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dimanche 17 juillet 2022

Idée du contexte d'amorce de ma future campagne - Jules Verne, H.G. Wells, Cha'alt...

Donc pour notre future campagne, je prévois dans les semaines qui viennent, quand je pourrais réunir notre groupe de joueur, une première aventure qui lancera la campagne. Ce sera une aventure one-shot, basée sur une exploration de méga-donjon mais que nous exécuterons en plusieurs parties histoire de tester différents systèmes et voir lequel retenir pour le reste de la campagne... Donc il y aura des PJ et un certain nombre d'acolytes pour prendre leur place en cas de mort, on ne fera pas de montée de niveau ou autre truc du genre puisque on établira une nouvelle fiche à chaque partie pour essayer un système.




Le pitch de départ sera "De la Terre à la Lune" de Jules Verne, suivi de "Autour de la Lune" du même Jules Verne et "Les Premiers Hommes dans la Lune" de H.G. Wells. Attention cela va juste servir de pitch d'introduction à l'aventure comme suit :

Après la fin de la guerre de Sécession, le Gun Club de Baltimore, club d'artilleurs, végète par manque d'activité. Son président, Impey Barbicane, propose très sérieusement d'envoyer un boulet de canon sur la Lune. Après plusieurs réunions, le Gun Clubs'organise et lance une collecte de fonds en direction de toute la planète. Après avoir récolté l’argent nécessaire, le projet se concrétise sous la forme d'un gigantesque canon d'une conception inspirée des Columbiad américains.

La volonté du club est de mener l’expérience sur le territoire des États-Unis. Après s'être renseigné auprès de l'observatoire de Cambridge (Massachusetts) pour connaître les contraintes physiques (vitesse, date, lieu) favorisant leur projet, les membres du club déterminent les caractéristiques du canon, du projectile et de l'explosif. Ils choisissent également un site près de Tampa en Floride pour y préparer le tir. Un télescope est enfin construit dans les Rocheuses, afin de pouvoir observer au mieux le projectile durant son vol.

Le Gun Club reçoit un télégramme du Français Michel Ardan, qui propose de fabriquer un projectile creux (au lieu du boulet plein prévu) dans lequel il pourrait prendre place afin d'aller sur la Lune. Après avoir vérifié l’existence de ce Français, Barbicane suspend la fabrication du projectile. Arrivé aux États-Unis, Ardan convainc l'opinion publique de la possibilité de son idée. Seul Nicholl, adversaire et rival de Barbicane, s’oppose à ce projet, de la même façon qu'il s'était opposé au projet initial de Barbicane. Ardan résout le conflit en persuadant les deux hommes d'entreprendre avec lui ce voyage vers la Lune.

Le tir est un succès. Sur Terre, après l’enthousiasme arrive l’inquiétude, car il est impossible de suivre le projectile à cause des nuages. Au bout de quelques jours, celui-ci est finalement découvert en orbite autour de la Lune.

À bord, Michel Ardan, Impey Barbicane et le capitaine Nicholl découvrent l’atmosphère ainsi que la face cachée, où ils pensent apercevoir des villes, fugitivement révélées par la lumière d’un astéroïde en feu qui croise leur route. Cette rencontre fortuite dévie leur trajectoire, leur permettant ainsi d’échapper à l’attraction lunaire et de revenir sains et saufs sur Terre où ils amerrissent.

J.-M. Belfast le directeur de l'observatoire de Cambridge, Massachusetts, ayant eu vent des observations des trois aventuriers concernant d'éventuelles villes aperçues sur la face cachée de la Lune décide d'entreprendre des recherches. Lui qui fut le confrère des astronomes George Phillips Bond et Alvan Graham Clark, découvreur de la naine blanche qui accompagne Sirius, espère aussi connaître son heure de gloire en rapportant une découverte majeure.

À la fin du xixe siècle, pour échapper à ses créanciers, un homme d'affaires, M. Bedford s'associe avec un savant un peu fou mais génial, Cavor, qui a inventé une matière, la cavorite, qui, une fois déposée sur un objet, permet à celui-ci de s'affranchir de la pesanteur. Ensemble, et avec Kate, la fiancée de Bedford, ils partent pour la Lune, et découvrent que celle-ci est habitée par les Sélénites, des humanoïdes insectiformes qui ont conçu une civilisation très évoluée, même si très différente de celle de la Terre. Les premiers contacts sont un peu rudes.




