Yaman as-Saida (L'heureux Yémen) parce que les gens qui y vivaient autrefois servaient d'intermédiaires privilégiés dans le commerce très lucratif des épices entre l'Inde et le Nord de la Péninsule Arabique. De plus, les habitants de cette région produisaient et revendaient de l'encens, une résine aromatique issue d'arbres rares.


Le chercheur britannique Thomas a longuement parlé de ces tribus et a même déclaré avoir trouvé les traces d'une ancienne cité fondée par l'une d'elles. Il s'agissait de la cité connue des Bédouins sous le nom de "Ubar". Lors de l'un de ses voyages dans la région, les Bédouins du désert lui avaient montré d'anciennes pistes et avaient déclaré que ces pistes menaient vers la vieille cité d'Ubar. Thomas, qui était passionné par ce sujet, mourut avant d'avoir pu compléter ses investigations.


Clapp se plongea dans les écrits de Thomas et crut en l'existence de la cité perdue évoquée dans l'ouvrage. Sans perdre de temps, il commença ses propres recherches, en essayant de poursuivre le travail entamé par Thomas. Clapp utilisa deux approches différentes pour prouver l'existence d'Ubar. Premièrement, il retrouva les pistes mentionnées par les Bédouins. Il s'adressa ensuite à la NASA afin d'obtenir les photos satellites de la région. Après beaucoup d'efforts, il parvint à convaincre les autorités locales de prendre des clichés de la zone tant souhaitée.


Clapp étudia après cela les anciens manuscrits et cartes de la bibliothèque Huntington en Californie. Son objectif était de trouver une carte de la région visée. Une courte recherche lui permit d'en découvrir une : il s'agissait d'une carte dessinée par le géographe égypto-grec Ptolémée au 2ème siècle (de l'ère chrétienne). Cette carte révélait l'emplacement d'une ancienne cité trouvée dans la région ainsi que les pistes qui y menaient.


Entre-temps, sa recherche fit un bond en avant lorsqu'il reçut la nouvelle que la NASA avait procédé aux prises de photos souhaitées. Ces photos montraient l'existence de pistes caravanières difficilement décelables à l'oeil nu depuis le sol, mais clairement identifiables depuis le ciel. En comparant les clichés avec la carte de Ptolémée, Clapp parvint très vite à la conclusion suivante : les pistes des deux documents coïncidaient, et elles aboutissaient sur un vaste site ayant toute l'apparence de l'emplacement d'une cité.


Finalement, grâce au travail de Clapp et à celui de Thomas avant lui, ainsi qu'à l'aide fournie par les chercheurs de la NASA, l'emplacement de cette cité légendaire, qui avait fait l'objet de récits oraux par les Bédouins, fut découvert. Peu de temps après, commencèrent les fouilles et des vestiges enfouis sous les sables furent mis au jour. C'est pourquoi cette cité perdue fut surnommée "l'Atlantis des sables, Ubar".



La photo satellite ci-dessus montre la région d'Oman dans le sud de la Péninsule Arabique. Sur les photos de la cité d'Ubar, prises depuis l'espace par la NASA en 1992, on découvrit les traces d'anciennes pistes caravanières. Le peuple de 'Ad, dont le Coran nous révéla l'existence il y a 1.400 ans de cela, apparaît comme l'un des miracles du Coran découvert grâce à la technologie moderne.






























Cependant, quels éléments permettaient de démontrer que cette ancienne cité était bien celle où avait vécu le peuple de 'Ad évoqué dans le Coran ?


Dès le début de cette recherche, on comprit que les restes de cette cité appartenaient au peuple de 'Ad. La concordance devint incontestable à partir du moment où, parmi les restes découverts, on mit au jour les vestiges de colonnes et tours d'Iram mentionnées de façon précise dans le Coran. L'un des responsables des fouilles, le Dr Juris Zarins, déclara qu'étant donné que les tours sont l'un des signes distinctifs d'Ubar et qu'Iram est mentionnée comme abritant des tours et des piliers, ces indices si particuliers suffisent à prouver que le site déterré n'est autre que celui d'Iram, la cité des 'Ad décrite dans le Coran.
N'as-tu pas médité la façon dont ton Seigneur a traité Ad, [la tribu d'] Iram aux colonnes en hauteur, [qui était] telle que jamais il n'en fut créé de semblable dans le pays. (Coran, 89 : 6-8)
Une autre équipe dirigée par Ranulph Fiennes qui fouillait les ruines du fort de Shis'r datant du XVIe siècle trouve, sous le fort, les restes d'une cité qu'elle pense être Ubar, l’Atlantis des sables (selon l’expression de T. E. Lawrence - Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie).



