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vendredi 17 juin 2022

Hélène Smith : la médium qui a parlé aux martiens

Je me suis replongé dans le Dictionnaire visuel des mondes extra-terrestres que je trouvais être une bonne source d'idées pour Troika! ou Hypertelluriens et je suis tombé sur une page consacrée à Hélène Smith dont j'ai trouvé l'histoire plutôt intéressante à introduire comme matériel de jeu.




Hélène Smith est le nom d'emprunt sous lequel la médium suisse Catherine Élise Müller (née le 9 décembre 1861 à Martigny et morte le 10 juin 1929 à Genève) a été rendue célèbre, sous la plume du psychologue Théodore Flournoy.



Biographie :

Fille d'un marchand hongrois, elle travaille comme employée dans une maison de commerce. Elle découvre le spiritisme fin 1891 et joint un cercle spirite, au sein duquel elle commence à montrer des capacités de médium en 1892, disant communiquer avec Victor Hugo puis Cagliostro. Elle devient rapidement connue à Genève où le psychologue Flournoy fait sa connaissance.

La médiumnité visuelle, auditive et typtologique (par coups frappés) de Müller change alors, et elle plonge dans des transes somnambuliques avec glossolalie dont elle ne se rappelle rien. Elle écrit de grands cycles où elle revêt des personnalités différentes (cycles martien, ultramartien, hindou ou oriental, royal). Elle recueille notamment des textes en martien qu'elle transcrit en français, développant ainsi une forme d'écriture automatique, ou psychographie.

La médium et le psychologue sont très liés jusqu'en 1899, lorsque Des Indes à la planète Mars, le livre de Flournoy qui étudie, avec l'apport de linguistes tels que Ferdinand de Saussure, le cas d' "Hélène Smith", paraît pour la première fois. Élise Müller se sent incomprise et s'éloigne de Flournoy. En 1900, Mrs Jackson, une riche spirite américaine impressionnée par la médium, lui offre une rente à vie qui lui permet de quitter son travail et de se consacrer à ses visions. Elle développe d'autres cycles, et peint de plus en plus, notamment des images religieuses autour du Christ.

Elle a inspiré les surréalistes, qui en ont fait une des figures du jeu de cartes appelé Jeu de Marseille et réalisé en 1940. Hélène y apparaît dessinée en Sirène de Connaissance par Victor Brauner.

Il y a quelque chose d'intéressant avec les facultés psychiques d'Hélène Smith, par exemple, dans son cycle martien, elle visite la planète Mars, décrit ses paysages, sa flore et sa faune, ses habitants, elle parle et écrit en martien, langue dont elle maîtrise l'alphabet et développe la syntaxe, elle réalise également de magnifiques aquarelles médiumniques martiennes.




Elle décrirait son "vol dans l'espace", arrivant dans un paysage d'habitants désincarnés, morts depuis longtemps, "des voitures glissant, sans chevaux ni roues mais émettant des étincelles", "des maisons avec des fontaines sur le toit", et les hommes et les femmes s'habillaient presque de la même façon. Pour accompagner ces habitants martiens, il y avait "des créatures ressemblant à des chiens avec des têtes qui ressemblaient à des choux qui non seulement allaient chercher des objets pour leurs maîtres, mais prenaient aussi la dictée".




Cependant, c'est l'écriture martienne d'Hélène qui est la plus intéressante.

Ce langage viendrait à Hélène dans une variété d'hallucinations, à la fois auditives et visuelles, et à travers des visions, lui montrant comment écrire les symboles extraterrestres.

Sa langue martienne a longtemps été étudiée dans le domaine de la linguistique comme une forme de "tendance héréditaire à la glossolalie". Alors que la langue maternelle d'Hélène était le français, elle connaissait bien le hongrois, l'espagnol, l'italien et l'allemand, avec une connaissance rudimentaire du latin, de l'anglais et du grec. Sa langue martienne, tout en ayant l'air vraiment extra-terrestre, a été disséquée par Flournoy et le linguiste suisse Ferdinand de Saussure et décrite comme étant une langue dérivée de l'idiome français. En bref, le Martien d'Hélène était comme un code français, chaque symbole se rapportant à une lettre française, avec des règles grammaticales françaises similaires.





Après la découverte de ces racines françaises, Hélène a ensuite créé une deuxième langue martienne plus complexe, que Flournoy a qualifiée de partie du "cycle ultra-martien", relative à une langue d'une planète plus éloignée que mars. L'encyclopédie PSI de la Society for Psychical Research explique que "le langage ultra-martien" était plus complexe, les habitants ultra-martiens étaient plus grotesques que ceux de Mars, ce que Flournoy interpréta comme une réponse inconsciente d'Hélène à son scepticisme envers ses descriptions naïves de la beauté de la vie sur Mars.

Des Indes à la planète Mars détaille donc le contact du médium avec Mars et certaines de ses autres "visites" avec d'autres entités du monde. Je trouve que c'est le matériel parfait pour imaginer différentes pistes de jeu, un culte des étoiles par exemple dont le médium serait le gourou. Ou alors il serait exploité par un esprit malveillant ou illuminé qui utiliserait les voyages psychiques du médium pour créer un culte autour de lui, dans quel but ? L'enrichissement personnel ? Secte apocalyptique ? Préparation le terrain à une invasion des étoiles ??? On pourrait aussi envisager cela comme un projet parallèle pour un sorcier recherchant des secrets anciens dans les étoiles... Une grande partie du matériel ici est envisageable pour n'importe quel paysage OSR extraterrestre étrange. Plus proche de mes préoccupations du moment, il y a là une formidable accroche pour introduire une expédition martienne avec Hypertelluriens. En fait un cas comme Hélène Smith peut tout simplement être introduit dans un nombre incalculable de jeu de SF et d'occulte avec une touche rétro.


mercredi 15 juin 2022

Les Mazzeri, des chamanes pour vos campagnes Millevaux et d'autres jeux occultes...

Le mazzérisme est une croyance corse en un don de prophétie funèbre accompli en rêve par des individus liés à la communauté. Au cours de cette activité, le corps spectral du mazzeru part chasser et tuer des animaux. On le surnomme "Le Chasseur d'âmes" ou encore "Le Messager de la Mort". Je suis tombé sur un reportage qui parlait des Mazzeri et j'ai trouvé cela intéressant à transposer dans un jeu medfan, ou dans des temps encore plus anciens, cette légende se prête à merveille à l'univers de Millevaux également ou dans un jeu d'enquêtes occultes. Imaginez les PJ arrivant dans un village reculé et soumis à ce type d'histoire étrange entre chamanisme, secrets et disparitions mystérieuses.




Les Mazzeri chassent seuls. Bien qu'il soit une personne physique au même titre que tout le monde, ayant une vie sociale et personnelle, il est considéré par la communauté comme un être surnaturel liant l'au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On reconnait les mazzeri à leur regard : ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous. On dit que le mazzeru choisi devient absent, rêveur, qu'il aime la solitude et a des visions prophétiques. Il garde cet état dépressif et cette tristesse, sans doute parce qu'il a conscience d'être l'instrument involontaire de la mort comme l'est l'Ankou breton. L'ethnologie révèle que l'image du mazzeru se construit en opposition à la stregha (la sorcière): là où la stregha, antithèse de la femme au foyer, fait le mal volontairement, le mazzeru donne la mort malgré lui et règle ainsi l'équilibre du cosmos. Dans le rapport à la communauté, malgré son pouvoir, le mazzeru est totalement intégré tandis que la stregha, image du chaos, vit à l'écart du monde civilisé.

Leur arme préférée est un lourd bâton, un gourdin ("mazza"), mais ils utilisent aussi le fusil, la lance, la hache, le poignard, le couteau et les pierres.

Parce qu'il est au seuil de deux mondes, des religions, il appartient aux espaces frontaliers et aux lieux les plus sauvages, aux cols les plus désolés, aux gués, aux rivières. Ces croisements sont ses lieux de prédilections. La chasse se déroule en embuscade et suit le même schéma que la chasse traditionnelle, près des points d'eau, en des lieux incultes, sauvages et impénétrables. Les cours d'eau marquent la limite d'un monde à l'autre. L'eau est aussi un lieu de prédilection des esprits, des morts qui n'ont pas expiés leurs péchés ; ces esprits sont en relation avec les mazzeri. Parfois ils chassent aussi dans les rues.




Une fois la bête tuée, il la retourne sur le dos et c'est alors qu'il voit se métamorphoser la tête d'un animal en visage d'une personne qu'il connaît et qui appartient à son espace social. La personne reconnue mourra infailliblement dans les trois jours à un an qui suit. Il peut ne faire que blesser un animal et la personne aura un accident ou tombera malade. Ce sont les mêmes parties du corps qui sont affectées. Sa fonction peut ainsi se révéler bénéfique : il peut agir sur le déroulement des choses et en changer le cours en faveur de l'individu qu'il reconnaîtra.

La chasse onirique : 

La période de chasse se déroule pendant les rêves. Le plus souvent, cela se passe près de chez elle, dans des paysages reconnaissables. La distinction entre rêves et réalité n'est pas aisée. Certains mazzeri sortent vraiment la nuit. D'autres ne sortent que pendant les rêves. Il y a alors une sorte de dédoublement de la personnalité. Difficile de savoir si ce sont les mazzeri qui rêvent ou les témoins qui prétendent les avoir vus dans leur activité, alors que les mazzeri ne se rappellent pas avoir rêvé ou être sorti la nuit.

L'explication des mazzeri : c'est leur âme ou esprit qui sort. L'esprit pendant la chasse, rencontre celui de sa victime qui a pris forme animale. Quand il tue l'animal, il sépare l'esprit du corps, le corps pouvant survivre quelque temps, mais cette survie n'est qu'un sursis.

Certains mazzeri racontent qu'ils vivent leurs rêves comme s'ils leur étaient imposés par une force supérieure, leurs actes échappant au contrôle de leur volonté. Ils ne peuvent même pas choisir leurs victimes. Toutes les personnes appelées à chasser en rêve ne réagissent pas de la même façon. Certains le font à contrecœur, sous la contrainte et la culpabilité, d'autres s'en réjouissent. Pour certains, la chasse devient une véritable drogue, une dépendance, exerçant une fascination sinistre.




I Mandrache :

Les mazzeri d'un même village ne sont pas hostiles entre eux, à la différence d'avec ceux des autres villages. La Mandrache est une bataille entre les mazzeri de deux villages. Ils ont lieu habituellement sur un col. Cela se passe la nuit du 31 juillet au 1er août, groupé en milices, affrontant ceux de la communauté voisine. Cette guerre se fait à l'aide d'asphodèles. L'enjeu de cette guerre végétale détermine le taux de mortalité de l'année à venir, dans chacune des communautés. Chez les vainqueurs, la mortalité sera faible, chez les vaincus, forte.

Transmission du don et guérison :

Pour devenir mazzeru, il faut avoir un don psychique, dont l'origine est mystérieuse, et être initié, le plus souvent par un membre de la famille puisqu'il se transmet généralement de façon héréditaire. La vocation est obligatoire, on ne peut s'y soustraire. Tout au plus, l'initiateur peut faire en sorte que son nouveau confrère ne soit pas "mazzeru acciaccatore", c'est-à-dire tueur. Dans ce cas, il sera "mazzeru" tout court, c'est-à-dire "salvatore", sauveurs d'âmes et comparable en cela au chaman blanc asiatique ou au sorcier blanc de France, qui sont des guérisseurs.

Le mazzeru, pour Roccu Multedo, paraît être à la fois sacrificateur, psychopompe et guérisseur. L'animal chassé représente l'âme d'un malade qui s'ignore, que le mazzeru ne connaît pas encore, âme qui vient de quitter son corps. Ce départ de l'âme est justement la cause de la maladie. Le mazzeru sacrificateur poursuit l'animal et le tue afin de l'offrir à Dieu, et d'obtenir ainsi la guérison du malade. Il va s'agir ensuite pour le mazzeru guérisseur d'essayer d'arrêter l'hémorragie, de faire en sorte que le sang coagule et de faciliter au malade, ainsi privé de son âme, la périlleuse traversée du pont ou du gué qui constitue la frontière par excellence entre les deux mondes et ce, malgré les "mazzeri-acciaccatori" (tueurs) qui vont tout faire pour l'en empêcher.


I Mandrache


La magie est le pouvoir d'agir sur les forces du mal.

Il y a deux sortes de magie: La magie noire que l'on pratique pour nuire à son ennemi et la magie blanche destinée à aider et à guérir ceux qui sont possédés par le mal.

La magie blanche est pratiquée par ceux que l'on nomme signadori ou incantatori. Ils possèdent aussi un don divinatoire et on va les consulter quand on se sent poursuivi par la malchance, pour être libéré d'un envoûtement (annuchjatu) ou pour lutter contre la maladie. Voici comment ils opèrent :

L'incantatore prend une assiette à soupe remplie d'eau, l'impose sur la tête de l'envoûté, se signe trois fois en récitant une formule d'exorcisme et dit une prière en faisant tomber lentement quelques gouttes d'huile dans l'assiette remplie d'eau. Suivant la façon dont les gouttes se comportent il sait si le mauvais sort a été ou non chassé.

Ce don de soigner (ochju) est transmis selon un rituel très précis: une prière que l'on transmet uniquement la nuit de noël. Si la prière, que l'on doit apprendre par cœur, est transmise en dehors de cette nuit de noël, le pouvoir est perdu.

Le Mazzeru (sorcier) est un personnage doté de pouvoirs surnaturels et capable de donner la mort de façon magique.

C'est la nuit, en songe, que le Mazzeru quitte son lit, poussé par une force mystérieuse, pour parcourir la campagne à la recherche d'une proie. Posté derrière un arbre ou dans un bosquet impénétrable, il guette l'animal qui se laissera surprendre. Une fois qu'il l'aura tué, il sortira de sa cachette pour retourner l'animal sur le dos. C'est alors qu'il s'aperçoit que l'animal a en réalité le visage d'une personne qu'il connaît.

Cette personne mourra le lendemain ou peu de temps après.

Parfois le Mazzeru est éveillé, c'est une nuit de pleine lune, il se lève pour fermer les volets et voit deux lièvres dans le jardin. Il prend son fusil et tire sur un lièvre et le tue tandis que l'autre s'enfuit.

Plus tard dans la nuit, on frappe à sa porte, il se lève et son fils entre affolé: l'un de ses deux enfants vient de tomber brusquement très malade, il faut aller chercher le docteur.

A ce moment là, le Mazzeru réalise avec horreur que l'histoire des deux lièvres avait une signification: "c'est trop tard, le docteur ne pourra rien y faire, le petit est mort, c'est moi qui l'ai tué".

