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jeudi 24 mars 2022

Article intéressant

Pour faire suite à ce Post, voici un article intéressant sur le fantasme historique de l'occultisme Nazi. Rédigé par Stéphane François qui a déjà publié plusieurs ouvrages sur le sujet.


mardi 15 février 2022

Article intéressant et sources d'inspirations diverses et variées pour ma nouvelle campagne...

Dans mes réflexions actuelles concernant notre nouvelle campagne et le mélange post-apo / médieval que je veux développer, je suis tombé sur un article intéressant du Point Pop qui interroge l'historien William Blanc sur le thème "Pourquoi le Moyen Âge est associé à la fiction post-apocalyptique".

Réchauffement climatique, virus Covid-19, collapsologie et théorie de l'effondrement, le genre postapocalyptique n'a jamais autant résonné avec l'actualité. Or il est frappant de constater que, souvent, le monde d'après la catastrophe, quelle que soit sa nature (bombe, maladie, etc.), fait appel à une imagerie médiévale. Pourquoi  ?

L'idée vient de la vision de l'Histoire développée au XVIIIe siècle. Pour des philosophes comme Voltaire, le Moyen Âge correspond en effet à une période d'arrêt total des progrès de la raison entamé à l'Antiquité, qu'aurait seulement relancé la Renaissance. Cette conception, que l'on sait aujourd'hui fausse, a été une constante dans la pensée occidentale, et l'on a opposé l'époque des Lumières de l'Antiquité (que redécouvrent et perpétuent les philosophes) aux «  âges sombres  » (les «  dark ages  » en anglais) du Moyen Âge, remplis «  d'obscurantisme  » (le terme apparaît en France au début du XIXe siècle). Aussi, on associe naturellement la chute de la civilisation européenne à un retour aux temps féodaux, idée que l'on voit transparaître dans un très grand nombre d'œuvres de science-fiction puis de fantasy.

Ce retour forcé à l'époque médiévale prend d'abord, et le plus souvent, un aspect terrifiant. Le cycle de Fondation d'Isaac Asimov, composé à partir de 1942, raconte le travail d'un groupe de scientifiques du futur qui réussit à prévoir la chute de l'empire galactique dans lequel ils vivent et à organiser un nouvel essor de la civilisation. Mais, avant que celui-ci n'ait lieu, la société spatiale doit passer par une période de mille années (chiffre qui rappelle les dix siècles du Moyen Âge, comme il est envisagé classiquement) pendant laquelle elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Durant cette période de décadence, les derniers empereurs ont quitté le monde totalement urbanisé de Trantor (qui a inspiré la planète Coruscant de l'univers de Star Wars) pour se réfugier sur une terre voisine, Néotrantor, monde agricole rempli «  de hobereaux  » et de paysans, dit le texte, sur laquelle règne le souverain Dagobert IX, nom qui fait une référence directe à la dynastique mérovingienne incarnant, dans l'esprit d'un Américain du XXe siècle, les «  âges sombres  ». On remarquera aussi l'opposition forte entre urbain (l'ancienne capitale Trantor) et rural (la terre refuge), entre citadin (comprendre civilisé) et paysan (comprendre barbare), entre universel (l'empire de jadis régnait sur la galaxie) et local (Dagobert IX exerce son pouvoir sur une petite vingtaine de planètes), entre régime politique stable et chaos guerrier (les «  hobereaux  »). Cela n'a rien d'étonnant lorsque l'on sait qu'Asimov a été très influencé par la lecture de l'Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, écrit durant les dernières décennies du XVIIIe siècle par le Britannique Edward Gibbon, œuvre constamment rééditée depuis qui propose une vision catastrophiste de la fin de Rome et de l'entrée dans la société féodale dans la droite ligne des conceptions historiques des penseurs des Lumières.