T. E. Lawrence




























De fait, Ubar n’était pas le nom de la ville, mais celui de la région. Au IIe siècle, Ptolémée dresse une carte sur laquelle il nomme la zone Iobaritae (Ubarite en français). Par la suite, la légende se concentrera sur la ville et utilisera le nom de la région pour la désigner.


Dans la légende contemporaine, cette ville est citée dans l’œuvre de Howard Phillips Lovecraft se trouvant être la Cité sans Nom.


Cette légende a également probablement inspiré Frank Herbert dans son roman Les Enfants de Dune.




























Le roman Tonnerre de Sable de James Rollins situe son action autour d'Iram et de ses mystères.


Le roman de Daniel Easterman, Le Septième Sanctuaire, a pour cadre Iram, la ville aux mille colonnes.


Dans le roman Les Puissances de l'invisible de Tim Powers, le héros Andrew Hale rencontre le surnaturel dans les cratères de Wabar, là où T. E. Lawrence et St. John Philby sont passés avant lui.


Dans la bande dessinée L'Histoire secrète, Iram est décrite comme la ville mythique, la cité de Kor, recherchée par les Archontes pour l'immense pouvoir qui y serait caché.


Dans le jeu Uncharted 3 (PlayStation 3 et 4), Iram est la destination principale du personnage Nathan Drake.



L'image ci-dessus montre ce à quoi pourrait ressembler Iram, comme elle a été découverte dans le désert du Rubi 'Al-Khalil, où la ville a été signalé pour la dernière fois.




















Khalil Gibran lui consacre un long poème intitulé " Iram, cité des hautes colonnes ".


Le jeune poète britannique Robert Southey (1774-1843), un ami de Coleridge, un ex-Jacobin rendu Conservateur après la Terreur, commença vers 1799-1800 au Portugal un long poème épique en vers blancs, qui serait sa propre suite aux Mille et Une Nuits, Thalaba the Destroyer. Cela apparaît comme un des premiers romans de fantasy du XIXe siècle naissant. Le texte paraît illisible tant il est répétitif mais Shelley ou Keats l'avaient adoré (et je ne peux pas croire que Tolkien n'en ait pas eu quelque infuence inconsciente).



Robert Southey



























Juste avant la Révolution, l'Illuminé mystique Jacques Cazotte (qui avait déjà écrit une parodie fantastique, Mille et Une Fadaises en 1742) avait rédigé, avec l'aide d'un prêtre syrien nommé "Dom Denis Chavis" une Suite des Mille et Une Nuits (publiée en feuilleton dans le Cabinet des fées, 1788-1790). Chavis avait vraiment traduit un des manuscrits arabes mais Cazotte l'avait remanié profondément en ajoutant ses propres aventures et des allégories martinistes. Les 4 histoires qui semblent inventées par Cazotte étaient "L'histoire de Xailoun l'Idiot", "L'histoire d'Alibengiad, Sultan d'Herak, ou les Faux Oiseaux de Paradis", "L'histoire de la famille Schebanad de Surat" et "L'histoire de Maugraby, ou le Magicien". Dans cette dernière, le sorcier diabolique Maugraby, qui sert Zatanai, enlève des enfants qu'il amène dans sa caverne abyssale de Domdaniel, sous la mer près de Tunis pour les dresser comme ses disciples. Mais le Roi Habed il-Kalib, roi de Tadmor (Palmyre, cf. la légende de la Cité d'Airain), traverse un rite initiatique pour pouvoir vaincre le polymorphe Maugraby.