Ce rêve prémonitoire, cette vision, c'est la particularité des Mazzeri qui voient ce que les autres ne peuvent pas voir. (Source)

Pour aller plus loin (en anglais).

mercredi 23 mars 2022

Dernières actualités et quelques inspirations pour ma campagne - Marvel's Hit Monkey et Aleister & Adolf...

Cela fait quelques temps que je n'ai rien posté, mais une bonne crève qui m'a cloué pendant plusieurs jours (pas la Covid je vous rassure), mais une bonne fatigue quand même, plus pas mal de boulot à rattraper par la suite m'ont tenu éloigné de ce Blog et de notre campagne également, une partie était prévue mais j'ai préféré l'annuler. Bon j'en ai profité pour un peu bouquiner, regarder quelques trucs sur YouTube ou sur les plateformes et faire une partie de BioShock, il faudra que je revienne dessus l'un de ces jours car ce jeu a vraiment une ambiance très intéressante, il y a d'ailleurs un scénario très inspiré par ce dernier dans "Dans l'Empire du Lion", recueil d'aventures pour Mantra de Batronoban que j'ai justement relu après ma partie.




Mais là je vais vous parler de deux trucs qui m'ont bien surpris, une série sur Disney + : Marvel's Hit Monkey et une BD, Aleister & Adolf chez Vestron.

Marvel’s Hit Monkey est à l’origine un comic book imaginé par le scénariste Daniel Way et le dessinateur Dalibor Talaji. Il a été publié en ligne sur la plateforme Marvel Digital Comics Unlimited en avril 2010 avant de sortir dans les kiosques une semaine plus tard. Il est ensuite apparu la même année dans le comic book de Deadpool dans un arc en trois numéros avant d’avoir le droit à sa propre série limitée en trois volume.




Marvel’s Hit Monkey raconte comment un macaque japonais va se retrouver lié au fantôme de Bryce, un tueur à gage en bout de course qui va être assassiné devant ses yeux dans les Alpes japonaises. Terrible mentor avec un regard très cynique sur ce monde, il va le guider dans une quête de vengeance pour achever son ultime mission et aider Monkey à devenir celui qu’il devait être.

Le premier épisode démarre lorsque le tueur à gages Bryce Fowler assassine, dans la ville, un politicien progressiste et l’officier de police Ito. Mais il ne se tarde pas à se rendre compte qu’il a été trahi par son commanditaire, qui lui envoie ses sbires pour le zigouiller. Il parvient à les éliminer, mais est grièvement blessé. Parce que son clan est massacré par des assassins traquant Bryce, Hit-Monkey, un macaque en colère, décide de se venger des yakuzas responsables de cet acte et, accompagné par le fantôme sarcastique de Fowler, qui lui fait découvrir le monde des humains, il part pour Tokyo, alors en pleine élection du nouveau Premier Ministre japonais, afin de nettoyer les rues de la ville de la pègre qui l'envahit...




La première saison de Hit Monkey, en 10 épisodes de 25 minutes, est bien sympathique et permet de mettre en évidence ce personnage sortant vraiment de l’ordinaire.

L’œuvre se rapproche, notamment par le biais de certains des méchants que l’on y découvre, de l’univers de Daredevil. On y croise donc de nombreuses personnes qui font des apparitions plus ou moins importantes, dont une tueuse à gages vraiment très efficace et particulièrement mortelle, Lady Bullseye. Les autres protagonistes sont très bien interprétés et proposent une galerie de personnages sortant parfois de l’ordinaire. L’animation est parfois en dessous de celle d’animes récents, notamment japonais. Elle est toutefois très efficace et propose des séquences d’affrontement particulièrement spectaculaires et lisibles. Le design du singe est vraiment très réussi et celui-ci a une grande classe avec son costume et ses lunettes. Le fantôme a une belle apparence éthérée qui permet de voir ce qu’il se passe derrière lui. Et les supers pouvoirs de certains protagonistes rendent bien.Il y a un certain humour (Archer n'est pas loin et la ville de Tokyo (peuplée d'esprits (Yuki, le fantôme protecteur de la ville), de super-méchants (Lady Bullseye, le Silver Samuraï) et de caïds déglingués aux capacités surhumaines (Ogun, par exemple)) a aussi une grande importance dans les événements et sert de multiples lieux de rencontre entre le singe et ceux qui régulièrement veulent l’éradiquer. Il est amusant de voir comment le macaque communique avec les autres animaux, ce qui a parfois de l’influence sur le déroulement du récit, et permet de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans sa tête. Une histoire qui n'oublie pas de se montrer plus sensible et émouvante entre deux gerbes de sang, des scènes d'action très violentes et un humour qui fonctionne : Monkey ne se sent pas à sa place chez les humains ou chez les singes, sa relation avec Bryce devient de plus en plus compliquée, il s'éprend vaguement de la nièce du candidat aux élections et lorsqu'il tente de renouer avec son espèce en partant dans les montagnes, il n'amène avec lui que violence et désolation.




J'ai trouvé cette série assez distrayante et elle m'a ramené à d'autres (pas dans l'histoire et les thèmes mais un peu dans l'esprit) comme Seis Manos ou Trese ou encore au film Wolverine : Le Combat de l'immortel. Le genre de truc que j'aime bien où des personnages se retrouvent à vivre des aventures bien tarées à milles lieux de leur quotidien, à savoir que là, en plus c'est un singe. Le type de concept que j'aime à imaginer pour mes PJ.

Autre sujet, la lecture de cette BD qui traînait depuis plusieurs mois sur mes étagères et que je n'avais pas encore ouverte : Aleister & Adolf. Reconnaissons que le titre fait un peu peur au premier abord mais on est intrigués dès la couverture par l’univers étrange que les artistes nous proposent. L’histoire démarre comme une intrigue policière même si, dès les premières pages, on sent bien que quelque chose cloche. Le jeune graphiste Hugh bosse dans la pub sans trop de conviction jusqu’à ce qu’un logo récalcitrant le pousse aux archives où il fait des recherches et tombe sur un vieil archiviste plus qu’étrange. Le logo sur lequel Hugh fait des recherches l’amène dans un univers auquel il ne s’attendait pas : les camps de la mort nazis.




Aleister & Adolf part donc d'un accident informatique sans conséquence au sein d'une société fictive du nom de Viceroy : sur un document, le graphiste ne parvient pas à insérer le logo de la compagnie, comme si ce-dernier refusait de se laisser faire. Des archives, le jeune homme est orienté vers un vieil homme responsable de l'adoption de ce symbole, Roberts, un vieillard aux portes de la mort et ancien vétéran de la Seconde Guerre Mondiale. Ce-dernier va expliquer au graphiste l'origine du logo, en revenant à ses jeunes années aux côtés d'Aleister Crowley en marge d'une bataille des symboles entre les Etats-Unis et le IIIème Reich.

Le comics prend la forme d'une fiction spéculative à la Hellboy, en reprenant quelques idées emblématiques de l'oeuvre de Mike Mignola. En l'occurrence, le principe fondateur de l'histoire veut que les nazis étaient eux-mêmes adeptes des sciences occultes à la recherche de symboles, ou d'artefacts religieux (la Lance de Longin) censés galvaniser la puissance des armées. Roberts est alors un simple photographe de guerre attaché au régiment du général George Patton, envoyé en Angleterre à la rencontre d'Aleister Crowley pour fomenter un réseau de contre-propagande mystique. Le but des deux hommes est, au départ, de manipuler les loges de fanatiques nazis en concoctant de fausses prédictions sur un principe de course au renseignement - Crowley devient alors le Alan Turing du monde des esprits et des astres - puis de bâtir un symbole rival à la Svastika qui permettrait à l'armée alliée de surplomber Adolf Hitler et sa clique. Les lecteurs qui n’auraient aucune notion du sujet seront sans doute un peu perdus dans un premier temps car les auteurs glissent de nombreuses références historiques, mythologiques et magiques dans leur récit et dans leurs pages. Dès les premières planches, à côté des logos de Shell ou Peugeot, on aperçoit une affiche d’un film de Kenneth Anger – Hollywood Babylon – un réalisateur fasciné par l’occultisme. Quant à la lance de Longin, elle est un des fils rouges de l’histoire et rappelle la fascination des nazis pour les artefacts christiques auxquels ils prêtent des vertus magiques. Le lecteur fera vite le parallèle avec deux des films de la série Indiana Jones dans lesquels les nazis tentent de faire main basse sur l’Arche d’alliance ou le Graal.

Toutefois, il est bon de rappeler qu'Aleister & Adolf s'appuie sur un mensonge connu de la fiction révisionniste, déjà largement utilisé dans Hellboy, avec ses Kroenen, Raspoutine et son projet Ragna Rok par exemple. Une théorie qui veut que les nazis auraient entretenu leurs propres temples, leurs propres paraboles, leurs propres rites interdits, aujourd'hui largement réfutée par les historiens. Le discours construit par la propagande du pouvoir en place, avec ses référents scandinaves ou antiques, et quelques croyances individuelles de certains hauts gradés a effectivement pu laisser place au doute. La fascination contemporaine pour ce front supposément occulte de l'armée nazie, authentique corne d'abondance des auteurs de fiction, s'appuie surtout sur les convictions personnelles d'Heinrich Himmler.

Le bras droit d'Adolf Hitler entretenait effectivement une passion sincère pour l'emploi des runes, le rôle des symboles dans la construction de l'identité nazie, et certaines superstitions pas forcément bien vues dans l'entourage du Führer. Espérant faire des Schutzstaffel ("S.S.") un équivalent moderne des Chevaliers de l'Ordre Teutonique, celui-ci habillera les soldats de symboles nordiques ou germaniques. La Svastika, représentation d'une croix solaire provenant de cultures indo-européennes plus anciennes, deviendra surtout l'emblème du nazisme par effet d'appropriation culturelle.

Le récit bascule ensuite très vite dans l’occultisme quand Roberts rencontre Aleister Crowley, une des figures majeures de ces mouvances multiples et que l’on considère parfois comme le père du Satanisme – son surnom est d’ailleurs "la Bête" en référence à l’Apocalypse de Saint Jean. Et là encore, une bonne connaissance du sujet aidera mieux à comprendre les multiples références glissées à la fois dans le récit et dans les planches. On sent une excellente maîtrise du sujet par les auteurs qui placent toutes les facettes de la vie de Crowley, de son pangermanisme datant de la Première Guerre mondiale à ses liens avec les occultistes allemands, sa dépendance à la mescaline, ses rituels sataniques et inspirés de l’Egypte ancienne, sa société de Théleme ou sa rencontre avec Ron Hubbard, le père de la scientologie… Aux côtés de Crowley, on retrouve des figures importantes des services secrets britanniques : Ian Fleming, le créateur de James Bond et Maxwell Knight, du MI5 qui a inspiré la figure de 007. On croise évidemment quelques nazis et notamment Rudolf Hess, qui, tout comme Himmler, était féru d’occultisme.

Le propos de ce récit est de démontrer combien les signes, les symboles peuvent avoir une influence majeure sur les grands faits historiques. On part évidemment dans des propos mystiques auxquels on n’est pas forcés d’adhérer mais la démonstration est intéressante : la svastika étant un symbole fort, alimenté par la souffrance, tandis que le V de la Victoire en est l’opposé. Là encore, chapeau aux auteurs qui se sont documentés sur les origines de ces symboles et en proposent une genèse que les biographes de Crowley ne renieraient pas.




Par delà une histoire de semi-fiction, Douglas Rushkoff demande au lecteur de réfléchir à ce qui l’entoure : les marques utilisent des logos qui influencent notre vie de manière pernicieuse. Il nous propose donc de voir au delà des apparences et de comprendre qu’il existe des forces, occultes ou non, dont le but est la manipulation des esprits. Evidemment, évoquer le nazisme et les millions de morts qu’il a entraîné dans son sillage pour montrer la dangerosité de certains symboles et des techniques de marketing peut paraître quelque peu excessif mais, quand on y songe, les régimes autoritaires sont sont également implantés grâce à des techniques de propagande et de manipulation des masses, l'actualité récente en est une preuve.

Si on doit évoquer l’aspect graphique, je dirais que Michael Avon Oeming domine parfaitement son sujet. Le choix d’un récit en noir et blanc renforce l’aspect noir et un peu effrayant du titre. Oeming varie les techniques pour varier les ambiances : il utilise le tramé lorsqu’il lance son jeune graphiste dans une enquête ou les fonds aquarellés pour les rituels ésotériques. Ses personnages sont tous quelque peu inquiétants et Oeming réutilise avec science les images connues d’Aleister Crowley et glisse avec malice des références occultes dans ses planches. Au lecteur de les dénicher !




Si le titre, Aleister vs Adolf, peut faire effrayer un lecteur frileux, l’ambiance générale et les références historiques, ésotériques et les clins d’œil à la culture pop font de ce récit une lecture passionnante et angoissante. Si décrypter les références peut paraître un peu complexe au néophyte, Douglas Rushkoff fait de son ouvrage un véritable parcours initiatique qui permet à chacun de s’initier au sujet et de pénétrer un peu dans le monde de l’occulte. L’ambiance générale est sombre et s’accorde parfaitement au contenu de cet étrange ovni dans le paysage des comics.

Si je parle de ces deux œuvres, c'est que je trouve qu'elles ont toutes les deux un potentiel intéressant pour des aventures dans mon Multivers, l'une plus axée sur l'action (mais aussi l'enquête pourquoi pas) et l'autre sur un aspect mystique/ésotérique. Elles trouveraient bien leur place dans les ambiances vers lesquelles je veux orienter ma campagne, monde virtuel où nos PJ sont en fait des avatars, ou réminiscences, nos PJ pourraient se retrouver l'espace d'une aventure incarnés dans des animaux ou des anthropomorphes, ou revivre des incarnations passées au temps de la WW2 où ils se retrouveraient dans un combat mystique du type d'Aleister & Adolf, que ce soit dans des rêves, dans la matrice, dans une autre dimension...??? Il y a matière à faire quelques scénarios avec ces œuvres là.

jeudi 5 juillet 2018

Occultisme : La magie au coeur de la culture pop - BiTS #107



Des ouvrages d'alchimie à l'Ordre hermétique de l'Aube dorée, la culture pop' doit-elle une partie de sa puissance d'évocation au monde de l'occulte ? Invoquons les puissances ensemble
Avec Laurent Courau (site laspirale.org), Vincent Capes (réalisateur) et Simon Liberati (écrivain / journaliste).