Bedford et Cavor ne sont pas d'accord sur la façon d'entrer en relation avec eux. Bedford penche nettement pour une façon musclée, tandis que Cavor, en bon savant qu'il est, cherche à entrer en contact avec eux, et y parvient. Mais ils apportent avec eux les tares de l'Humanité dans cette civilisation qui vivait en harmonie avant leur arrivée.

Bedford et Kate rentreront seuls sur Terre, Cavor choisissant de rester parmi les Sélénites.




De retour sur Terre, ces derniers parleront de leur découverte mais ne seront pas pris au sérieux, ils seront même un temps soupçonné de raconter ces affabulations pour dissimuler les circonstances suspectes de la disparition de Cavor.

De son côté, J.-M. Belfast continue ses observations, pendant plusieurs mois il observe la Lune espérant trouver des traces d'une présence, si une civilisation existe se dit-il, elle ne peut pas restée cantonnée uniquement à la face cachée. Un jour c'est la surprise totale, une pyramide noire est apparue sur la Lune a un endroit où il n'avait rien observé auparavant. Au courant de l'expédition de Bedford, il prend contact avec ce dernier et prend a sérieux ses déclarations. Ensemble ils décident de retaper l'aéronef mis au point par Cavor pour relancer une nouvelle expédition, Belfast prend contact avec le Gun Club de Baltimore pour lever des fonds et regrouper un groupe d'aventuriers assez téméraires pour entreprendre ce nouveau voyage.




C'est là que vont intervenir les PJ qui prendront place parmi cette expédition.

Pour la Pyramide Noire, je vais m'inspirer de Cha'alt et de Menace dans le ciel (titre original : Rogue Moon) d'Algis Budrys :

La Pyramide noire est façonnée en pierre extra-dimensionnelle et alimentée par des dieux morts liquéfiés, c'est un méga-donjon étrange, extraterrestre et bizarre. La pyramide elle-même est semi-translucide et noire, de minuscules veines vertes brillent dans sa structure extraterrestre... c'est une substance imperméable à la magie, mais propice aux voyages inter-dimensionnels. 

La Pyramide Noire est gonzo, c'est à parts égales l'Echelle de Jacob, Docteur Who des 70'S, Cube, Le Guide du Voyageur Galactique, tous les épisodes étranges de la série originelle Star Trek, H.P. Lovecraft, Kafka, Stephen King et toute les oeuvres de Sword & Sorcery / Post-Apocalyptiques qui auraient semé leurs graines dans D&D. C'est comme une aventure de donjon où vous traversez le rêve d'un Titan Cosmique sorti de l'imagination de Jack Kirby.

On dit que certaines pièces de la pyramide noire glissent dans et hors de la réalité lorsque les anciens dieux remuent.




La Pyramide Noire comprend un peu plus d'une centaine de salles réparties sur 5 niveaux, c'est de nombreux ponts inter-dimensionnels où il peut se produire toutes sortes de rencontres, j'ai commencé à réfléchir à des idées de salles pour ma Pyramide Noire :

1 - Cette salle est une jungle, des arbres Cyclopes se dressent à plus de trente mètres et s’élargissent vers les cimes pour étendre leurs branches comme des mains tendues vers le ciel. Inutile d’ajouter que leur Œil unique, à la base du tronc, les rend assez inquiétants. Les Minos sont de petits êtres vils qui se cachent dans la forêt. Le corps recouvert d’une épaisse fourrure, ils sont aussi agiles que des petits chimpanzés et ont une très bonne vue. Dès qu’une occasion se présente et qu’un aventurier se sépare du groupe, ils fondent sur lui par groupe de cinq dans l’intention de le mettre KO, si besoin, en le molestant avec des pierres. Une fois leur victime assommée, ils la traînent dans la cosse d’un arbre géant. Là, ils la laissent fondre dans les dangereux sucs digestifs des Arbres Cyclopes, ils en tirent une drogue qu'ils utilisent lors des rituels impies de leur tribu.


Pour cette entrée je me suis inspiré de Space Adventure Cobra...