C'est ce récit de Cazotte, traduit en anglais dès 1792, qui sert de base à Southey pour sa version, assez ignorante des légendes arabes puisque c'est une lecture par un Romantique anglais d'un Illuminé français (voir Robert Irwin, Arabian Nights: A Companion, "Children of the Nights", p. 263). Et sa vision de l'Islam semble le confondre souvent avec des sources plus zoroastriennes en mettant au centre un combat entre la Lumière et Satan. Habed il-Kalib devient Thalaba mais Southey garde la caverne mystérieuse de Domdaniel, qui va devenir par la suite un cliché de la poésie britannique pour représenter une sorte de plan féérique.



Thalaba pleure ses parents devant l'Ange de la Mort.


La sorcière Khawla








































Les Sorciers maléfiques de Domdaniel apprennent qu'un membre de la famille des Hodeirah les détruira un jour. Ils partent donc tous les exterminer mais un seul Hodeirah a survécu, Thalaba, qui sera élevé par Moath dans les ruines de l'antique Cité d'Iram aux hauts Piliers. Le sorcier Abdaldar de Domdaniel cherche à le retrouver mais est pris dans une tempête de sable où il perd son Anneau magique, que Thalabar retrouve par hasard. Poursuivi par les forces qui veulent lui reprendre cette bague, Thalabar ne veut pas être corrompu par la sorcellerie et fuit à travers la Mésopotamie jusqu'aux ruines de Babylone et en Perse où il rencontre des créatures de la mythologie persane comme Zahak et l'Oiseau Simurgh. Après bien des tentations et des pertes de l'Anneau (il l'avait jeté dans un puits), Thalaba finit par s'en débarrasser (bien que ce soit la magie de cet Anneau qui l'ait souvent protégé des sortilèges de ses ennemis) en le jetant dans l'Océan. Il trouve alors finalement l'entrée de Domdaniel qu'il détruit avec une épée de feu qui appartenait aux Hodeirah, comme l'avait prédit la Prophétie initiale.



Thalaba et Mohareb visitent la caverne de Zahak.


Les magiciennes Khawla et Maimuna emportent Thalaba sur leur char.


Thalaba face à l'Idole (et surmonté des âmes de ses parents)
(illustrations par William Hawkes Smith, très blakiennes)






















































Je ne sais pas si Thalaba a pu être inspiré de l'Anneau de Polycrate de Schiller (1798), cela paraît trop récent pour qu'il en entende parler au Portugal.


Debout sur la terrasse de sa maison, il promenait ses regards satisfaits sur sa ville de Samos. « Tout ce que tu vois est soumis à mon pouvoir, disait-il au roi d’Égypte : avoue que je suis heureux.

— Tu as éprouvé la faveur des Dieux : elle a assujetti à la puissance de ton sceptre ceux qui naguère étaient tes égaux : mais il en est un encore qui peut les venger ; je ne puis te proclamer heureux aussi longtemps que veille l’œil de ton ennemi. »

À peine le roi avait-il parlé, qu’on voit venir un messager envoyé de Milet : « Fais flotter, ô seigneur, la fumée des sacrifices, et couronne d’une riante branche de laurier ta chevelure divine.

« Ton ennemi est tombé, frappé d’un trait mortel ; ton fidèle général Polydore m’a dépêché vers toi avec cette joyeuse nouvelle. » Et, en parlant ainsi, il tire d’un vase noir et présente aux regards stupéfaits des deux souverains une tête bien connue et encore sanglante.

Le roi effrayé fait un pas en arrière : « Garde-toi, dit-il, de te fier au bonheur. Pense à la mer inconstante, à l’orage qui peut s’élever et anéantir la fortune incertaine de ta flotte. »

Avant qu’il ait achevé de parler, il est interrompu par les cris de joie qui retentissent sur la rade. Une forêt de navires apparaît dans le port, ils reviennent remplis de trésors étrangers.

L’hôte royal s’étonne : « Ton bonheur est grand aujourd’hui ; mais redoute son inconstance. Les troupes crétoises te menacent d’un péril imminent : elles sont déjà près de la côte. »

Avant qu’il ait achevé de parler, on voit des navires dispersés et des milliers de voix s’écrient : « Victoire ! Nous sommes délivrés de nos ennemis. L’orage a détruit la flotte crétoise, et la guerre est finie. »

Alors l’hôte royal dit avec terreur : « En vérité, je tremble pour toi : la jalousie des Dieux m’épouvante. Nul mortel en ce monde n’a connu la joie sans mélange.