BiTS explore les cultures pop, chaque mercredi à 16h. http://arte.tv/bits

BiTS décrypte l'actualité des cultures geek et tisse des ponts inattendus avec la culture traditionnelle, l'histoire, la sociologie ou la politique pour offrir une lecture originale du monde contemporain.

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mercredi 4 juillet 2018

Etude - « Pop occultisme »

Suite à mon Post d'hier où je parlais d'Occultisme et d'Aleister Crowley, en continuant mes recherches je suis tombé sur cette étude de Stéphane François sur l'Occultisme dans la Pop Culture, très intéressante, je n'ai pas pu m'empêché de la publier sur ce Blog, j'espère que son auteur ne m'en tiendra pas rigueur.

Stéphane François est docteur en science politique et maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Valenciennes. Chercheur à l’IDP dans cette université, il participe également au Groupe sociétés religions laïcité (EPHE/CNRS).




Nous allons nous intéresser dans cette étude à la diffusion et à la recomposition, des discours ésotérique et occultiste dans les cultures marginales connues sous l’expression d’underground. Ces cultures marginales ou subcultures, sont nées dans le sillage de la contre-culture des années 1960 et sont un mélange de culture « pop » et d’agitation estudiantine. Nous nous intéresserons aussi aux conséquences de cette diffusion : une volonté de ré-enchanter, c’est-à-dire d’essayer concrètement de sacraliser, un monde de plus en plus matérialiste. L’intérêt de ces subcultures et de ces discours réside, pour le chercheur, dans le fait qu’elles ont proposé non seulement des modèles alternatifs de vie, mais aussi une cosmologie. En outre, ces contre-cultures mêmes anticipent les évolutions majeures des sociétés occidentales, tant au niveau social que spirituel. Il est dommage que l’étude de ces faits et pratiques ait été longtemps rejetée ou ignorée par le monde universitaire qui les jugeait irrationnels ou peu sérieux.


Définitions

L’underground peut être défini de la façon suivante : il s’agit d’un mode de vie en marge des valeurs dominantes de la société, le mainstream, qui se manifeste par l’élaboration de ses propres règles à la fois de vie et intellectuelle/culturelle. L’underground se manifeste aussi par une radicalité politique et/ou artistique associée à une volonté de subvertir. Les contre-cultures sont des systèmes déviants, qui cherchent à subvertir les identités établies. La notion de contre-culture doit aussi être vue comme une réaction à la tendance à l’homogénéisation du rationalisme issu des Lumières : il s’agit d’une réaction irrationnelle, parfois « spiritualisante ». Il est vrai que les contre-cultures ont des liens féconds avec les milieux occultistes et ésotéristes.

De ce fait, il est donc nécessaire, pour la clarté de notre propos, de définir ce qu’est l’ésotérisme et l’occultisme. Antoine Faivre distingue cinq contenus sémantiques dans le mot « ésotérisme » : le terme « fourre-tout » ; le discours volontairement « crypté » ; l’ésotérisme traditionaliste d’un René Guénon ; le discours gnostique ; et enfin, l’approche universitaire. Malgré cette impression d’hétérogénéité, il a été possible d’en établir une critériologie comprenant six composantes, dont quatre essentielles (les correspondances, la Nature vivante, l’imagination et les médiations, l’expérience de la transmutation) et deux accessoires (la pratique de la concordance et la transmission). L’analyse des pratiques culturelles des groupes étudiés montre que ceux-ci s’inscrivent plutôt dans le cadre de l’occultisme. Celui-ci est un terme à la fois proche et distinct de l’ésotérisme : il existe une distinction nette entre ce qui peut être défini comme l’aspect théorique d’un côté (l’ésotérisme) et l’aspect pratique de l’autre (l’occultisme).

Au-delà de cet aspect pratique, l’occultisme peut être considéré comme un courant particulier de l’ésotérisme contemporain. Il comprend l’idée de secret, de connaissances réservées, d’« initiation ». Dans le langage courant, le mot « occulte » et ses dérivés renvoient à la fois à ce qui est caché, masqué, et à une série de pratiques sociologiques (la création de « sociétés secrètes » et l’inscription de celles-ci dans une filiation continue) et de pratiques magiques, de contacts avec des entités supranaturelles et de rites initiatiques. Au XIXe siècle – mais nous retrouvons ces caractéristiques dans les milieux underground contemporains – les occultistes désiraient maintenir un espace ouvert entre la science et le spirituel, allant à contre-courant de la sécularisation et du scientisme de leur siècle. Les occultistes étaient persuadés que certaines vérités spirituelles devaient rester cachées dans des sanctuaires, en attendant le moment propice de leurs « désoccultation ». Cette dernière se fit dans les années 1960 et 1970 dans les milieux contre-culturels.


Contextualisation historique

Les milieux underground et occultiste ont une longue histoire d’échanges et de fécondations mutuelles. Dès la fin du XIXe siècle, les milieux occultistes fréquentaient les avant-gardes artistiques et réciproquement. Des poètes, comme le prix Nobel William Butler Yeats ou l’écrivain Arthur Machen, fréquentèrent assidûment des structures occultistes, en particulier le Golden Dawn Order. Des occultistes comme Papus, Joséphin Peladan, Aleister Crowley côtoyèrent la bohème artistique de leur époque. Des auteurs renommés comme Victor Hugo faisaient tourner les tables. Plus récemment, et dans un registre plus ésotérique, un grand nombre d’intellectuels furent marqués et influencés par les thèses de l’ésotériste français René Guénon. Les surréalistes ne cachèrent jamais leurs goûts pour l’ésotérisme et l’occultisme. Cependant, ces pratiques restèrent marginales, même si cette bohème artistique/occultiste donna naissance dans les années 1960 à la contre-culture. Le changement vint de cette époque, et surtout de l’ampleur du phénomène qui donna naissance au New Age et aux milieux qui nous intéressent. Longtemps confiné dans des milieux marginaux, l’occultisme s’est donc « exotérisée », c’est-à-dire qu’elle s’est diffusée dans de nouveaux milieux, en particulier dans la culture populaire, perdant dans le même temps son côté marginal et occulte. Il est alors devenu « mainstream » culturellement, c’est-à-dire qu’il est devenu un élément constitutif de la culture populaire de cette époque, mais aussi de la nôtre.

À cette époque, le moindre livre écrit, y compris par un inconnu, sur des sujets tels que les spiritualités, l’« histoire secrète », les ovnis ou l’ésotérisme tirait au minimum à cinquante mille exemplaires et cela jusqu’à la fin des années 1960. L’engouement pour ce type de littérature a été très fort aux dans les pays occidentaux, montrant ainsi le besoin de merveilleux et de pensée alternative d’une frange importante des populations occidentales. En fait, ces milieux sont plutôt ceux des « parasciences ».

En France, le principal vecteur de cette « exotérisation » de l’occultisme fut une revue, Planète, qui déchaîna les passions. En effet, dès sa création en 1961, elle désira mener une guerre « révolutionnaire » contre la culture dominante de l’époque qu’elle jugeait figée, fermée, morose, et rétrograde. En réponse, elle proposait à ses lecteurs « une ouverture voluptueuse à tout » : idées insolites, « faits maudits », événements étranges, littérature, contestation des frontières scientifiques (interdisciplinarité), refus des partis pris idéologiques, « histoire mystérieuse » (civilisations perdues), personnages énigmatiques, aventures de l’esprit, vulgarisation des sciences… et redécouvertes des idées occultistes. Planète, en cherchant à réconcilier la science et l’irrationnel, a repris, consciemment ou non, la démarche des occultistes du XIXe siècle qui désiraient réconcilier la science et l’esprit dans le but de ré-enchanter le monde. Son succès fut prodigieux. Aucune revue intellectuelle française n’avait jusqu’alors atteint les cent mille exemplaires vendus (en 1965, il y eut même des tirages atteignant les 500 000 exemplaires), ni suscité de déclinaison en trois éditions étrangères. Le succès a été tel que Jacques Bergier fut dessiné, en 1968, sous les traits de Mik Ezdanitoff dans l’aventure de Tintin Vol 714 pour Sidney. La revue disparut cependant en 1968, ses animateurs jugeant leur mission accomplie : elle avait selon eux changé les sensibilités et ré-enchanté le monde. Elle permit, il est vrai, la diffusion « désoccultée » des thèmes ésotérico-occultistes dans de larges pans sociétaux, populaires et/ou underground. La réussite commerciale de cette revue a en effet permis aux thèmes occultistes de se diffuser hors des cercles restreints dans lesquels ils étaient habituellement confinés, et de toucher une population plus jeune, ayant une culture marginale ou sommaire, qui cherchaient de nouveaux référents. Après avoir découvert l’occultisme dans Planète, ces nouveaux lecteurs se sont dirigés vers les collections éditoriales qui ont su profiter de cet effet de mode, accélérant ainsi le processus de diffusion.




L’occident connut, dans les années 1970, parallèlement au désintérêt pour le christianisme et à la décomposition des formes classiques du religieux, par un mouvement de balancier, un phénomène de recomposition parareligieuse, notamment à travers l’apparition d’une nébuleuse spiritualiste foisonnante, elle-même issue des contre-cultures. Cette période, corrélativement à la remise en cause des valeurs dominantes de l’Occident, vécut une crise métaphysique, voire mystique pour certains, ayant abouti à la (re)-découverte des spiritualités de l’Orient, à la mode des gourous, mais aussi à la diffusion de toute une subculture aux intérêts occultistes variables. Sa principale expression fut l’apparition de la nébuleuse New Age. Cet essor est lié, comme nous l’avons dit, au développement dans les années 1960 et 1970 de recherches « alternatives » dans divers domaines : médecine, économie, écologie, politique, religions, etc.

L’une des conséquences de ce phénomène de sécularisation est une dilution qualitative des thèmes ésotérico-occultistes. En effet, entre les années 1970 et la décennie suivante, et dans un curieux relativisme culturel, de jeunes gens mirent sur le même plan des références aussi diverses, et diversement comprises, que l’ésotériste René Guénon, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, l’ufologue Erich von Däniken, les « gourous » indiens, la culture pop (musique, cinéma, bande dessinée, etc.) et les références alternatives. De cet étonnant bouillon originel émergeront les objets de notre étude. En effet, en retour, ce relativisme culturel a permis une recombinaison innovante des thèses occultistes dans de nouvelles subcultures, a priori éloignées de ces milieux, donnant naissance à une interpénétration et à une fécondation mutuelle. Ainsi, la vague contestataire de Mai 1968 a permis à de nouvelles formes de culture de se manifester comme les musiques ou bandes dessinées underground. Des dessinateurs issus de ses rangs ont pu exprimer leur intérêt pour les thèmes occultistes/ésotériques/spiritualistes. Pour s’en convaincre, il suffit simplement de se pencher sur une bande dessinée culte dans les milieux subculturels, L’Incal, mise en image par Moëbius sur un scénario d’Alejandro Jodorowski. Celle-ci nous familiarise, au travers d’une trame narrative classique, et en six volumes tout de même, avec des thèmes ouvertement occultistes/ésotériques comme la mystique de l’Empire, l’androgyne alchimique, la théorie des cycles, la place du Bien et du Mal, le Chaos en tant qu’ordre, la tentation prométhéenne, l’harmonie avec la Nature, etc. Mais il est vrai que Jodorowski, bon connaisseur de l’occultisme et de l’ésotérisme, spécialiste des tarots, est une figure importante de la culture underground : il a été cinéaste, scénariste de bandes dessinées et membre fondateur, avec Roland Topor et Fernando Arrabal, du groupe néo-surréaliste Panique. Cette exotérisation est aussi flagrante dans les bandes dessinées de Philippe Druillet à l’irrationalité symboliquement puissante, comme Loane Sloane ou dans la science fiction mâtinée d’Heroic Fantasy de Caza, thème qui explosera à début des années 2000 dans série Le Monde d’Arkadi. Dès lors, une partie de l’imaginaire occidental, dont font partie l’ésotérisme et l’occultisme, semble avoir trouvé refuge dans les bandes dessinées, moyen d’expression majeur de la culture underground. Ces dessinateurs ont aussi redécouvert, à cette époque, leur patrimoine régional composé de légendes et de contes païens tombés en déshérence, chez les Belges Jean-Claude Servais (La Tchalette) ou Didier Comès (La Belette, Silence, Iris) par exemple. Cet enracinement se double souvent d’une critique de la modernité comme le montre la trilogie du couple Enki Bilal (dessins) et Pierre Christin (scénario), La Croisière des oubliés, Le Vaisseau de pierres et La ville qui n’existait pas, celle de Jacques Tardi sur un scénario de Pierre Christin, Rumeur sur le Rouergue, où s’exprime la défense d’un art de vie, rural, anticonsumériste, refusant l’idéologie du progrès. Cette bande dessinée est particulièrement intéressante, car les thèses gauchistes/alternatives rencontrent le régionalisme et le folklore. Ainsi, la mythologie, les légendes et le fantastique ouvrent à divers degrés de nouvelles portes laissant s’exprimer des forces anciennes magiques et païennes. En outre, les thèmes à connotation historiques y sont souvent archétypaux et les références appuyées à une mentalité païenne, fréquentes.

Cette thématique spiritualiste se retrouva aussi fréquemment dans le cinéma avec des films comme The Wicker Man de Robin Hardy, profondément païen, ou La Montagne sacrée et El Topo, films hallucinés et mystiques de l’incontournable Alejandro Jodorowski, ainsi que dans Excalibur de John Boorman, L’Exorciste de William Friedkin, etc. Enfin, il ne faut surtout pas oublier que l’occultiste anglais Aleister Crowley fut célébré dès les années 1960 par le cinéaste expérimental américain Kenneth Anger. Un autre vecteur important de diffusion de cette vision occultiste du monde a été les groupes de rock de cette époque : il est notoirement connu qu’Aleister Crowley, pour ne prendre que cet exemple, a influencé assez profondément des groupes comme les Beatles, les Rolling Stones, Led Zeppelin, Ozzy Osbourne, le premier chanteur de Black Sabbath, etc. Dès lors, Crowley devient une figure importante de la contre-culture, une situation favorisée par l’apparition d’une « branche noire », c’est-à-dire fascinée par le satanisme, en son sein. Mais, il s’agissait, il ne faut pas l’oublier, de l’underground de l’underground, c’est-à-dire d’un milieu inconnu du grand public. Enfin, les thèmes occultistes se sont diffusés grâce à un genre littéraire longtemps considéré comme mineur, l’Heroic fantasy. Ce registre est apparu dans les années 1920 sous la plume de Robert E. Howard avec Conan le Barbare, une œuvre influencée par les mythes de Mésopotamie, en particulier sumériens, mais aussi par le darwinisme-social et le racialisme. Cependant, les lettres de noblesse de ce genre ont été données, outre Tolkien, par de grands auteurs comme Fritz Leiber et son Cycle des Épées, Michael Moorcock et son Elric le Nécromancien, David Edding et La Belgariade, etc. Globalement, l’Heroic Fantasy est une dérive de la littérature arthurienne et/ou celtique. Elle est aussi beaucoup influencée par les sagas scandinaves, les Eddas, la symbolique du combat entre chevalier et dragons et par les épopées anglo-saxonnes telles que le Beowulf. Cette littérature est aussi très largement marquée par l’aspect initiatique, notamment celle du héros : son thème récurrent est une quête mystique ou d’un objet mystique (Graal, Excalibur, l’Anneau…), voire une quête guerrière...