L'après n'est pas toujours synonyme de catastrophe

Cette association du Moyen Âge au monde d'après l'apocalypse est souvent reprise dans la SF. Dans Un cantique pour Leibowitz (1960), roman de Walter M. Miller, ce sont des moines copistes réfugiés dans une abbaye très médiévale qui permettent à la civilisation et la technologie de survivre à un holocauste nucléaire. On peut retrouver une idée similaire dans le film La Planète des singes (1968) de Franklin J. Schaffner ou encore dans La Légende de Hawkmoon (1967-1975), série de récits de Michael Moorcock où l'Europe est redevenue un monde féodal morcelé que tente d'unifier un empire violent, la Granbetranne. Une imagerie similaire se retrouve également dans des œuvres postapocalyptiques françaises. Les survivants de la guerre atomique du roman Malevil (1972) de Robert Merle, adapté au cinéma en 1981 avec notamment Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jean-Louis Trintignant et Jacques Villeret, se réfugient dans une forteresse médiévale pour mieux se défendre. Même chose dans Le Club des punks contre l'apocalypse zombie (2015) de Karim Berrouka, dont l'action se déroule en grande partie dans le château de Vincennes reconverti en commune libertaire anti-morts-vivants.

Mais le nouveau Moyen Âge de l'après n'est pas toujours synonyme de catastrophe. En effet, pour des auteurs comme le socialiste William Morris (qui a grandement influencé Tolkien), le capitalisme court à sa perte en détruisant sans distinction les paysages et ceux qui y vivent. Une fois disparu, ce système laissera place, selon lui, à une utopie champêtre préindustrielle que l'on peut entrevoir, par exemple, dans son roman de science-fiction Nouvelles de nulle part (sous-titré Une ère de repos) publié en 1890. L'idée est reprise après les années 1960, notamment par des auteurs issus de la génération contestataire qui ont fait du Seigneur des anneaux leur livre de chevet. Ainsi, Ralph Bakshi réalise en 1977, un an seulement avant de se lancer dans l'adaptation pour le grand écran de la trilogie de Tolkien, le dessin animé Les Sorciers de la guerre (Wizards), qui décrit un monde postapocalyptique où la magie et les créatures féeriques sont revenues peupler la Terre après un conflit nucléaire dévastateur. Dans ce long-métrage, où l'on peut entendre, notamment, la voix de Mark Hamill, les antagonistes principaux sont ceux qui redécouvrent l'ancienne technologie militaire et tentent de l'utiliser à des fins sordides, au risque à nouveau de détruire le monde. Propos militant qui traduit bien un renversement de perspective dans les récits postapocalyptiques, et plus largement dans nos sociétés.




À la différence Asimov ou de Walter M. Miller, auteurs nés avant la guerre qui croient encore (certes de manière très critique) à un progrès contingent des sciences et des sociétés (au point que l'effondrement des premières amène celui des secondes), Bakshi préfère, lui, imaginer un univers de fantasy débarrassé de la technologie. La catastrophe n'est plus tant l'après que le maintenant, le monde dans lequel nous vivons. Suivant cette tendance, le genre postapocalyptique quitte alors peu à peu le giron de la science-fiction pour devenir aussi une branche de la fantasy à partir du début des années 1980. Le très populaire cycle de Shannara (commencé en 1977) de Terry Brooks, La Tour sombre (édité, lui, à partir de 1982) de Stephen King, puis Le Loup dans l'ombre (1987) de David Gemmell s'inscrivent tous dans ce mouvement. Désormais, le post-futur rime aussi avec magie.

C'est assez marrant car il évoque Hawkmoon ou Les Sorciers de la guerre de Bakshi auxquels je pensais aussi mais me remet en tête des romans comme "Un cantique pour Leibowitz" qui dans la première partie, "Fiat Homo" relate l'histoire d'un jeune moine au xxvie siècle de notre ère, 600 ans après la grande apocalypse nucléaire appelée le « Grand Déluge de Flammes », la planète Terre, en grande partie désertifiée, est peuplée par les descendants des survivants de la catastrophe, qu'ils soient génétiquement normaux ou dégénérés. La religion a trouvé toute sa place dans un monde néo-obscurantiste qui se présente culturellement comme un nouveau Moyen Âge post-apocalyptique. Après le grand feu nucléaire qui a dévasté la civilisation et les constructions humaines, les survivants, en proie à une immense colère, ont brûlé tous les livres, ont lynché les politiciens, les scientifiques, les techniciens et les enseignants, punissant ainsi pour une faute collective toute personne porteuse d'un savoir potentiellement responsable de l'actuel malheur de l'humanité. Dans ce nouveau monde désolé, le savoir est un crime et la planète est habitée par des « Simples d'esprit » qui revendiquent haut et fort leur ignorance. Le jeune moine, membre de l'ordre albertien de Leibowitz, découvre dans un ancien abri anti-atomique de vieilles reliques qui laissent entrevoir la fin d'une période d'obscurantisme et le renouveau de la science.