2 - Une salle de grande taille complètement vide et d’un blanc immaculé, en son centre un grand cube noir de 20m de côté. Une porte permet d’y entrer. A l’intérieur une étrange machine fabrique toutes les 1d4 tours un étrange cube gélatineux de 2m de côté qui semble vivant et se dirige dès sa création vers la moindre trace de vie détectée dans la pièce.
3 - A l'intérieur de la salle très sombre se trouve un Dungchen (cor tibétain). Jouer de ce cor convoque un moine bouddhiste (apparaissant en 1d4 tours) qui entre dans la pièce et s'enflamme, fournissant suffisamment de lumière et de chaleur pendant plusieurs minutes avant qu'il ne s'éteigne et ce qui reste du moine est emporté comme du sable dans le vent. Durant les minutes où la salle est éclairée, on peut apercevoir de nombreux coffres dont certains sont ouverts et semblent remplis de trésors, on peut apercevoir également une porte de chaque côté de la pièce et une porte face à celle qui vous a servi à entrer. Au dessus de deux des portes figure un affreux visage sculpté grimaçant et au dessus de la troisième un visage souriant. Certains des coffres sont des mimics, les deux portes avec des visages grimaçant donnent sur un piège mortel (au choix du MJ), il est intéressant pour le MJ d’attirer l’attention des PJ sur les coffres et juste brièvement sur les portes pour semer le doute quand à la sortie. Les PJ peuvent faire de nouveau sonner la trompette et un nouveau moine apparaîtra et fera la même chose mais l’ordre des portes aura changé.




4 - Une salle assez grande avec une scène à l’extrémité opposée. Sur la scène un groupe de types bizarres vêtus de cuir bizarre et de pointes, ils ont des cheveux longs hirsutes et d’étranges instruments avec lesquels ils jouent une musique bruyante et démoniaque, si on peut appeler ça musique. Sur une croix au milieu de la scène est attachée une jeune femme et à côté l’un de ces démons musiciens de l’enfer agite un immense couteau, il s’apprête à la sacrifier. Devant la scène 2d20 créatures vêtus de la même manière secouent leurs têtes à toute vitesse en poussant des cris bestiaux et en faisant des signes impies avec leurs mains.
5 - Un grand couloir, à mi-chemin une statue de guerrier barbare de 3m de haut semble barrer le passage.
6 - Une salle comme une caverne éclairée de torches et de bougies, un petit démon y commande 1d10 guerriers squelettes.
7 - Une clairière dans laquelle 1d20 soldats de l’Empire Allemand bivouaquent. Un bois borde la clairière, il vous faudra passer discrètement par celui-ci pour éviter les soldats qui montent la garde. Si vous êtes repéré les soldats attaqueront à vue car ils ont pour consigne de ne laisser aucun témoin de leur présence.


Quand j'aurai une centaine d'entrée je ferai une table aléatoire sur laquelle nos tirerons des salles au hasard.

Pour la dernière entrée, je compte introduire dans ma campagne la Deutsches Heer (le nom officiel de l'armée de terre dans l'Empire allemand de 1871 jusqu'en 1919). En effet, nous sommes en pleine militarisation de l'Empire par le Kaiser Guillaume II et ce dernier a envoyé des agents un peu partout à travers le monde pour regarder ce qui se fait ailleurs en matière d'avancées technologiques militaires. Parallèlement, la Doctrine secrète d'Helena Blavatsky commence à faire parler d'elle et certains gradés de l'armée du Kaiser voit dans le concept des races-racines, non pas un argument de supériorité raciale comme le feront plus tard certains de leurs compatriotes aux idéologies malsaines, mais plutôt la possibilité d'anciennes civilisations (hyperboréens, lémuriens, atlantes...) aux avancées technologiques incroyables. Les espions du Kaiser et certains groupe de militaires de l'Empire traquent ces technologies anciennes et occultes et sont au courant des découvertes lunaires, ils ont donc monté leur propre programme d'expédition en volant un stock de cavorite et sont présent sur la Lune (possibilité d'espions dans le groupe des PJ).