Ces quelques graines vont germer et donner naissance la décennie suivante à un second phénomène d’exotérisation de l’ésotérisme/occultisme. Cette seconde exotérisation est née du désir d’acteurs subculturels de compléter d’un côté leur connaissance dans ces domaines et de l’autre, d’agrémenter leurs musiques, les pochettes et les livrets de leurs productions, mais aussi de leurs publications littéraires, de références occultistes. Lors de cette seconde exotérisation, la bande dessinée a, de nouveau, joué un rôle important. Outre les « classiques » cités précédemment, de jeunes dessinateurs ou scénaristes issus de l’underground des années 1980 ont connu le succès. Deux scénaristes anglais de bandes dessinées sont connus pour leur intérêt pour l’occultisme : Alan Moore et Grant Morrisson. Le premier est l’auteur des scénarii de V pour Vendetta, From Hell, Swamp Thing, Miracleman, Batman (pour le volume « Rire et mourir »), Promethea, Tom Strong, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, etc. C’est aussi un romancier et un musicien aux convictions écologistes, anarchistes et adepte de certaines formes de magie. Il participe en outre à la revue occultiste anglo-saxonne Kaos 19. Le second est célèbre pour avoir adapté Chapeau melon et Bottes de cuir en bande dessinée et surtout pour avoir créé Les Invisibles dont le héros a ses traits. En effet, Morrison considère cette série comme une véritable technique magique de transformation personnelle et le personnage le représentant comme un sceau sur lequel il concentre sa magie.

L’un des traits les plus intéressants de cette seconde exotérisation est l’apparition des jeux de rôle. L’univers du jeu de rôle est d’ailleurs fortement symbolique. Nous pouvons y rencontrer d’étranges êtres se côtoyant comme des elfes, des gnomes, des amazones, des fées, des vampires, et des magiciens et des guerriers. Le monde dans lequel se situe le jeu de rôle est une terre semée de périls à surmonter, hantée de spectres et de monstres, jalonnée de cités fortifiées singulières et de temples voués à des cultes inconnus. Bref, un monde imprégné de mythes, notamment celtiques et nordiques. Ces jeux montrent le besoin d’irrationnel et de merveilleux dans une société supposée envahie par le réalisme économique et technologique. Il existe une extension de l’Heroic Fantasy qui a connu un énorme succès dans les années 1990 : la féerie, qui peut être vue comme un intérêt pour le monde merveilleux du « Petit Peuple » du folklore européen : fée, elfe, lutin, etc. L’attrait pour celle-ci touche une large part des jeunes adultes, même s’il est plus important encore dans les milieux influencés par l’Heroic Fantasy, la musique gothique, néo-folk ou métal. Cet engouement pour la féerie se double aussi souvent d’un intérêt pour le celtisme. En effet, ces personnes baignent dans une subculture ouvertement néo-païenne d’inspiration celte et scandinave.




Il devient donc nécessaire de nous demander pourquoi ces thèmes occultistes ou « occultisants » réapparaissent de façon récurrente aussi importante et touchent autant ces tranches d’âges. Ces idées nouvelles se nourrissent de l’ancien, en se construisant à partir des brides du passé, transformant, combinant et assemblant des éléments que la tradition laisse à leur portée. C’est la célèbre notion de « bricolage » formulée en son temps par Claude Lévi-Strauss. En effet, la principale caractéristique des groupes et/ou personnes étudiés ici est le peu d’intérêt pour la notion de filiation, primordiale pourtant pour les sociétés occultistes « classiques »… Ces nouveaux venus sont donc dépourvus de culture profonde dans les domaines occultistes. Nous sommes plutôt en présence de pratiques « sauvages », c’est-à-dire hors du cadre normatif d’une société initiatique occultiste.

Ces milieux underground ne sont pas des mondes fermés sur eux-mêmes : il existe des va-et-vient permanents entre ceux-ci et les autres segments de la société. Les valeurs de l’une peuvent féconder une autre et revenir modifiées, fécondant en retour leur segment contre-culturel d’origine. Ainsi, il existe des passerelles assez larges entre les subcultures musicales, les avant-gardes artistiques, les mouvements occultistes, le monde des sexualités marginales, l’écologie radicale, les milieux anarchistes, etc. Cette proximité offre l’avantage d’accroître leur audience, limitée par définition. Nous pouvons même dire que nous sommes en présence d’une « nébuleuse des hétérodoxies », pour reprendre un concept forgé par Jacques Maître.

L’une des clés permettant la compréhension de cette volonté de réenchanter le monde par des spiritualités alternatives est à chercher dans la réapparition de valeurs archaïques et d’enracinements dynamiques au sein de nos sociétés. Cette résurgence irrationnelle s’opposerait, selon Michel Maffesoli, à la modernité, qui ne serait qu’une forme laïcisée de la réduction judéo-chrétienne et qui trouverait son aboutissement dans le rationalisme moderne. Il existerait donc une forme d’irrationalisme culturel qui se manifesterait par des pratiques culturelles persistantes depuis l’Antiquité. Ainsi, la mythologie, les légendes et le fantastique ouvrent à divers degrés de nouvelles portes laissant s’exprimer des forces anciennes magiques et païennes. En outre, les thèmes à connotations historiques y sont souvent archétypaux et les références appuyées à une mentalité païenne fréquentes : l’un des thèmes les plus souvent et les plus librement adaptés reste la Matière de Bretagne, c’est-à-dire le cycle arthurien qui inspirent un Moyen Âge flamboyant, épique, magique et païen.

La mythologie, les légendes, la féerie et le fantastique, dont l’attrait connaît un second souffle, ouvrent à divers degrés de nouvelles portes laissant s’exprimer des forces anciennes irrationnelles, magiques et païennes. Les différentes manifestations du sacré transparaissant dans ces milieux (cultes, pratiques cérémonielles, références à l’occultisme ou à la magie, etc.) peuvent être analysés comme une manifestation, comme une expérience du sacré faite par les individus. Ces cultures, et en premier lieu la bande dessinée fantastique, nous donnent à voir des univers hors du commun dans lesquels se manifeste une sorte de « retour du religieux » changeant et instable mais néanmoins présent. Cette approche tend à montrer trois choses : 1) L’homme actuel appréhende le mystère de son identité en « langage cosmique » ; 2) Il est hanté par « l’idée de transformation de toutes choses » ; 3) Il assiste à un « crépuscule des dieux traditionnels » qui le pousse à ré-inventer, à ré-imaginer le divin et, de ce fait, à repenser sa propre humanité. L’apparition et l’essor de ces subcultures montrent un besoin important d’irrationnel et de merveilleux dans notre société occidentale désenchantée, utilitariste, envahie par le réalisme économique et technologique. Il s’agit donc d’un besoin de réenchanter le monde. Les milieux étudiés font appel à un registre occultiste qui montre un refus fort d’un monde rationaliste, technicien et désenchanté.

Ces milieux contre-culturels, en dépit de leurs constructions « culturelles » qui peuvent sembler étranges pour le commun des mortels, peuvent donc être considérés, d’un point de vue anthropologique, comme une construction identitaire. La pérennisation de ces milieux est créatrice d’une nouvelle identité, en l’occurrence spirituelle. Cependant, nous sommes aussi en présence d’un « occultisme dilué » : nous avons constaté que certains de ces acteurs ne font que reprendre des thèmes, des symboles, sans pour autant adhérer à cette forme de pensée. Cela pour la simple raison que ces personnes ne maîtrisent absolument pas les discours ésotérico-occultistes… Quoi qu’il en soit, ces créations culturelles sont les expressions, fort passionnantes, de tentatives, parfois réussies, de ré-enchantement du monde.

Pour les quelques références qui peuvent vous êtres obscures, car il y en a forcément, je vous laisse faire vos propres recherches, comme moi...

mardi 3 juillet 2018

Killing Joke documentary; The Death and Resurrection Show - Occultisme, Magick - Aleister Crowley



Hier soir, j'ai regardé sur Sundance TV, le film documentaire "Killing Joke documentary; The Death and Resurrection Show" dont voici le trailer ci-dessus. Non seulement c'est un groupe que j'aimais bien ado dans les années 80, mais ce film montre aussi comment le leader du Groupe, Jaz Coleman, a été fortement influencé durant toute sa carrière par l'Occultisme et le Mysticisme.

Si les textes de Killing Joke penchent souvent vers le millénarisme, c'est principalement à cause de la grande culture mystique que s'est forgée Coleman au cours de sa vie. Il est féru d'occultisme et a étudié la divination et la numérologie. Les allusions à des événements à venir, à des lieux chargés de spiritualité et à des textes sacrés (comme les prophéties d'Ézéchiel) sont légion dans les albums de Killing Joke et ce depuis les origines.

Coleman évoque très souvent la fin du monde, bien qu'il semble qu'il faille entendre par là une fin de la civilisation telle qu'on la connaît actuellement plutôt qu'une disparition pure et simple de la race humaine. C'est à la suite de la révélation de l'imminence d'un tel cataclysme que Coleman s'est réfugié en Islande, vite rejoint par Geordie Walker, le guitariste, au début des années 1980. En 1988, lors de l'écriture de l'album Outside the Gate, il utilise les principes de la numérologie antique pour caler le tempo de ses compositions. Il se dira ensuite troublé par le déroulement de l'actualité de l'époque, qui semble coller de près avec les intuitions ou prémonitions qui lui sont transmises durant l'enregistrement. Il aurait ainsi pressenti, peu de temps à l'avance, l'attentat de Lockerbie.

Coleman est profondément influencé par l'héritage occulte d'Aleister Crowley et son Hermetic Order of the Golden Dawn (voir Ordre hermétique de l'aube dorée). Il ne voit pas les prestations scéniques de Killing Joke comme de simples concerts, mais comme une célébration, une communion mystique entre le groupe et son public. Coleman joue volontiers avec la symbolique religieuse, comme lorsque, dans le DVD du concert au Shepherds Bush Empire, il brandit une croix latine au-dessus du public.

Dans le même ordre d'idées, liant intimement musique et spiritualité, son apparition dans le film Rok Ďábla révèle sa façon de concentrer les énergies, d'éveiller la créativité, et de lier un groupe de personnes par d'autres moyens que la simple amitié. Il emmène ainsi les membres du groupe tchèque Čechomor dans un lieu isolé, vide de tout repère, et tâche de leur faire partager une expérience mystique dans le but d'améliorer leur façon de jouer ensemble. Dans cette scène, il fait usage de substances psychotropes pour éveiller l'esprit aux forces occultes. C'est là un autre point commun avec Crowley, qui, dans un carnet, s'était employé à noter les effets de la consommation de cocaïne sur son corps et son esprit, augmentant régulièrement les doses jusqu'à atteindre une forme d'extase.

En résumé, Coleman prône l'acceptation des penchants animaux de l'homme, et leur utilisation à « bon escient » plutôt que leur diabolisation. Il conseille ainsi de « laisser sortir les démons » pour mieux les utiliser. Le texte d'Exorcism, sur l'album Pandemonium, fait référence à cette façon de laisser l'inconscient s'exprimer : « Rise from the unconscious let it rise - Get it out - Watch it bubble to the surface - Wash it away » - « Laissez [le démon] sortir de l'inconscient - Faites[-le] sortir - Regardez-le faire des bulles à la surface - Balayez-le ».

Il ressort de quelques entretiens accordés à la presse que Coleman croit à la panspermie, base importante de nombre de ses croyances.

Du coup ça m'a donné envie de me pencher un peu plus sur Aleister Crowley.




Aleister Crowley en 1929
Données clés Nom de naissance Edward Alexander Crowley
Naissance 12 octobre 1875
Royal Leamington Spa, Warwickshire, Angleterre
Décès 1er décembre 1947
Hastings, Sussex, Angleterre
Nationalité Britannique
Activité principale
Occultiste, poète, romancier
Autres activités, Alpinisme


  


Edward Alexander Crowley (12 octobre 1875 à Royal Leamington Spa dans le Warwickshire – 1er décembre 1947 à Hastings), dit Aleister Crowley, et également connu comme Maître Therion, Frater Perdurabo ou The Great Beast 666 (La Bête) est un écrivain, occultiste et astrologue britannique.

Fils d'une riche famille protestante fondamentaliste, du courant Darbyste, il abjura la foi chrétienne à l'adolescence, après la mort de son père. À Cambridge, il changea son prénom d'Edward en Aleister et commença à s'intéresser à l'occultisme. Initié au sein de la Golden Dawn, il s'en détacha rapidement pour poursuivre sa propre voie ésotérique, basée sur une « magie sexuelle » sans tabou. Il dilapida sa fortune au cours de ses recherches qui le menèrent partout dans le monde.
Il devint rapidement très controversé, tant pour ses mœurs sexuelles[réf. nécessaire] que pour ses idées occultistes, mais aussi pour ses idées politiques. Germanophile, il devint indésirable en Grande-Bretagne avec la Première Guerre mondiale. Il fut chassé de Sicile où il s'était installé, après divers scandales. Il continua ses errances. Il mourut d'une crise cardiaque liée à une bronchite chronique due à sa forte consommation de drogues. Il fut incinéré à Brighton et ses cendres auraient été perdues.Aleister Crowley est surtout connu pour ses écrits sur l'occultisme, particulièrement The Book of the Law, le livre sacré de Thelema. Crowley était également membre influent de plusieurs autres organisations occultes : l'Astrum Argentum et l'Ordo Templi Orientis. Concernant cette dernière organisation, il participa même à la réécriture complète de ses rituels en fonction de la Loi de Thelema.


Biographie

Jeunesse et éducation :

Edward Crowley était l'héritier unique (sa sœur cadette mourut en bas âge) d'un riche brasseur à la retraite, Edward Crowley, et de son épouse Emily Bertha Bishop. La fortune familiale provenait des brasseries Crowley's Ales. Il vécut ses premières années dans le confort matériel. Il développa aussi très tôt un complexe de supériorité intellectuelle et spirituelle.