Malevil également où, suite à une catastrophe probablement atomique, le héros Emmanuel Comte et ses six compagnons font du château de Malevil, dont la profonde cave leur a permis de survivre, la base de départ de leurs efforts de reconstruction de la civilisation, qui passera également par l'affrontement avec d'autres groupes de survivants, que ce soient des bandes errantes ou des groupes structurés nomades ou sédentaires.

Une autre oeuvre est intéressante dans le genre littérature post-apo à la française, une oeuvre à remettre dans le contexte de son époque quand à certaines idées politiques sous-jacentes, Ravage, roman de science-fiction post-apocalyptique écrit par René Barjavel et paru en 1943. Le Roman présente le naufrage d'une société mature, dans laquelle, un jour, l'électricité disparaît et plus aucune machine ne peut fonctionner. Les habitants, anéantis par la soudaineté de la catastrophe, sombrent dans le chaos, privés d'eau courante, de lumière et de moyens de déplacement. Il s'agit d'un thème typique de la science-fiction post-apocalyptique, brossant le portrait de la fin de l'humanité technologique et la reconstruction d'une civilisation sur d'autres bases notamment agricoles.

Bref quelques pistes intéressantes pour visualiser un monde qui après une apocalypse revient à une société "médiévale". Maintenant, je visualise plutôt mon contexte comme celui du film Les Sorciers de la guerre mais je repense aussi à des contextes comme Tekumel ou Jorune si je délocalise sur une autre planète dans un futur plus lointain, comme évoqué ici. Bref des tonnes d'idées et l'envie de mélanger tout ça en fait...

Un autre truc qui m'intéresse, c'est le décors d'Hokuto no Ken, eh oui, on ne se refait pas mais c'est toute ma jeunesse ce type d'animé. Surtout en ce moment on se refait la série "La légende de Raoh" et en lisant un peu les influences de Tetsuo Hara, le dessinateur de la série, il cite pour le décors : Mad Max 1 et 2 (bien sur), mais aussi Violence Jack de Go Nagai (autre référence que j'adore), Blade Runner, Ultraman, Akira, les illustrations des artistes Syd Mead et Frank Frazetta... Bref c'est éclectique, et avec toutes ces images en tête, j'essaye de les visualiser et de les assembler dans mon esprit pour trouver l'inspiration, faire une sorte de "tout" d'où résultera mon contexte de campagne...

dimanche 6 juin 2021

Un article intéressant à propos du Cyberpunk et de la SF... Pourquoi ne parvient-on pas à dépasser le cyberpunk ?

Pourquoi ne parvient-on pas à dépasser le cyberpunk ?

Lee Konstantinou — Traduit par Yann Champion — paru sur Slate le 30 janvier 2019

Il y a quelque chose de cassé au royaume de la science-fiction.

Lorsqu’il a fait son apparition il y a plus de trente ans, le cyberpunk a été acclamé comme le genre de science-fiction le plus passionnant des années 1980. Développé par une poignée de jeunes auteurs, il racontait des histoires se situant dans un avenir proche, en se concentrant sur la rencontre entre sous-cultures alternatives et nouvelles technologies, le tout dans un monde dominé par d’immenses entreprises. Le cyberpunk n’était qu’une toute petite partie du vaste champ de la science-fiction, mais il faisait l’objet d’une attention démesurée. Depuis, les aspects qui le caractérisaient se sont usés jusqu'à devenir des clichés. En 1992, Neal Stephenson en a fait une parodie hilarante dans Snow Crash (roman souvent pris, à tort, pour un exemple caractéristique du genre dont il se moque). Et, en 1999, les Wachowski ont amené le cyberpunk au grand public avec Matrix.




Des subdivisions toujours aussi politiques

Entre-temps, une myriade de nouveaux sous-genres et micro-genres de SF ont été découverts ou inventés, chacun essayant de renouer avec l’excitation jadis générée par le cyberpunk. La liste est si longue que l’on pourrait croire à une blague: il y a le steampunk, le biopunk, le nanopunk, le stonepunk, le clockpunk, le rococopunk, le raypunk, le nowpunk, l’atompunk, le mannerpunk, le salvagepunk, le Trumppunk, le solarpunk, le sharkpunk (sans blague!)… entre autres. Il y a peu de temps, mon fil Twitter a débordé de discussions (souvent moqueuses) autour du hopepunk, suite à la publication en décembre dernier dans le magazine Vox d’un article annonçant son arrivée. Inventé par Alexandra Rowland, le terme était destiné à décrire une fiction qui résiste au pessimisme des dystopies en «demandant un monde meilleur, plus doux, et en croyant vraiment que l’on peut y arriver si nous prenons soin les uns des autres du mieux que nous pouvons, avec chaque goutte de pouvoir présente dans nos petits cœurs.»