Je pense aussi que quand l'expédition arrivera sur la Lune, avant d'aller explorer la Pyramide Noire, ils voudront se rendre dans la ville des Sélénites pour rencontrer Cavor et là ils tomberont sur des ruines et des cadavres ou alors sur une ville étrange où tous les habitants semblent être sous un contrôle mental, zombifiés... Qu'est il arrivé à Cavor, son rôle dans les évènements ? Peut-être est il à l'origine du problème, peut-être est il devenu le prêtre d'un sombre culte de la Pyramide Noire ??? De nombreuses pistes à explorer...




Donc voilà en gros le pitch pour l'aventure, cela va servir de prétexte pour envoyer les PJ dans la Pyramide Noire, poser le contexte historique, fantastique et littéraire de l'époque où la campagne va débuter (fin XIXème / début XXème) et servir pour déclencher les évènements dont je parle depuis quelques semaines (King Ghidorah, Exif/Elfes Noirs, goules, géants...). Il me reste à définir un lien entre la Pyramide Noire et King Ghidorah et les Exif... peut-être via Carcosa / Hastur ??? Je verrai bien...

mardi 6 mars 2018

Inspiration - Film : Avril et le monde truqué

On a récemment découvert ce film d'animation, un pur moment de plaisir et de très bonnes idées pour un scénario ou une table.


Avril et le Monde truqué




1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du XIXème siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?




Première originalité qui ne manquera pas de séduire : Avril et le monde truqué est résolument steampunk (littéralement : punk à vapeur). Ce terme désigne les œuvres dont l’action se déroule dans la société industrielle du XIXe siècle. Au menu de ces romans, machines à vapeurs et révolution industrielle. Le genre steampunk s’est ensuite étendu, devenant une véritable esthétique et gagnant en conséquence tous les types d’arts, jusqu’au cinéma. Le dessin de Tardi au trait si particulier et son imagination foisonnante alliés à ce genre de proposition rétrofuturiste, le projet a déjà de quoi mettre en appétit. Mais les qualités du dessin animé ne s’arrêtent pas là. Inspirés notamment par Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick, qui imagine un monde alternatif où les Nazis ont remporté la guerre, Legrand et Ekinci utilisent l'uchronie pour libérer leur imaginaire. Miyazaki a également été un modèle. Un teaser est présenté au forum lyonnais Cartoon Movie : StudioCanal rejoint alors l'aventure, comme distributeur et co-producteur. Avril et le monde truqué sera co-réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares : le premier se concentrait sur la mise en scène (son, doublage, story-board), tandis que le second s'occupait de l'animation et de la direction artistique à la Tardi.




Avril et le monde truqué est une uchronie. Dans cette nouvelle histoire de France (et du monde), l’électricité n’a jamais été inventée. C’est donc le charbon qui domine. Des tramways, de la vapeur dans tous les sens et du métal, comme si Paris n’était plus constitué que par ses toits, ceux qui ont un aspect si charmant aux yeux des touristes. Ce Paris-là est abusif, jusqu’à comprendre non pas une mais deux tours Eiffel. Critique superbe de notre propension à en faire trop, c’est une ville ultra polluée où – en partie à cause de la disparition mystérieuse de tous les scientifiques – on a appris à faire plutôt qu’à réfléchir.

Mais les auteurs ne se sont pas contentés de cette proposition digne d’un bon film d’anticipation, ils ont apporté une touche spéciale à cette histoire. Leur héroïne, Avril , qui donne son nom au film, est en effet particulièrement intelligente. C’est une scientifique fauchée résolument rebelle : Elle se cache pour exercer son métier et son talent de chercheuse. Avec ses cheveux courts et ses habits usés, son apparence dont elle se fiche ouvertement, Avril incarne un nouveau genre d’ héroïne. À la suite de Mérida, la Rebelle de Pixar, sa quête n’est pas tournée autour de la recherche d’un prince charmant mais d’un remède miraculeux. Bref : Avril aimerait sauver le monde avant de se sauver elle-même. Cette poursuite, très concrète, évacue du métrage tout le romantisme éculé auquel nous avait habitué bon nombre de dessins animés contemporains.