Par ailleurs, la famille était membre du groupe religieux protestant fondamentaliste des Frères de Plymouth. Après le décès de son père, Edward Crowley rejeta son héritage religieux. Sa mère commença à lui donner alors le surnom qu'il s'appropria ensuite : « The Beast », en référence à « La Grande Bête 666 » de l’Apocalypse de Saint-Jean. Il fut confié à la garde de son oncle maternel Tom Bond Bishop, d'apparence philanthrope mais cruel avec son neveu. Son oncle est un prêcheur fanatique et il oblige Edward Crowley à apprendre la Bible par cœur.

Edward Crowley suivit les cours d'abord du Malvern College (1891-1892) puis de la Tonbridge School (1892). Il ne s'y sentit jamais à l'aise. En 1895, il entra au Trinity College (Cambridge) où il commença à étudier les sciences naturelles. Il était cependant plus doué dans des disciplines annexes : échecs et alpinisme. Il semblerait que ce fut alors que, intéressé par la poésie, il décida de changer de nom et, s'inspirant du poème « Alastor, or, The Spirit of Solitude » de Shelley, il ait décidé d'adopter le prénom « Aleister », réinterprétation gaélique d'Alastor, pour s'inscrire dans la vogue du renouveau celtique que connaissait à cette époque la Grande-Bretagne. Le choix du prénom "Aleister" a également été choisi pour une raison numérique, il faut savoir que dans la Kabbale Anglaise, Hébreuse et Grecque, l'addition des lettres composants "Aleister Crowley" donne le chiffre de la bête: 666.

Ce fut aussi alors qu'il était étudiant qu'il hérita de la fortune paternelle et qu'il commença à la dilapider. Il fit ainsi publier dès 1898 une édition de luxe de ses propres poèmes Aceldama, alors marqués par l'influence de Gerald Kelly. Le poème « White Stains » révélait déjà ses penchants homosexuels. Son premier amant fut d'ailleurs alors l'acteur transformiste Jerome Pollitt. La relation, empreinte de méfiance des deux côtés, se termina en 1898.

Aleister Crowley quitta Cambridge avant d'avoir passé son diplôme.


Découverte de l'occultisme :

En 1897, une vision lui fait réaliser que toutes les œuvres humaines, hormis la magie, sont éphémères. Il se consacre alors à l'étude des textes ésotériques, et cherche un magicien pour l'initier. Il est admis en novembre 1898 au sein de la Ordre hermétique de l'Aube dorée, une société secrète d'étude et d'enseignement des sciences occultes fondée en 1888. Pour ses travaux ésotériques, il y adopte le nom de Perdurabo (« J'endurerai ») ; si William Butler Yeats le croit fou, il est remarqué par un autre membre de la Golden Dawn, l'un de ses fondateurs : Samuel Liddell MacGregor Mathers.

MacGregor Mathers a mis au point un rituel pour invoquer son ange gardien. Dans ce but, Aleister Crowley s'enferme dans la résidence du bord du Loch Ness en Écosse, Boleskine House.

Déçu par les dissensions au sein de la Golden Dawn et rejeté par de nombreux membres de la société que sa vie sexuelle choquait, Crowley s'éloigne peu à peu de la Golden Dawn. Il s'intéresse aux travaux de John Dee, et de son médium Edward Kelley dont il pense être la réincarnation. Pour franchir seul les étapes initiatiques de la Golden Dawn, il s'initie à l'Hatha yoga et part en voyage en Asie.

Crowley s'intéresse aux traditions ésotériques orientales, comme le bouddhisme (qui lui est présenté par MacGregor Mathers et son ami et associé Allan Bennett), le taoïsme et surtout le yoga, dont il affirme être l'un des premiers occidentaux à recevoir un enseignement complet par un grand maître. Il séjourne souvent en Orient et en Asie.


Voyages, premier mariage et alpinisme : Le K2.

En 1900, Aleister Crowley est au Mexique, où il affirme avoir été initié franc-maçon, et où il rencontre l'alpiniste Oscar Eckenstein qui l'entraîne sur les sommets mexicains, l'initiant aux méthodes de concentration et de visualisation. En 1902, ils entreprennent ensemble la première tentative d'ascension du K2, la deuxième plus haute montagne du monde, située à la frontière entre la Chine et le Pakistan1. Après plus d'un mois passé sur place, la tentative fut un échec. Les Hunzas gardèrent de lui le souvenir d'un Occidental humain, qui les considérait comme ses égaux.

En 1903, il épouse Rose Edith Skerrett, la sœur de Gerald Kelly, qui est veuve. Au Caire en avril 1904, pendant leur voyage de noces en Égypte, Rose entre en transe et annonce à Crowley qu'il doit se préparer à recevoir une communication surnaturelle. L'année suivante, Rose accouche à Boleskine House d'une fille. En mai 1905, Crowley part pour une désastreuse expédition himalayenne. Il rend ses compagnons responsables de leur propre mort, et exige que sa femme et sa fille le rejoignent en Inde. Ils fuient le pays quand la police vient enquêter sur un incident au cours duquel Crowley a tué deux agresseurs. Ils se réfugient en Chine d'où il renvoie son épouse et sa fille afin de partir à la recherche d'une ancienne maîtresse. De retour en Grande-Bretagne, il apprend la mort de sa fille, d'une fièvre, en Birmanie. Il en rend Rose responsable. Le couple a deux autres filles avant de divorcer. Crowley dit avoir fait connaître ses adultères pour avoir les torts lors de la procédure.


Crowley au désert :

En 1909 Aleister Crowley, qui renoue avec son travail ésotérique et occulte, publie le Livre de la Loi sur la communication reçue au Caire en 1904. Il publie aussi Liber 777 qui donne les clés interprétatives du tarot selon la Golden Dawn. Il se rend dans le désert algérien en compagnie de Victor Benjamin Neuburg (qui avait dansé dans la représentation des Mystères d'Éleusis montée par Crowley) avec qui il met au point son système de « magie sexuelle » qu'il appelle Magick.

Il fonde à la même époque l'Astrum Argentum, son propre ordre ésotérique inspiré de la Golden Dawn. Il se rapproche de l'Ordo Templi Orientis de Theodor Reuss, une société ésotérique allemande qui pratique sa propre « magie sexuelle ». Aleister Crowley devient le maître de la branche britannique de cet ordre.


Exils et fin de vie :

Proche de l'Allemagne, Crowley s'exile aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. Ses écrits pro-allemands lui valent une antipathie de plus en plus forte dans son pays. Il a alors dilapidé son héritage et vit de subsides versés par l'Ordo Templi Orientis. Il travaille à ses rituels de « magie sexuelle ».


Thelema, Cefalù :

En 1920, Aleister Crowley loua une ferme à Cefalù en Sicile, qu'il nomme Thelema. Il y forme de nombreux disciples. En 1923, comme la veuve du disciple Raoul Loveday porte plainte contre lui, Crowley est chassé d'Italie par le gouvernement de Mussolini. Le journal britannique John Bull le surnomme alors « l'homme le plus pervers du monde ». Il fait régulièrement parler de lui par ses provocations. Il s'adonne à l'héroïne, dont la consommation lui inspire quelques écrits relatant les effets de la drogue en temps réel, et mène une vie sexuelle dissolue pour l'époque.

Crowley prend la succession de Theodor Reuss à la tête de l'Ordo Templi Orientis, lors de la conférence de Weida et forme des disciples parmi lesquels Karl Germer, Gerald Yorke ou Israel Regardie. En 1929 à Berlin, il épouse brièvement la Nicaraguayenne Maria Teresa Ferrari de Miramar.

Il revient au Royaume-Uni dans les années 1930 et y intente divers procès pour toucher de l'argent. Il poursuit un libraire qui a annoncé à tort la sortie d'un de ses livres (The Diary of a Drug Fiend), et l'éditeur du livre de Nina Hamnett Laughing Torso, dans lequel elle insinue qu'il a pratiqué la magie noire à Thelema. Ses amis ne témoignant pas en sa faveur, et les récits de ses pratiques sexuelles et magiques jouant en sa défaveur, il perd ses deux procès et est condamné à payer les frais de justice alors qu'il est ruiné.

En 1936, il tombe amoureux de Greta Sequeira, une anthroposophe qui épouse un entrepreneur de Dundee. Par elle, il rencontre Frieda Harris qui sera son exécutrice testamentaire. Ensemble, ils conçoivent un tarot qu'elle illustre de ses aquarelles en 1942. Ce tarot divinatoire mélange diverses influences : magie occidentale, Golden Dawn, gnose, bouddhisme tantrique, chimie et freudisme. Crowley affirme que ce tarot est la suite du travail ésotérique d'Éliphas Lévi, dont il dit être la réincarnation (Lévi était mort l'année de sa naissance). Son Book of Thot de 1944 est un commentaire des arcanes de ce jeu.

Dans ses dernières années, Aleister Crowley demande à John Symonds de travailler à sa biographie à partir de ses notes. Son dernier disciple est Kenneth Grant. Les deux hommes seront ses exécuteurs testamentaires pour l'aspect littéraire. Ils travaillent ensemble à la biographie/autobiographie de Crowley, intitulée Autohagiography.

Installé dans une résidence hôtelière d'Hastings, Aleister Crowley meurt le 1er décembre 1947 d'une crise cardiaque liée à une bronchite chronique due à sa forte consommation de drogues. Il était ruiné (sa « fortune » au décès est estimée à 18 £ 6 d. Il est incinéré à Brighton et ses cendres sont perdues.


Production littéraire et influence spirituelle : Liber AL vel Legis sub figura CCXX

Les 8, 9 et 10 avril 1904, lors de son voyage de noces au Caire, Crowley reçut en dictée un ouvrage de quelques pages, par l'intermédiaire d'une entité désincarnée nommée Aiwass, qu'Aleister Crowley assimila plus tard à son Saint Ange Gardien, tandis que le texte transmis était signé du pharaon Ânkhefenkhonsou dont Crowley se déclara la réincarnation. Ce texte, intégralement retranscrit dans le Livre de la Loi (Liber AL vel Legis sub figura CCXX), constitue la base de son système philosophico-religieux nommé : « La Loi de Thelema ». Il annonce aussi le début d'une nouvelle ère : le christianisme serait amené à laisser la place à un nouveau mouvement spirituel.

Le terme « Thelema » provient du grec, et signifie « Volonté », non la Volonté bassement humaine et capricieuse, mais la Volonté Supérieure de l'Homme qui lui permet de dépasser sa condition. Le Livre de la Loi illustre cette « Volonté - Thelema » par quelques phrases clés comme « L'Amour est la Loi, l'Amour soumis à la Volonté » ; ou encore « Fais ce que Voudras sera le Tout de la Loi », ce fameux « Fais ce que Voudras » qui est gravé sur le fronton de l'« Abbaye de Thélème » de Rabelais, auteur avec lequel il partage une sensualité grivoise, un penchant pour l'alchimie et une certaine religiosité bien qu'il ait cherché à se démarquer de son éducation religieuse chrétienne, en rejoignant la longue liste des nouveaux gnostiques, par l'intermédiaire de ce qu'il nomme la « Magick », l'hermétisme et d'autres disciplines occidentales comme orientale comme le yoga.


Crowley dans la culture populaire :

L'œuvre et le personnage de Crowley ont eu une influence significative sur nombre d'amateurs d'occultisme. Crowley, ou des personnages fictifs fortement inspirés de Crowley, apparaissent ou sont cités dans de nombreuses œuvres musicales, littéraires ou encore télévisuelles. Il existe en outre de nombreux produits à son image.


Musique

Crowley a exercé une influence significative sur l'œuvre de musiciens de rock tels que David Bowie, Jimmy Page, Genesis P-Orridge, Jimi Hendrix, Ozzy Osbourne (il lui dédie un morceau hommage, Mr. Crowley), Jaz Coleman, chanteur de Killing Joke, et les groupes Tool, Iron Maiden (chanson Revelations sur l'album Piece of Mind), Edguy (morceau Out of Control), Coil, Throbbing Gristle, Psychic TV, Current 93, Cradle of Filth, yelworC (« Crowley » écrit à l'envers, groupe de dark wave), Christian Death, Fields of the Nephilim et les Beatles — son visage apparaissant sur la pochette de leur album Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band.

Sur un de ses albums solo, Inside Of Emptiness le guitariste des Red Hot Chili Peppers, John Frusciante, présente 3 chansons inspirées de sa vie, écrites durant la lecture de textes de Crowley : Emptiness, I’m Around et 666.

Crowley est aussi la principale source d'inspiration du groupe de Black/Death Metal Behemoth.

Le groupe Tiamat a mis en musique un de ses poèmes sur l'album Prey (2003), il s'agit du morceau final de l'album et il est intitulé d'après le nom du poème : The Pentagram.

Jimmy Page, le guitariste du groupe Led Zeppelin, qui lui vouait une admiration considérable, a racheté son manoir de Boleskine qu'il a ensuite revendu.

Ministry, le groupe de metal industriel américain, a composé une chanson s'intitulant Golden Dawn sur leur album de 1988 The Land of Rape and Honey, sur laquelle on peut entendre entre autres des samples d'Aleister Crowley chantant son Call of The Second Aethyr.

Marilyn Manson, dans la chanson Misery Machine, fait référence à l'abbaye de Thélème : « We gonna ride to the abbay of Thelema ». Dans l'ouvrage Dissecting de Gavin Baddeley (traduit en français sous le titre L'Antéchrist Superstar) il est plusieurs fois fait mention de la fascination du chanteur pour Crowley au chapitre « les anges des abysses ».

Rockin' Squat fait référence à Aleister Crowley dans le morceau Illuminazi 6.6.6.

Des enregistrements de la voix d'Aleister Crowley sont utilisés sur plusieurs morceaux de l'album Zvezda Mix de Gestalt OrchestrA et sur le morceau Being Alive de Chromatic.

The Legendary Pink Dots et Symbol Of Subversion, font référence à Aleister Crowley en intitulant une de leurs pièces : « Golden Dawn ».

Le groupe français Jack The Ripper y fait deux fois référence, dans le titre de leur premier album The Book of Lies, et dans la chanson Aleister, de l'album Ladies First.

Bruce Dickinson, le chanteur d'Iron Maiden, est coscénariste du film Le Diable dans le sang (Chemical Wedding, Julian Doyle, 2008) dans lequel un professeur d'université se trouve être la réincarnation de Crowley. Il a composé son album solo Chemical Wedding (2008, Warner Music) dans la même optique.