Comme le cyberpunk, ces nouveaux mouvements mêlent attitudes politiques et conventions du genre. Si vous êtes hopepunk, par exemple, vous serez du style à rester optimiste face à un monde sombre ou dystopique, à l’inverse des adeptes du grimdark. Le solarpunk se dévoue, quant à lui à «l’ingéniosité, la générativité, l’indépendance et la communauté» par opposition au nihilisme du cyberpunk et aux tendances réactionnaires du steampunk. Certains de ces micro-genres correspondent à de véritables tendances littéraires. D’autres sont juste des étiquettes collées après-coup sur des auteurs ou des autrices qui ont peu de choses en commun. D’autres encore, comme le solarpunk, correspondent à une aspiration: ils suggèrent le type de science-fiction ou de littérature fantastique que l’on devrait écrire. Il y a tant de successeurs au cyberpunk qu’une revue universitaire a consacré un numéro spécial entier à la cartographie du secteur «punk» de la science-fiction et de la fantasy. De même, la page Wikipédia en anglais consacrée aux dérivés du cyberpunk est assez ahurissante.

Des sous-genres qui se réfèrent toujours à l'original

Cette prolifération de sous-genres est classique dès lors qu’il y a surproduction dans une forme de culture populaire. De la même manière, les sous-genres musicaux produisent tant de nouvelles niches que même les aficionados peuvent avoir du mal à suivre. Lorsque vous tentez d’apporter de nouvelles idées à un secteur artistique déjà encombré, un nouveau nom peut permettre d’indiquer votre rapport aux styles existant. En outre, comme l’explique Sean Guynes-Vishniac, spécialiste de la science-fiction, les éditeurs sont toujours à la recherche de nouveaux micro-genres toujours plus précis, afin de presser chaque niche jusqu’à la dernière goutte.

Pourtant, j’en suis venu à soupçonner ces dérivés «punks» d’être les signaux de quelque chose d’autre que le manège habituel de la pop culture. Ils prouvent qu’il y a quelque chose de cassé dans notre science-fiction. Même lorsqu’ils rejettent le cyberpunk, ces nouveaux sous-genres en répètent souvent les principes, découvrent les mêmes choses sur le monde et narrent, finalement, la même histoire. Notre héros hacker (ou son homologue magicien) doit affronter un système incroyablement puissant, surmonter des obstacles et rendre finalement le monde un peu meilleur (mais pas meilleur au point qu'on n’ait plus besoin d’écrire de suite). Les années 1980 n’ont, en un sens, jamais pris fin. Et il semble qu’elles pourraient ne jamais s’arrêter.

La persistance du cyberpunk sous différentes étiquettes est peut-être à prévoir. Après tout, comme l’affirment nombre de romancières et de romanciers, la science-fiction ne traite pas vraiment de l’avenir. «Prédire l’avenir, c’est le travail des prophètes, des médiums et des futurologues, écrit Ursula Le Guin dans l’introduction de La main gauche de la Nuit. Pas celui des écrivains.» Le vrai métier des auteurs de science-fiction est d’offrir des métaphores conçues pour nous aider à nous voir nous-mêmes plus clairement. Et, même si les lunettes à verres miroirs peuvent sembler un peu ringardes aujourd’hui, l’intérêt du cyberpunk pour la confrontation entre médias numériques, sous-cultures underground et puissances commerciales internationales peut paraître tout aussi pertinent aujourd’hui que lorsque William Gibson publia sa première nouvelle, Gravé sur chrome, ou lorsque le manga Akira, de Katsuhiro Otomo, fit son apparition en 1982. Si nous sommes encore attirés par le cyberpunk, c’est peut-être parce que 2019 ressemble beaucoup plus à 1982 que nous ne voudrions l’admettre.