« La fortune aussi m’a souri, la faveur du ciel m’a soutenu dans mes entreprises ; mais j’avais un héritier chéri : les Dieux me l’enlevèrent. Je le vis mourir, et je payai ainsi ma dette à la fortune.

« Si tu veux éviter quelque catastrophe, invoque les Génies invisibles pour qu’ils mêlent la souffrance à ton bonheur. Je n’ai vu encore aucun mortel arriver joyeusement au terme de sa vie, quand les Dieux l’avaient comblé de leurs dons.

« Et si les Dieux n’exaucent pas ta prière, écoute le conseil d’un ami. Appelle toi-même la souffrance, choisis parmi tous tes trésors celui auquel ton cœur attache le plus grand prix, et jette-le dans la mer. »

Polycrate, ému par la crainte, répond : « Dans toute cette île, rien ne m’est plus précieux que cet anneau : je veux le consacrer aux Euménides pour qu’elles me pardonnent ma fortune ; » et il jette l’anneau dans les ondes.

Le lendemain matin un pêcheur au visage joyeux se présente devant le prince : « Seigneur, dit-il, j’ai pris un poisson tel que je n’en avais jamais vu de semblable dans mes filets, et je viens te l’offrir. »

Lorsque le cuisinier ouvrit le poisson, il accourut tout étonné auprès du prince et lui dit : « Vois, seigneur ; l’anneau que tu portais, je viens de le trouver dans les entrailles de ce poisson. Oh ! ton bonheur est sans bornes. »

Le roi d’Égypte se détournant alors avec horreur, s’écrie : « Je ne puis rester ici plus longtemps et tu ne peux plus être mon ami. Les Dieux veulent ta perte, je m’éloigne à la hâte pour ne pas périr avec toi. » Il dit, et à l’instant même il s’embarqua.


Mais cet Anneau, qu'il s'agit plus de détruire que d'utiliser paraît plus proche de celui de Tolkien que l'Anneau des Niebelungen ou même que l'Anneau de Gygès (qui corrompt certes aussi mais qu'on ne détruit pas). Dans les deux cas, Frodo comme Thalaba partent dans une quête où l'Anneau va retourner à sa source pour la détruire (Domdaniel et Mordor). L'Anneau de Thalaba vient plutôt de l'Anneau de Salomon qui peut lier les Génies et il est précisé que c'est une bague sertie d'une gemme de cristal (Livre II, note 27) alors que l'Anneau Unique n'a pas de pierre. Quand Gandalf dit qu'on ne va bien sûr pas simplement le jeter à la mer, Tolkien pensait sans doute à Polycrate mais peut-être aussi à Thalaba. L'épée de feu qui succède à l'Anneau chez Thalaba pour détruire Domdaniel devient l'instrument pour forger et pour fondre l'Anneau Unique. Le Cardinal Newman (qui influença les Catholiques d'Oxford comme Tolkien) aimait la parabole chrétienne de Thalaba mais Frodo est bien plus humain dans sa résistance que la sainteté prédestinée de Thalaba.

[Il y a vraiment dans l'Islam des récits sur un Thalaba, un compagnon du Prophète qui pécha contre lui et put ensuite obtenir sa rédemption. Il y eut un Tha‘labah ibn Hātib, qui aurait négligé de payer l'aumône, et Tha‘labah ibn Abdul Rahman, qui aurait commis un péché de lubricité selon un hadith. ]

Robert Southey avait écrit avant un autre poème original, Madoc, sur un héros gallois du XIIe siècle qui traverse l'Atlantique et affronte les Mexicas d'Aztlan, et après Thalaba, il écrivit un autre livre, cette fois inspiré de légendes indiennes, Curse of Kehama, sur un héros, Ladurlad, rendu immortel, isolé et insomniaque par le maléfique brahmane Kehama qui veut se venger de lui, et poursuivi par l'ombre du fils démoniaque de Kehama (le thème du Juif errant et de Melmoth deviendra important dans le romantisme). Cela fait de sa poésie un des premiers grands mélanges des genres épiques, du merveilleux ancien et du nouveau fantastique.

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