En 2007, le groupe de black metal français « Blut Aus Nord » fait paraître un album : Odinist sous-titré The destruction of reason by illumination qui est une citation extraite d'une des œuvres d'Aleister Crowley.

Le groupe de musique Klaxons y font référence dans leur chanson intitulée « Magick ».

Le groupe de black metal symphonique français Anorexia Nervosa a utilisé plusieurs extraits de son livre intitulé 'Temple of the Holy Ghost' (recueil de poésies publié en 1974) dans sa chanson Worship Manifesto, sur l'album Redemption Process (2004).

Le groupe de metal italien Death SS a consacré un album à Aleister Crowley Do What Thou Wilt'.

Le groupe belge dEUS fait référence à Aleister Crowley dans sa chanson Great American Nude qui apparaît sur leur premier album Worst Case Scenario en 1994 (She had this thing about Aleister Crowley / It was like a fascination).

Le groupe de Black/Death Metal Temple Of Baal fait référence à Aleister Crowley dans son album Verses Of Fire (2013), à travers des textes comme το αστέρι 418 ou The Tenth Aethyr.


Littérature, bande dessinée, mangas

En 1908 le romancier anglais Somerset Maugham raconte dans The Magician la vie d'Aleister Crowley, présenté dans le livre comme « Oliver Haddo ».

Aleister Crowley est un des personnages centraux du roman Blackout Baby, de Michel Moatti, paru en 2014 chez HC Éditions. Il s'agit d'un Crowley vieillissant, fatigué par l'âge et les bombardements allemands sur Londres, réévaluant Le Livre de la Loi et son « œuvre » passée.

L'auteur britannique Alan Moore a également étudié Crowley, qu'il cite directement dans sa série Promethea, dans un numéro spécialement consacré à la magie et au tarot. Il fait aussi apparaître brièvement Crowley enfant dans From Hell.

Dans le livre Au bonheur des ogres, Daniel Pennac identifie l'un des personnages (le professeur Léonard) comme étant la réincarnation d'Aleister Crowley.

Dans le roman de Robert Bloch Psychose, adapté au cinéma par Alfred Hitchcock, Aleister Crowley est une des lectures de Norman Bates, avec Ouspenski.

Dans la bande dessinée Requiem, Chevalier Vampire, de Pat Mills et Olivier Ledroit, Aleister Crowley apparaît comme l'homme le plus mauvais du monde, ayant réapparu en enfer sous le nom de Black Sabbat avec pour concubine un mandrill nommé Aiwass.

Sous la dénomination de so-called wickedest Man on Earth, il apparait succinctement dans Batman, Arkham Asylum, de Grant Morrison et Dave McKean, où il se contente de discuter du symbolisme de tarot égyptien et de jouer aux échecs.

Dans les mangas, on peut citer Arystar Krory (Aleister Krory dans l'anime) de D.Gray-man, exorciste vampire au grand cœur.

Dans les romans Toaru Majutsu no Index, Aleister Crowley est le père de la Magie occidentale moderne, puissant mage en son temps, qui prit la décision de renier son appartenance à la magie pour se consacrer à la science (deux camps opposés). Il devient l'homme au sommet de la Cité-Académie, pôle scientifique mondial, et désire éradiquer de la surface du globe la magie, créée à la base pour satisfaire ceux n'ayant pas de capacités surnaturelles « scientifiques ».

Aleister Crowley est une source d'inspiration pour le livre L'histoire sans fin de l'auteur allemand Mickael Ende, avec l'utilisation répétée des figures du tarot de Crowley à travers l'aventure, la doctrine inscrite sur l'amulette Auryn utilisée par l'un des héros : « Do what you wish » et le nom que le héros choisit de donner à l'impératrice : « Moonchild ».

Dans le roman de Jean Molla Le Jardin des sortilèges, le plus puissant mage noir et pire ennemi du héros se nomme Aleister Crowley.

Il apparaît aussi dans la bande dessinée W.E.S.T. dans laquelle son histoire est revue et adaptée pour l'esprit de la série.

Il donne également son nom -mais pas son prénom- à un démon dans De bons présages des auteurs britanniques Neil Gaiman et Terry Pratchett (dans la traduction française ce démon s'appelle Rampa).

Il est également le héros de la bande dessinée Alceister Crowley de Antonio Cossu et Les gorilles de l'apocalypse de Antonio Cossu et Louis Savary, où il apparait comme un détective de l'occulte.

Crowley est également cité dans l'ouvrage de Dan Brown, Le Symbole Perdu. Également cité dans le roman d'Eric Giacometti et de Jacques Ravenne, Conjuration Casanova et dans celui de Sire Cédric, Le premier sang.

Il apparaît dans un chapitre du roman d'Ernest Hemingway, Paris est une fête. L'auteur le confond avec Hilaire Belloc.

Il joue un rôle important dans le livre de Bob Garcia, Le Testament de Sherlock Holmes, paru en 2005.

Il apparaît dans le manga Inugami, le réveil du dieu chien, dans lequel il est parvenu à recréer l'Arbre de Vie du jardin d'Eden.


Télévision, cinéma, dessin animé

Dans le dessin animé hentai Bible Black, la Lance de Longinus, apparait une descendante fictive d'Aleister Crowley dénommée Jody Crowley, laquelle rentre en compétition avec la méchante récurrente de la série, Reika Kitami. Il est aussi dans le réveil du dieu chien.

Dans la série télévisé Supernatural, un démon majeur de l'Enfer (un des personnages centraux de la série) s'appelle Alastair. Le roi de l'Enfer s'appelle Crowley.

Dans le film Le Diable dans le sang, réalisé par Julián Doyle, un timide professeur décide de ramener à la vie Aleister Crowley.

Perdurabo (Where is Aleister Crowley?), film réalisé en 2003 par Carlos Atanes.

Dans le film L'héritage Valdemar, réalisé en 2010 par Jose Luis Allemande.

Les films de Kenneth Anger sont inspirés par Crowley, notamment Inauguration of the Pleasure Dome (1954), Invocation of My Demon Brother (1969) et Lucifer Rising (1972).

Dans la saison 2 de la série télévisée X-Files : Aux frontières du réel, dans l'épisode La Main de l'enfer, épisode traitant du satanisme, le lycée dans lequel se déroule l'intrigue s'appelle Crowley High School.

Un court-métrage réalisé par Derek Jarman avec Genesis P-Orridge et des membres de Thee Temple ov Psychick Youth, montre de multiples scènes de magie sexuelle directement inspirée des pratiques de Crowley. Ce film, saisi par Scotland Yard en 1991 dans la demeure de P-Orridge à Londres à la suite d'une plainte fabriquée par la droite chrétienne fondamentaliste américaine, soumettra ce dernier à un mandat d'arrestation dont il échappera, se trouvant alors au Népal et trouvant exil aux États-Unis jusqu'à la découverte de la supercherie par la justice britannique.


Jeu de rôle


Dans le jeu de cartes Vampire: The Eternal Struggle (basé lui-même sur le monde du jeu de rôle Vampire: The Masquerade ou Vampire : La Mascarade en français), Aleister Crowley est un des nombreux vampires pouvant être joués et fait partie du Clan Malkavien.

Dans le jeu de rôle Nephilim, Crowley est à la base du bouleversement magique provoquant la libération des Nephilims de leurs stases, au début du vingtième siècle.

Dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, dans la campagne Les Oripeaux du Roi, Aleister Crowley est un des personnages non joueurs que rencontrent les PJ.

Dans le jeu de rôle Rétofutur, Aleister Crowley est un puissant Non-A dont l'histoire est présenté dans l'extension Les Agences.

Dans le RPG Suikoden, Crowley est un des 108 personnages du jeu. C'est un magicien d'une grande puissance qui serait à l'origine même de la destruction de toute une zone de la carte (les « Badlands », situées entre la République de Toran et la cité-État de Jowston) à la suite d'un duel avec un autre magicien, Mazus.

Dans le RPG Fallout 3, Aleister Crowley est une goule qui vous manipule pour que vous tuiez des "goulophobes" dans la quête "Faut leur tirer dans la tête".

Dans le jeu Saints Row: Gat out of Hell, les protagonistes se retrouvent transportés en enfer après l'utilisation d'une mystérieuse tablette ouija ayant appartenu à Crowley.


Écrits

Crowley était un auteur prolifique, non seulement dans le domaine de la magie mais également dans la philosophie et la politique. Il fut un poète et un auteur de pièces de théâtre ainsi que rédacteur sous divers pseudonymes pour des journaux.

Dans le domaine de l'occultisme, Crowley a notamment écrit sur la magie, le tarot, le yoga, la Kabbale, l'astrologie.


Ses œuvres les plus importantes sont :

The Book of the Law (Le Livre de la Loi)
Magick
Le Livre de Thoth
Magick Without Tears
The Confessions of Aleister Crowley
Liber 777
The Vision and the Voice
The Book of Lies

Il édita et produisit une série de publications intitulées The Equinox (sous-titrée « Revue d'Illuminisme Scientifique »), qui servit comme organe officiel de l'ordre magique Astrum Argentum.

Crowley écrivit également des pièces de théâtre et des romans qui ne reçurent pas un accueil favorable en dehors des cercles occultistes :

Diary of a Drug Fiend
Moonchild
The Rites of Eleusis
The Ship


Œuvres poétiques :

Clouds Without Water. (1974).
White Stains. (1973).
The Star and the Garter. (1974)
Snowdrops From a Curate’s Garden. (1986).
Golden Twigs. (1988).
The Scented Garden of Abdullah the Satirist of Shiraz. (1991).
The Winged Beetle. (1992).


Publiées en français :

Le Livre de Thoth, le Tarot des Égyptiens, Urania Verlags AG, préface d'Hymenaeus Beta, Caliphe de l'OTO, 1994.
Magick (parties une et deux), Éditions Blockhaus, Paris, 1992.
Fragments sataniques, Hriliu, Cahors, 1996.
Le Livre de la Loi, Aleister Crowley, Les Gouttelettes de Rosée, Montpeyroux, 1997. ISSN 1261-503X.
L'Epreuve d'Ida Pendagon, in Rêves d'Absinthe (anthologie), Éditions L'Œil du Sphinx, Paris, 2001. (ISBN 978-2914405058).
Journal d'un drogué, voyage au pays de Cocaïne, Le Camion noir, Nancy, 2011.
Le Livre de la Loi, Le Camion noir, Nancy, 2007.
Béréshith, Les Gouttelettes de Rosée, Montpeyroux, 1998.
Le Scorpion, Les Gouttelettes de Rosée, Montpeyroux, 1998.
Babalon, Éditions de l'Heure, Charleroi, 2002.
Magick (Liber ABA, Livre Quatre), ESH-ÉDITIONS, Collection Bibliotheca Crowleyana, Bruxelles, 2013. Deux tomes (ISBN 978-2805300066).
Le Livre des Mensonges, ESH-ÉDITIONS, Collection Bibliotheca Crowleyana, Bruxelles, 2013. Préface de Jean-Luc Colnot. (ISBN 978-2805300110).
Magie énochienne de la Golden Dawn, Éditions Trajectoire, Escalquens, 2011. Contient le "Liber 84 vel Chanokh" et un extrait de la "Vision et la Voix". (ISBN 978-2841975693).
"Le Livre de Thoth", nouvelle traduction de Philippe Pissier, Editions Alliance Magique, 2016. (ISBN 2367360138 et 978-2367360133).


Bibliographie

En français

Serge Hutin, Aleister Crowley, Arqa, 2005.
Henry Chartier, La Musique du Diable. Le rock et ses succès damnés, Éditions Camion Blanc, coll. "Camion Noir", 710 p.
Sarane Alexandrian, Aleister Crowley, le maître incompris de la gnose moderne, Supérieur inconnu no 15, 1999.
Christian Bouchet, Aleister Crowley, Collection Qui suis-je ?, Pardès, 1999, 127 pages.
Christian Bouchet, Aleister Crowley et le mouvement thélèmite, Les éditions du chaos, 1998.
Christian Bouchet, Aleister Crowley, La Bête 666, Le Camion noir, 2011.
Tigrane Hadengue/Hugo Verlomme/Michka, « Aleister Crowley, le possédé des drogues », in Le Livre du cannabis, Georg, 1999.
Massimo Introvigne, « Aleister Crowley et le satanisme » in Enquête sur le satanisme, Éditions Dervy, 1997, pages 209-219.
Massimo Introvigne, La Magie, les nouveaux mouvements magiques, Droguet & Ardant, 1993, plusieurs pages sur Crowley.
Arnold Waldstein, Aleister Crowley, le Saint de Satan, Culture, Art, Loisirs, Paris, 1975, 287 pages.
Marco Pasi, La Notion de magie dans le courant occultiste en Angleterre (1875-1947), Thèse de Doctorat sous la direction d'Antoine Faivre.
"Les Secrets de la Bouche de l'Enfer", Pessoa/Crowley, Editions ODS, 2015. (ISBN 979-1091506335). (ASIN B016YR81KI).


En anglais

Martin Booth, A Magick Life: A Biography of Aleister Crowley, Hodder and Stoughton, 2000.
Ronald Decker, « Crowley, Aleister (1875–1947) », Oxford Dictionary of National Biography,‎ janvier 2011 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article.
Richard Kaczynski, Perdurabo: The Life of Aleister Crowley, New Falcon Publications, 2002.
Marco Pasi, Aleister Crowley and the Temptation of Politics, Acumen, Durham, 2014.
Lawrence Sutin, Do What Thou Wilt: A Life of Aleister Crowley, St. Martin's Griffin, 2002.
John Symonds, The Beast 666, The Life of Aleister Crowley, Pindar Press, 1997.




Aleister Crowley : Ses Liens avec l’Élite et son Héritage

L’homme qui aimait à se faire appeler « la Grande Bête 666 » et qui fut surnommé « l’homme le plus diabolique de l’Histoire » était plus qu’un occultiste théâtral : Aleister Crowley est au cœur d’un des mouvements les plus influents des XXème et XXIème siècles. Il avait aussi des liens avec certaines des plus puissantes personnalités mondiales, ayant même travaillé avec les services secrets britanniques (MI-5). Cet article décrit la vie et l’œuvre de l’occultiste Aleister Crowley en examinant ses liens avec l’élite mondiale qui ont contribué à la propagation de la Théléma.