«J’ai pris plusieurs racines —cyber, techno, etc.— que j’ai mélangées avec différents termes désignant les jeunes paumés. J’ai essayé les différentes combinaisons jusqu’à ce qu’il y en ait un qui sonne vraiment bien.»
Bruce Bethke, auteur américain




Inventé par Bruce Bethke, le terme cyberpunk était à l’origine le titre d’une nouvelle, écrite en 1980 et publiée en 1983 dans Amazing Stories, au sujet d’un groupe de hackers adolescents qui passaient leurs journées à s’introduire par effraction dans des systèmes informatiques. Notre héros pirate le compte bancaire de ses parents et les tyrannise avant d’être finalement déjoué par l’amour de son père pour les reçus en papier et envoyé méditer sur ses fautes dans une école militaire. Avec son néo-argot adolescent, la nouvelle fait un peu penser à une version réchauffée de L’Orange mécanique, mais l’histoire se tient étonnamment bien. Pour expliquer comment il a créé le mot cyberpunk, Bethke écrit: «J’ai pris plusieurs racines —cyber, techno, etc.— que j’ai mélangées avec différents termes désignant les jeunes paumés. J’ai essayé les différentes combinaisons jusqu’à ce qu’il y en ait un qui sonne vraiment bien.» À l’époque, comme l’a écrit Bruce Sterling dans sa préface de Mirrorshades: The Cyberpunk Anthology (1986), il y avait d’autres appellations en lice pour désigner la nouvelle science-fiction: Radical Hard SF, Outlaw Technologists, the Eighties Wave, les Neuromantics, le Mirrorshades Group… Mais ce fut cyberpunk que popularisa l’auteur et rédacteur de magazine Gardner Dozois en l’utilisant dans son magazine pour désigner des auteurs tels que Sterling, Gibson, Lewis Shiner, Pat Cadigan ou Greg Bear.

Un contre-modèle qui reste d'actualité

C’était une science-fiction parfaitement adaptée à l’époque Reagan-Thatcher. Le rapport avec le punk vient, bien entendu, de là (qui sait ce qui serait arrivé si Bethke avait choisi d’appeler sa nouvelle Techno-Hipster). Pourtant l’impératif punk, un peu cliché, du «Do it yourself» («fais-le toi-même») est, à vrai dire, idéal pour un type de fiction dont le moto est de raconter qu’il vous faut survivre dans un monde où de grandes sociétés commerciales contrôlent sans votre accord tous les aspects de votre vie quotidienne. Dans ces conditions, le mieux que vous puissiez espérer est de construire vous-mêmes une zone de liberté autonome avant d’être, comme le héros de la nouvelle de Bethke, rattrapé par l’autorité parentale et envoyé en camp de redressement. À l'origine donc, le cyberpunk est, d’une certaine manière, une sorte de fiction incapable d’imaginer un avenir très différent de son présent.

Les nouvelles variantes du cyberpunk nous offrent toujours la même histoire, mais avec une attitude différente.

Les dérivés post-cyberpunk utilisent trois stratégies pour aller au-delà de ce modèle original. Premièrement, comme dans les cas du biopunk et du nanopunk, ils se concentrent sur des technologies différentes. Notre héros hacker pirate désormais les biotechnologies et des nanomachines. Même histoire, outil différent. Deuxièmement, comme dans les cas du steampunk ou du dieselpunk, le cyberpunk est transporté dans le passé. Et si l’on faisait vivre notre héros hacker au XIXe siècle? Non, attendez! Mieux: si on le faisait vivre à la Renaissance? Clockpunk à la rescousse!

Enfin, les nouvelles variantes du cyberpunk nous offrent toujours la même histoire, mais avec une attitude différente. Et si les histoires qui se déroulent dans tel ou tel enfer dystopique nous emplissaient d’espoir et nous rendaient heureux plutôt que cyniques et pessimistes? Et si nous abordions différemment l’apocalypse? C’est l’approche adoptée par beaucoup d’œuvres de science-fiction récentes, notamment les histoires que l’on trouve dans Hieroglyph: Stories and Visions for a Better Future (recueil de nouvelles dans lequel figure un texte de Lee Konstantinou, l'auteur de la version originale de cet article et d'un autre, intitulé «Johnny Appledrone vs. the FAA», dont les personnages s’appellent eux-mêmes «dronepunks») et la série Better Worlds du site The Verge. Entendons-nous bien: toutes ces stratégies peuvent donner naissance à d’excellentes histoires. Mais aucune ne semble capable de générer le type d’excitation produite autrefois par le cyberpunk et aucune n’a réussi mieux que le cyberpunk à imaginer des avenirs humains véritablement différents.