N’hésitant pas à nous évoquer un avenir peu reluisant – on pense à Steamboy ou à Wall-e avec son futur pollué où les humains ont organisé leur propre dépendance à quelque chose qui leur fait du mal- le film est dynamique, voir virevoltant. Il faut voir ce Paris enfumé et charbonneux, ce déluge de machines à vapeur et surtout ces méchants dont on ne révèlera pas l’identité... Avril évolue dans un univers où exercer sa science est une honte. C’est une solitaire, fauchée et désespérée dont le courage est la seule arme. Vous l’aurez sans doute compris : le film n’a pas pour ambition de vous conter fleurette. C’est tant mieux. Cette liberté permet aux auteurs de déployer un véritable récit d’aventure aussi ambitieux que généreux. Il offre des scènes d’action splendides garnies de punchlines à l’ancienne.




Si l’univers est sombre, ces touches lumineuses viennent rehausser l’histoire qui évite l’écueil du pathos. Même le compagnon d’Avril - un chat qui parle - est rendu délicieusement atypique à travers la voix qu’on lui prête qui n’est autre que celle du chanteur Philippe Katherine. Le reste du casting voix est d’ailleurs impeccable. C’est une Marion Cotillard farouche qui prête son timbre à Avril et Olivier Gourmet interprète son père. A leur suite : Jean Rochefort, Marc André Grondin, Bouli Lanners... Un chapelet de voix francophones quatre étoiles.

Six ans de travail ont été nécessaires pour mettre en image le foisonnant univers graphique de Tardi, Rien d’étonnant, au vu du résultat : un superbe mélange des genres à la hauteur de ce labeur. Avril et le monde truqué investit le meilleur de chaque talent ayant pris part au dessin animé pour nous offrir un monde rétrofuturiste varié, coloré, tantôt drolatique, tantôt sombre.

Justement récompensé par le cristal du long métrage au festival d’animation d’Annecy, Avril et le monde truqué est une réussite. Par l’ambition intellectuelle de son scénario et son superbe univers graphique. Par le ton et l’humour distillés tout au long de l’histoire. Par son interprétation joliment placée. Parfaite illustration de l’adage « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », la petite mécanique steampunk d’Avril et le monde truqué va vous faire changer de regard sur la capitale.




Desmares expliquait à Télérama comment l'œuvre Tardi a dirigé la production : « Il a fallu apprendre à “faire du Tardi” tout en respectant les contraintes de l’animation. Recenser minutieusement tout ce qui rend son style caractéristique : la manière dont il dessine les nez, celle dont les personnages utilisent leurs mains… On a fait le même travail sur les décors : quels sont les traits tirés à la main ou à la règle, comment les volumes sont soulignés, avec quelles épaisseurs. Cette manière inimitable de simuler la profondeur de champ avec des traits et non avec du flou. Tous les aspects ont compté, la texture, la mise en couleur, le rendu aquarelle : on a peu à peu mis en place une sorte de “recette”, en discutant régulièrement avec Jacques sur ses méthodes et ses outils. Même chose pour les cadrages et pour la lumière : cette ambiance assez sombre, ce côté polar noir, comme dans les BD où Tardi adapte Nestor Burma. Toutes les références visuelles à ce cinéma des années 30-40 qui l’inspire, Quai des brumes ou Hôtel du Nord. Seule la fin, où l’on découvre une sorte de jungle, s’écarte un brin de son univers. Et encore : il nous a fait rajouter des boulons ! »




Avril et le monde truqué de Franck Ekinci et Christian Desmares est une merveille, d'une inventivité folle. La maison qui nage, les rats-espions, les téléphériques-bateaux, la double Tour Eiffel, et même le titre lui-même : le film regorge d'idées magiques et magnifiques, dans une ambiance rétro-futuriste grandiose. Il y a un peu de Tintin et du Roi et l'oiseau (en plus de quelques grosses similitudes avec Capitaine Sky et le monde de demain, un autre film injustement ignoré) dans cette fable presque post-apocalyptique, passionnante uchronie qui imagine une humanité qui a rongé la nature pour pousser, tordue, dans un monde de fer et de vapeur. Parce qu'il est illustré de manière poétique et décalée, le message écologique est particulièrement saisissant.




Visuellement, c'est un plaisir total : du Paris embrumé et grisâtre, d'une richesse fascinante et qui regorge d'éléments décalés, à la jungle irréelle cachée sous terre, en passant par les véhicules et une foule d'éléments joyeusement absurdes, Avril et le monde truqué puise le meilleur de la recette du film d'aventure, en y apportant une identité charmante. Profondément grandiose en partie parce que le récit prend une direction inattendue, l'œuvre de Franck Ekinci et Christian Desmares est un voyage aux frontières du réel, une chasse au trésor enivrante et excitante.