Bien qu’il soit considéré comme l’occultiste le plus influent du XXème siècle et classé par la BBC comme le 73ème « plus grand Britannique de tous les temps », la majorité des gens n’a jamais entendu parler d’Aleister Crowley. Cet occultiste, mystique, et magicien des rituels anglais est incroyablement populaire dans certains cercles (occultistes, artistes, célébrités, etc) mais complètement inconnu du citoyen lambda. Et pourquoi devrait-il être connu ? Qu’a-t-il accompli ? Pour faire simple, il annoncé le changement radical de philosophie qui allait balayer la civilisation occidentale durant le XXème siècle. En fondant la philosophie de la Théléma et en annonçant la venu d’un nouvel éon, Aleister Crowley n’a pas seulement formulé le précepte philosophique majeur du XXIème siècle, il a aussi fait partie du moteur Illuministe qui l’a promue.

A cause des rites sexuels de Crowley, de sa consommation de drogues et de son implication dans la « Black Magick » (il avait ajouté un « k » à la fin du mot anglais pour « magie » afin de la différencier de la magie de divertissement), il fut critiqué et diffamé par la presse pendant toute sa vie. Cependant, des documents déclassifiés révèlent que la « Grande Bête 666 » menait une double vie : Crowley a apparemment entretenu des liens avec le gouvernement britannique et travaillait pour les services secrets britanniques et des membres haut placés du gouvernement américain. L’O.T.O – la société secrète qu’il a popularisée – comptait dans ses rangs les gens les plus influents de l’époque, qui en retour usaient de leur pouvoir afin de poursuivre l’avancement de sa principale philosophie : le Théléma.


Sa Jeunesse


Crowley jeune


Crowley naquit dans une famille religieuse et riche. Ses parents étaient membres de l’Exclusive Bethren, une faction conservatrice de la confession chrétienne du Bethren de Plymouth. Son père, un prêcheur-voyageur de la secte, était particulièrement dévot et on disait de lui qu’il lisait un chapitre de la Bible à son épouse et à ses enfants après le petit-déjeuner. S’il maintenait de bonnes relations avec son père, il méprisait sa mère, qui l’appelait « la bête » – un nom dont il fera son sobriquet à vie.

Après avoir perdu son père mort d’un cancer du poumon lorsqu’il avait 11 ans, il a hérité de la fortune familiale et est allé étudier la littérature anglaise à l’Université de la Trinité à Cambridge. C’est durant ses années d’académie que Crowley commença à nier, voire à se rebeller contre son milieu chrétien. Il remit sérieusement en question la Bible, prit part à des parties fines incluant des prostituées et des filles du coin, et développa un intérêt pointu pour l’occultisme. Autre étape symbolique dans son affirmation personnelle, il changea son nom « Edward Alexander » pour « Aleister ». Voici un extrait de son autobiographie décrivant les raisons de ce changement de nom :
« Pendant de nombreuses années j’ai abhorré de me faire appeler Alick, en partie à cause du son et de l’écriture déplaisants de ce mot, en partie parce que c’était le nom par lequel ma mère m’appelait. Edward semblait ne pas me convenir, et les diminutifs Ted ou Ned semblaient encore moins appropriés. Alexander était trop long et Sandy impliquait des cheveux clairs et des taches de rousseur. J’avais lu dans je-ne-sais quel livre que le meilleur nom pour devenir célèbre était un dactyle suivi d’une spondée, comme à la fin d’un hexamètre : comme Jeremy Tailor. Aleister Crowley remplissait ces conditions et Aleister était la forme gaëlique d’Alexander. L’adopter était satisfaire mon idéal romantique. L’atroce épellation A-L-E-I-S-T-E-R fut suggérée par Cousin George, qui aurait dû trouver mieux. Dans tous les cas, A-L-A-I-S-D-A-I-R fait un bien mauvais dactyle. Pour ces raisons je m’accomodai de mon présent nom de guerre – je ne puis dire que je sois sûr que cela facilita la conquête de ma renommée. J’aurais sans doute dû, peu importe le nom choisi. »

Peut-être que les expériences les plus significatives de la jeunesse de Crowley furent ces relations homosexuelles qui, selon sa future biographe Lawrence, l’ont amené à une « rencontre avec une déité immanente ». Cela déclenchera en lui un intérêt particulier pour l’occultisme, les sociétés secrètes et, plus spécifiquement, ce qu’il appellera plus tard le « Sexe Magick ».


Sociétés Secrètes




La vingtaine bien entamée, Crowley a rejoint beaucoup de groupes ésotériques où soit il montait les échelons avec l’admiration de tous, soit il était méprisé et expulsé. Inspiré par le livre d’Arthur E. Waite, Le Livre de la Magie Noire et des pactes, Crowley rejoignit l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée – connue sous le nom de « Grande Fraternité Blanche » – en 1898. Elle comptait parmi ses membres l’élite et les gens influents de la société de l’époque. On l’initia ensuite à la magie cérémoniale et à l’usage rituel des drogues.

En 1899, il devint, selon la rumeur, membre du couvent de sorcières de Old George Pickingil. Cependant, il n’y fut pas très longtemps le bienvenu en raison de son attitude irresponsable et de ses inclinations homosexuelles (qui étaient choquantes à l’époque, même par les sorcières). La prêtresse de son couvent l’a plus tard décrit comme « un petit monstre vicieux à l’esprit sale enclin à faire le mal ! ».

Crowley devint aussi un franc-maçon de haut-rang, joignant plusieurs loges et acquérant plusieurs degrés maçonniques. Dans son autobiographie, il décrit l’obtention du 33ème (et dernier) degrés du Rite Ecossais :

« Don Jesus Medina, un descendant du grand duc des temps glorieux de l’Armada, et un des plus grands chefs du Rite Écossais. Mon savoir cabalistique étant déjà suffisamment profond selon les critères en vigueur, il m’a pensé suffisamment valeureux pour la plus haute initiation qu’il était en mesure de conférer ; on obtint des pouvoirs spéciaux en vue de mon séjour limité, on me fit monter en grade et je fus admis au 33ème et dernier degrés avant de quitter le pays »

Avec l’aide de l’auteur franc-maçon important John Yarker, il obtint d’autres degrés importants dont le 3ème Français par la Loge anglo-saxonne numéro 343, le 33ème du Rite Ecossais « de Cerneau », et les 90/95ème du Rite de Memphis/Mesraïm. Si l’on en croit la Grande Loge Unie d’Angleterre en revanche, dont la reconnaissance définit en général les normes de validité parmi la franc-maçonnerie, aucun de ces organes maçonniques n’était considéré régulier et Crowley ne fut jamais un franc-maçon « officiel ».


Le Livre de la Loi », La Théléma, et les Éons d’Horus

En 1904, Crowley et sa nouvelle femme Rose visitèrent l’Egypte pour leur lune de miel. C’est durant ce voyage qu’il a écrit le Liber Legis, le Livre de la Loi, qui devint la pierre angulaire de sa vie.

D’après son propre compte-rendu, la femme de Crowley l’a conduit dans un musée du Caire où elle lui a montré une stèle mortuaire datant du septième siècle av. J.C., connue comme « la Stèle d’Ankhefenkhonsou » (plus tard appelée « Stèle Révélatrice»). Crowley fut stupéfait par le numéro d’exposition : 666, le nombre de la Bête dans le Livre de la Révélation.


La stèle de la Révélation, expose le nombre 666


Au cours de la suite de leur séjour égyptien, Crowley et Rose prirent part à un rituel magique durant lequel il prétendit avoir reçu un message d’une entité nommée Aïwass. Après cette communication, Crowley écrivit les trois premiers chapitres de son Livre de la Loi – un texte mystique qui, croyait-il, allait un jour révolutionné le futur de l’humanité.

« Il a annoncé l’avènement d’une nouvelle ère dans laquelle Crowley est devenu le prince-prêtre d’une nouvelle religion, l’Age d’Horus. Il devait tisser un lien entre l’humanité et la force spirituelle solaire, pendant laquelle Horus présiderait l’évolution de la conscience mondiale pour les deux mille ans à venir.

Le message d’Aiwaz, considéré par Crowley comme son ange gardien personnel, l’a convaincu que sa mission dans la vie était de porter le coup de grâce à l’Age d’Osiris, avec son extension la plus moribonde : la foi chrétienne, et de construire sur ses ruines une nouvelle religion basée sur la Théléma – « la volonté », en grec. »


Couverture du Livre de la Loi


« Had ! La manifestation de Nûit,
Le dévoilement des compagnons du paradis,
Chaque homme et femme est une étoile,
Chaque nombre est infini ; il n’y a aucune différence,
Aide-moi, ô guerrier, seigneur de Thèbes, pour mon dévoilement devant les Enfants des hommes !

– Les lignes d’ouverture du Livre de la Loi »

« Le Livre de la Loi fut décrit par ses adeptes comme « le réceptacle de formules d’envergure cosmique, certaines exprimées ouvertement, certaines voilées derrière les plus épaisses toiles de cryptographie cabalistique jamais tissées autour d’un texte ». « Ce n’était pas non plus une simple œuvre « d’écriture automatique » », disait Crowely, « mais un message très précis d’une forme d’intelligence aux pouvoirs et connaissances suprahumains, d’une sorte de source extraterrestre transcendantale », une des vrais maîtres dissimulés dans l’ombre qui se manifesteraient à lui par la suite. »

Selon Kenneth Grant, le protégé de Crowley, quiconque possède la capacité de comprendre le langage symbolique « sera abasourdi par la précision du résumé de l’esprit qui animera cet éon »8. En d’autres termes, tout comme la Bible a dominé la civilisation occidentale durant les deux derniers millénaires, la Théléma décrirait l’esprit des deux prochains milliers d’années.

« Dans l’Eon d’Horus, l’approche dualistique de la religion sera transcendée à travers l’abolition de la présente notion d’un Dieu externe à soi-même. Les deux seront unis. « L’Homme ne vénèrera plus Dieu tel un facteur externe, comme dans le paganisme, ou tel un état interne de conscience, comme dans le christianisme, mais il se rendra compte de son identité avec celui-ci. » Le Nouvel Éon d’Horus, basé sur l’union des polarités masculines et féminines, comprendra l’usage magique de semence et d’ecstasy, culminant dans une apothéose de matière – « dans l’accomplissement de la vieille doctrine gnostique qui veut que l’Esprit et la matière ne fasse qu’un et non deux » – symbolisé par l’androgyne Baphomet des Templiers et des Illuminatis.»

Le Livre de la Loi constitua la base de la Théléma, qui s’articulait autour de trois lois philosophiques clés :

1. Fais ce que tu souhaites devra être la loi complète ;
2. L’amour est la Loi ; l’Amour sous la volonté ;
3. Chaque homme et chaque femme est une étoile.


L’hexagramme unicursal, principal symbole de la Théléma. Il est largement répandu que « fais ce que tu souhaites » parle de volonté immédiate, et donc d’une quête égoïste pour la satisfaction et le plaisir immédiats. Cependant, les initiés à cette philosophie ne sont pas d’accord avec l’interpétation de cette axiome car ils le croient conçu afin d’être interprété à un niveau métaphysique. « Théléma » signifie « volonté » en grec. Le principal but de cette philosophie est la réalisation de la Vraie Volonté de chacun, qui est décrite comme « la plus noble mission » ou le but de chacun dans la vie, sans préoccupations pour la morale ou l’éthique.


« Il n’y pas de « normes du bien ». La morale, ce n’est que des balivernes. Chaque Etoile doit suivre sa propre orbite. Au diable les « principes moraux », il n’existe rien de tel. »

Crowley plaça ses enseignements dans son tout nouveau A.’. A.’. (Argentum Astrum, c’est-à-dire l’Etoile d’Argent), un ordre magique destiné à succédé à feu l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée. Afin de générer l’intérêt pour son ordre, il publia également L’Equinoxe – un journal de l’illuminisme scientifique (un terme emprunté au livre d’Adam Weishaupt, L’Ordre des Illuminatis) où il divulgue des techniques et rituels ésotériques. Sa future œuvre intitulée Le Livre des mensonges attira l’attention du chef de l’Ordo Templi Orienti (O.T.O.), Theodor Reuss, qui en fit bientôt un Grand Maître et initié de son ordre. La raison d’une telle reconnaissance : son savoir concernant la magie sexuelle.


L’O.T.O. et la Sex Magick


Crowley en tant que « Grand Baphomet » de l’O.T.O.


Le système magique et initiatique de l’O.T.O. comprenait dans ses cours les plus secrets un programme d’enseignement de la sex magick. On peut d’ailleurs remarquer que le sigle de l’ordre a une forme plutôt phallique. La sex magick est l’utilisation de l’acte sexuel, ou des passions et de l’excitation qu’il suscite, comme un point dans lequel concentrer la volonté ou le désir magique dans le monde non-sexuel. En cela il ressemble à la « force vitale » ou au « kundalini ». A travers l’usage rituel de techniques sexuelles, inspirées par les écoles Tantriques orientales, l’initié peut utiliser l’immense potentiel de l’énergie sexuelle pour atteindre de plus hautes dimensions spirituelles.

« L’ordre a redécouvert le grand secret des Chevaliers Templiers, la magie du sexe, qui n’est pas seulement la clé pour accéder à la tradition hermétique d’Ancienne Egypte, mais aussi à tous les secrets de la nature, au symbolisme franc-maçonnique et à tous les rouages de la Religion. »

Pour mettre en route « les forces occultes d’où résulterait l’llumination de tous au début des années 2000 », Crowley devint convaincu que sa mission était de « libérer le monde de toutes les formes de répressions sexuelles ». Pour y arriver, il se décida à étudier chaque comportement sexuel et ramena chaque pulsion sexuelle à la zone de la conscience rationnelle. Pour parvenir à ses fins, il fit quelques expériences en états de conscience altérés, en utilisant cocaïne, haschisch et opium.

Par la suite Crowley introduisit (non sans protestation) les pratiques homosexuelles de sex magick dans l’O.T.O. comme un des plus hauts degrés de l’Ordre car il croyait qu’il s’agissait là des plus puissantes formules12. Il était clair que Crowley ressentait les accusations de sodomies et d’orgies avec des femmes qui ont frappé les Templiers comme étant fondées sur ce fait, mais qu’elles ne furent pas comprises par leurs détracteurs.

Crowley gardaient également avec lui quelques exemplaires de « Femmes Ecarlates » : la plus connue d’entre elles était Leah Hirsig, habituellement nommée « la guenon de Thoth ». Ensemble, ils s’offraient des séances de soûleries, des drogues et du sex magick. On croit que Crowley a fait quelques tentatives avec plusieurs de ces femmes afin de concevoir un « Enfant Magick » (voir Rosemary’s baby, de Roman Polanski), qui se soldèrent tous, semble t-il, par un échec. A la place, il a fictionnalisé ses tentatives dans un livre appelé Moonchild [« l’enfant de la lune »].