Le risque d'une punk-téléologie

Nous vivons encore, à bien des égards, dans le monde qu’ont bâti Reagan et Thatcher: un monde néolibéral où la précarité ne cesse de s’accroître, où les grandes entreprises dominent, où l’État providence est peu à peu abandonné et où existe une certaine forme d’atomisation sociale. Dans ce genre de monde, le recours à des récits mettant en scène des hackers chargés de résoudre individuellement des problèmes d’apparence insurmontables ne peut sembler que trop familier.

Si vous écrivez de la science-fiction qui décide de son attitude envers l’avenir avant même d’imaginer cet avenir, vous ne tenez pas compte de la vocation la plus ambitieuse du genre.

En l'absence d'un sens de l’action collective, sans compréhension du fait que l’histoire n’est pas faite par des individus, mais par des mouvements sociaux et des groupes travaillant de concert, il est facile de comprendre pourquoi certains auteurs, certaines autrices, journalistes et autres critiques peinent à voir au-delà de l’horizon que le cyberpunk a permis de tracer. Si vous ne pouvez pas faire mieux que vous promener au milieu d’arcologies que vous n’avez pas bâties, si votre réponse à la dystopie est uniquement le développement d’un nouveau style, d’une nouvelle attitude ou d’une nouvelle éthique anti-autoritaire, vous pouvez immédiatement chausser vos lunettes à verres miroirs et admettre que vous faites encore du cyberpunk (pas loin de quatre décennies après son invention).

Mais si c’est votre choix, si vous écrivez de la science-fiction qui décide de son attitude envers l’avenir avant même d’imaginer cet avenir, vous ne tenez pas compte de la vocation la plus ambitieuse du genre. Vous remplacez la recherche d’une nouvelle niche de marché par la tâche de raconter des histoires passionnantes qui nous aident à réfléchir à la façon dont nous pourrions créer un monde meilleur, ou tout au moins à mieux comprendre vers où notre monde pourrait se diriger. Si, au lieu de cela, vous gardez l’espoir d’écrire une fiction qui confronte les lecteurs et lectrices à de nouvelles façons de penser leur rapport à l’avenir —notre avenir— vous devriez peut-être laisser tomber le suffixe -punk.

Paradoxalement, c’est peut-être la chose la plus punk que vous puissiez faire.

lundi 18 mai 2020

Vu sur le web

OK Boomer est un article très intéressant sur https://ptgptb.fr/, il me parle bien car je m'y retrouve un peu, avec un trou de presque deux décennies en plus dans la pratique du jeu de rôle mais je revis un peu ce qu'on a connu avec mes potes de l'époque dans les années 80 et début 90, et le fossé que je ressens avec un certain nombre de joueurs, au club par exemple, qui sont souvent plus jeunes et n'ont réellement commencé dans le Jdr qu'au début des années 2000 voire 2010. Alors certes j'ai un donc un gros trou dans la pratique mais il y a indéniablement une approche différente de concevoir le Jdr et cet article traduit bien je pense ces différences générationnelles. Quand au club, je vous rassure, j'y suis très bien (même si il n'est pas prêt de rouvrir pour le moment, COVID oblige)... Mais j'ai appris à ne jouer qu'avec les MJ et joueurs avec qui je me sent des atomes crochus et une approche de jeu compatible. Les autres je les zappe...


La boîte rouge par laquelle tout à plus ou moins commencé pour moi et mes potes de l'époque, entraînant l'achat de tous les suppléments ci-dessous avant d'aller commencer à tâter d'autres jeux...






Un autre article que je vous conseille de lire est l'expérience de Thomas Munier, un essai de jeu de rôle solo avec une IA (AI Dungeon, une IA de jeu de rôle textuel (vous écrivez du texte libre et elle réagit)) dans le contexte post-apocalyptique forestier de Millevaux. C'est assez intéressant, je viens d'aller faire quelques essais mais bon, j'ai rapidement été saoulé car c'est en Anglais et c'est loin d'être ma tasse de thé, mais je sais que certains d'entre vous ne seront pas gênés.