C'est très drôle, plus que divertissant vu le lot de surprises, mais également très touchant. Avril est une héroïne étonnante, qui résiste aux codes classiques de la petite chose aimable : c'est une combattante dure, solitaire, blessée. Classiques dans le fond, les personnages de Pops et Darwin apportent une énergie fantastique à l'histoire, le chat étant même à l'origine de certaines des scènes les plus touchantes. Et lorsque la destruction d'une fabuleuse maison animée brise le cœur, c'est la preuve que le film est une réussite.

vendredi 29 septembre 2017

Les Voyages extraordinaires de Jules Verne ou le roman géographique au XIXe siècle

J'avais brièvement parlé brièvement de Jules Verne ici, je viens de tomber sur ce lien qui recense plusieurs sites où l'on peut télécharger gratuitement les différents romans qui composent la collection des Voyages Extraordinaires. Parce que sur ce Blog on se cultive aussi.




Célèbre dans le monde entier, la série des Voyages extraordinaires de Jules Verne reste pourtant méconnue. D'abord parce qu'elle n'a plus été rééditée dans son ensemble depuis longtemps. Ensuite parce que l'image assez fausse que l'on avait de Jules Verne commence seulement, depuis deux décennies, à se modifier : au vulgarisateur de la science succède enfin un grand auteur, qui a tissé une œuvre unique dans laquelle se mêlent tous les genres littéraires connus, tous les enjeux sociaux et esthétiques de son temps et, même, de toute l'époque moderne. Les Voyages extraordinaires mettent en exergue les problèmes dus à l'écologique, au climat, à la rencontre de l'autre, à la lutte des classes, aux stratégies de l'écriture, etc. Enfin, les derniers progrès de la recherche vernienne ont permis d'une part de repérer la date de rédaction de l'ensemble des romans, qui souvent présente de grands écarts avec celle de l'édition et, d'autre part, de découvrir les interventions du fils de Verne, Michel, qui modifia les posthumes de son père et inventa de toutes pièces deux Voyages extraordinaires.

L’œuvre de Jules Verne (1828-1905) est actuellement l’une des plus lues et des plus traduites au monde. Parmi les 80 romans et autres nouvelles que l’auteur a publiés, 62 composent le corpus des Voyages extraordinaires. En son temps déjà, l’écrivain revendique l’appellation de romans géographiques pour qualifier ses écrits où l’imaginaire occupe une place essentielle. Acteur majeur dans la transmission d’un savoir géographique grandissant à une époque marquée par les découvertes, les voyages, les explorations, le récit vernien repose sur différentes composantes récurrentes qui permettent de mieux cerner les contours d’un genre qui se dessine dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Le roman géographique repose sur une inversion chronotopique qui assure le passage des fictions romanesques basées sur l’ici-autrefois (roman historique) vers l’ailleurs-maintenant et l’ailleurs-autrefois. C’est par l’intermédiaire d’un opérateur que nous qualifions de « merveilleux géographique » que le romancier articule notamment ce passage du réel vers l’imaginaire, et son retour. Figure de rhétorique récurrente, la métaphore — déclinée dans de nombreux registres — assure au romancier la possibilité d’écrire autrement cet ailleurs géographique qui cristallise de nombreux mythes, symboles et éléments exotiques. Le roman géographique au XIXe siècle procède enfin d’un discours essentiellement possibiliste – dans une période fortement marquée par le colonialisme – où l’homme, grâce à ses efforts, à ses initiatives, apparaît en mesure de transformer et de s’adapter à une nature parfois très hostile. L’œuvre de Jules Verne illustre justement comment imaginaire et géographie peuvent cohabiter au sein du récit dans le cadre d’un genre qui se constitue à un moment clef de l’histoire de notre discipline.


dimanche 17 janvier 2016

Les cartes de Jules Verne

Un site intéressant où l'on peut télécharger toutes les cartes relatives aux différents récits de Jules Verne, pour des aventures Pulp / Steampunk...

http://verne.garmtdevries.nl/en/maps/originals.html