La couverture de Moonchild par Aleister Crowley


Dans la Théléma, la « Femme Ecarlate » est associée à Babalone – la Grande Mère, la Mère des Abominations citée dans le Livre de la Révélation. Crowley et ses protégés feront beaucoup d’expériences avec ce concept.


Agent Secret 666

Lorsque la presse s’empara des cabrioles de Crowley, il devint un infâme magicien noir, un sataniste, un accro aux drogues et fut surnommé « l’homme le plus diabolique de l’Histoire ». Cependant, des documents déclassifiés révèlent que cela n’empêcha pas les services secrets britanniques de l’engager en tant qu’agent. (Ce n’était pas la première fois que la couronne britannique faisait appel aux services d’un occultiste reconnu ; un exemple célèbre d’une telle coopération peut se voir dans le lien qu’entretenait John Dee avec Elizabeth I).

Le travail le plus significatif à propos de la carrière d’espion de Crowley est le livre de Richard B. Spence, Agent 666. En utilisant des documents glanés d’archives britanniques, américaines, françaises et italiennes, Agent 666 fait des révélations fracassantes sur le rôle qu’aurait joué Crowley dans le sabotage du Lusitania, un plan pour renverser le gouvernement espagnol, un plan pour contrecarrer les conspirations nationalistes indiennes et irlandaises, et la vol de Rudolf Hess en 1941.


Couverture d’Agent 666 de Spence


Durant ses recherches, Spence découvrit un document du MID (une ancienne branche de l’armée américaine) soutenant la propre affirmation de Crowley d’avoir été un espion :

« Aleister Crowley était un employé du gouvernement britannique… dans ce pays en mission officielle, de laquelle le consul britannique de New York avait pleine connaissance. »

Selon Spence :

« Crowley était un amateur de psychologie et un expert dans le domaine, avait l’étrange capacité d’influencé les gens et avait probablement utilisé la suggestion sous hypnose durant son travail sous couverture. L’autre chose dont il faisait très bonne utilisation, c’était la drogue. A New-York, il effectua plusieurs recherches détaillées sur les effets de la mescaline (peyotl). Il a invité pas mal d’amis pour un dîner, leur a préparé un curry avant de verser une dose de mescaline dedans. Ensuite il observa, et prit des notes sur leur comportement. La mescaline fut plus tard utilisée par les services secrets pour des expériences concernant les modifications du comportement et le contrôle de l’esprit.»

Durant la seconde guerre mondiale, Crowley devint l’éditeur d’un magazine pro-allemand nommé The Fatherland (« la Patrie ») dans lequel il publia des articles anti-britanniques incendiaires. Il prétendit plus tard que ces articles étaient si absurdes, si incongrus, qu’il finiraient par servir la cause britannique. Il proposa aussi bon nombre d’idées afin d’aider les Alliés dont beaucoup furent rejetées. L’une d’entre elles, bien qu’initialement écartée, fut par la suite mise en œuvre. Cela consistait à lâcher des pamphlets occultes dans la campagne allemande qui prédisent des issues terribles à la guerre et qui dépeignent la chefferie Nazie comme satanique. Son expertise en communication, propagande et gestion de l’opinion publique seront ensuite utilisée pour faire de sa Théléma une force majeure dans la culture populaire actuelle.


Protégés Importants


Jack Parsons


Jack Parsons était un chercheur américain en propulsion spatiale au California Institute of Technology. Il était l’un des principaux fondateurs du Jet Propulsion Laboratory et de l’Aerojet Corp. Il fit figure de pionnier dans ses recherches sur les fusées aux Etats-Unis, même chose concernant son travail sur le développement de l’essence solide et de l’invention des unités JATO (« décollage assisté par réaction ») pour les avions qui furent d’une importance capitale afin de débuter l’ère spatiale de l’humanité. L’ingénieur réputé Theodore von Kàrmàn, ami et bienfaiteur de Parsons, a déclaré que le travail de Parsons et de ses pairs ont aidé à nous faire entrer dans l’ère du voyage spatial. En fait, le cratère de Parsons, situé sur la face cachée de la lune, est nommé d’après lui.

« Il (Jack Parsons) a été décrit comme « l’individu seul qui a le plus contribué à l’ingénierie aérospatiale » et comme quelqu’un « qui a agi en fonction a des ordres tenus secrets du gouvernement américain »

Secrètement, Parsons était profondément ancré dans l’occultisme et devint un membre de premier ordre de l’O.T.O., où il participait à des séances de sex magick plutôt extrêmes :

« Parmi les multiples partenaires sexuels de Parson, il y avait sa propre mère (leurs rencontres incestueuses étaient filmées). Mère et fils, les deux s’engagèrent dans la bestialité et semblent avoir été parmi ces espèces de psychotiques qui peuvent fonctionner normalement en public et maintenir une emprise d’autorité sur les autres.»

En 1942, Parsons fut nommé à la tête de la Loge d’Agapé de l’O.T.O. par Aleister Crowley. Comme lui, il était obsédé par l’idée de créer un « enfant magick » avec Babalone ou une Femme Ecarlate.

« Le but de Parsons a été sous-estimé. Il cherchait à concevoir un enfant magick qui serait le produit de son [de Babalone, ndlr] environnement plutôt que de son hérédité. Crowley lui-même décrit l’enfant magick en ces termes précis dans Moonchild. La Machinerie de Babalone elle-même n’était qu’une préparation à ce qui était à venir : un messie Thélémique. »


Parsons avec des compagnons membres de la Loge d’Agapé


Il n’y avait aucune séparation claire entre la vie professionnelle et la vie occulte de Parsons. En fait, il était connu pour réciter le poème de Crowley, Hymne à Pan, avant chaque test de fusée :




« Frissonne avec la souple envie de lumière,
O homme ! Mon homme !
Viens, sors de la nuit à toute allure,
Celle de Pan ! Io Pan !
Io Pan ! Io Pan ! Viens d’outre les mers,
De Sicile et d’Arcadie !
Errant comme Bacchus, avec faunes et léopards,
Et des nymphes et des satyres pour gardes,
Sur une croupe d’un blanc laiteux, vient d’outre les mers,
A moi, à moi,
Viens avec Appolon en robe nuptiale,
(Bergère et Pythie)
Viens avec Artémis, celle qui est chaussée de soie,
Et lave ta cuisse, beau dieu,
Dans la lune des bois, sur le mont de marbre,
L’aube couverte de rides de la fontaine d’ambre !
Baisse le pourpre du prêtre rempli de passion,
Dans l’autel cramoisi, le piège écarlate,
L’âme qui apeure dans des yeux bleutés,
Pour observer la gratuité de ton maléfice suintant à travers,
Le bosquet égaré, le tronc noueux,
De l’arbre vivant qui est l’esprit et l’âme,
Et le corps et le cerveau – vient d’outre les mers,
(Io Pan ! Io Pan !)
Diable ou Dieu, à moi, à moi,
Mon homme ! Mon homme !
Viens avec des trompettes au son strident,
Au-dessus de la coline !
Vient avec des tambours lentement grommelant,
De la rivière !
Viens avec flûte et pipeau,
Suis-je mûr ?
Moi, qui attends, qui lutte et me tends,
Avec un air qui n’a aucune branche pour nicher,
Mon corps, habillé d’étreintes vides,
Fort comme un lion et pointu comme un croc d’aspic,
Viens ! Oh viens !
Je suis paralysé,
Par l’envie solitaire de la diabolité,
Pousse l’épée à travers l’entrave irritante,
Toute dévoreuse, toute créatrice,
Donne-moi un signe de l’œil Ouvert,
Et l’érection symbolique de la cuisse épineuse,
Et le mot de folie et de mystère,
O Pan ! Io Pan !
Io Pan ! Io Pan Pan ! Pan, Pan ! Pan,
Je suis un homme,
Fais ce que tu souhaites,
Comme un grand Dieu peut le faire,
O Pan ! Io Pan !
Io Pan Io Pan Pan ! Je suis éveillé,
Dans la prise du serpent,
L’aigle l’entaille avec bec et ongles,
Les Dieux se retirent,
Les grandes bêtes viennent, Pan ! Je suis né
Pour la mort sur la corne,
De la licorne,
Je suis Pan ! Io Pan ! Io Pan Pan ! Pan !
Je suis ton compagnon, je suis ton homme,
Chèvre de ton troupeau, je suis or, je suis dieu,
Chair sur tes os, fleur sur ta tige,
Avec des sabots de métal je cours sur les rochers,
A travers le solstice acharné à l’équinoxe,Je m’extasie ; et je viole et j’arrache et je déchire,
Eternel, monde sans fin,
Mannequin, demoiselle, ménade, homme,
Dans la puissance de Pan.
Io Pan ! Io Pan Pan ! Pan ! Io Pan !

– Hymne à Pan, par Aleister Crowley.


L. Ron Hubbard


Parsons se prit d’affection pour Hubbard, qui était à l’époque un capitaine dans la marine américaine (« U.S. Navy ») et l’a initié aux secrets de l’O.T.O. :

« Dans un communiqué de 1946 adressé à Crowley, Parsons écrit : « il y a environ trois mois j’ai rencontré le capitaine (de marine) L. Ron Hubbard… Bien qu’il n’ait aucun entraînement soutenu à la Magick, il a une extraordinaire expérience et faculté de compréhension dans le domaine… Il est la personne la plus thélémique que je n’aie jamais rencontré et en complet accord avec nos principes. Il est également intéressé par l’établissement du Nouvel-Éon… Nous mettons en commun nos ressources dans un partenariat qui agira comme une société limitée afin de contrôler notre affaire entreprise.»


Morceau d’un article de 1969 sur la relation entre Hubbard et Crowley


L’Eglise de Scientologie de Hubbard est aujourd’hui une secte très influente et bien financée qui compte dans ses rangs plus de 8 millions de personnes, dont des célébrités au visage connu comme Tom Cruise, Will Smith, John Travolta et Lisa Marie Presley.


Culture Populaire

Même si Crowley est mort sans un sou, en se battant contre son addiction à l’héroïne, son héritage est tout simplement colossal. L’impact de Crowley sur la culture populaire actuelle est remarquable sur bien des plans, que ce soit à travers des références directes ou des œuvres inspirées de la Théléma.

Les exemples les plus évidents de l’influence de Crowley sur la culture populaire sont les références faites par les stars du rocks énamourées par sa philosophie et sa personnalité, tels que les Beatles et Jimmy Page.


Crowley sur la couverture d’un album des Beatles, Sgt. Pepper’s lonely hearts club band.


Jay-Z portant un haut avec la citation la plus célèbre de Crowley : « Do what thou wilt » (« fais ce que tu désires »)


Crowley a aussi inspiré beaucoup de personnages de film, ce qui inclut Le Chiffre – le principal antagoniste de Casino Royale, de Ian Fleming et le sorcier sataniste Adrian Marcato dans Rosemary’s Baby. Aujourd’hui, des références à Crowley et sa Théléma peuvent se trouver dans des endroits étranges tels que le dessin animé Yu-Gi-Oh ! où un des personnages de la série est nommé « Alister » en son honneur. Ce personnage porte sur son front « Le Sceau d’Orichalque », copie conforme de l’hexagramme unicursal de Crowley.


Alister portant l’hexagramme unicursal sur son front


Au-delà des références directes, un analyste habile peut détecter l’influence de la philosophie thélémique de Crowley et de sa vision d’un Nouvel Eon dans les innombrables produits médiatiques destinés à la masse. En fait, d’importants membres de l’O.T.O. étaient (et sont toujours) lourdement impliqués dans la production de films hollywoodiens, plaçant dans les intrigues des principes thélémiques. La science-fiction est un genre privilégié pour exposer aux spectateurs ces programmes prédictifs.

« L’O.T.O. a commencé d’engendrer des histoires pour des produits artistiques de masse, en particulier la science-fiction, avec des thèmes occultes, subliminaux, publiés dans des livres et magazines à succès. Parmi les grandes références, citons En Terre étrangère de Robert Heinlein, Fusée à la morgue de A. H. White, La Sentinelle d’Arthur C. Clarke mentionné ci-dessus ou Les Enfants d’Icare, du même auteur.

(…) Par le biais de ce genre émergent qu’était la science-fiction, l’O.T.O. fut en mesure de former une vision de l’Amérique à travers la programmation prédictive, qui envisage « un futur inévitable », influant ainsi tout, de l’architecture de nos villes au design de nos automobiles et de ce qui constitue « le progrès et la libération » dans le futur. (…)

La capacité de l’O.T.O. à transformer l’Amérique résidait dans ce lien arrogant qui s’étendait entre la science et la science-fiction, façonnant les médias et la médecine à leur image et à leur gré, créant une nouvelle religion « thélémique » pour la masse.»


En Conclusion

Aujourd’hui, Crowley est soit vu comme un génie mystique incompris ou un charlatan dépravé, le prophète d’une ère d’illumination spirituelle ou un annonceur satanique de l’Antéchrist, un acteur de la libération sexuelle de l’humanité ou un pédéraste accro à la drogue. Est-ce que ses visions spirituelles étaient réelles ou a-t-il réussi à rouler des milliers de fidèles ? Répondre à cette question aujourd’hui est hors de propos. Jeune, Crowley souhaitait devenir une célébrité et changer le cours de l’Histoire et, à sa manière, il a atteint les deux objectifs. Non seulement le personnage étrange qu’il était l’a transformé en une sorte d’icône mythique, mais ses travaux philosophiques et ésotériques agissent de nos jours comme une force majeure qui influence le courant principal de la culture, des valeurs et de la spiritualité.

Contrairement à beaucoup de figures historiques qui ont perdu de leur pertinence à mesure que les années passaient, l’influence de Crowley est allée croissant au XXIème siècle. Ce n’est pas uniquement le résultat de la chance ou d’une évolution naturelle, cependant. Crowley et son O.T.O. ont maintenu des liens tant avec des membres hauts placés du gouvernement britannique et américain, qu’avec des figures de science, de loi et de culture. L’élite mondiale, dominée par les valeurs Illuministes, est en parfait accord avec la Théléma de Crowley. Ces connections ont facilité la dissémination et l’acceptation de ces travaux dans la culture populaire. Crowley n’a pas seulement prédit l’abandon par la société des religions traditionnelles et l’adoption de l’Eon d’Horus, il fut parmi les rouages qui permirent à ces changements de se produire. Sa vision d’un Nouvel Eon coïncide aussi avec le vieux plan Illuminati d’un ordre mondial séculaire dirigé par une élite « éclairée ». Les termes peuvent être différents, mais le fond de philosophie hermétique est le même. Disons que Crowley et l’Establishment voient le sujet « d’œil à œil »… Et cet œil, c’est l’Oeil d’Horus.