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samedi 18 janvier 2020

Bande Dessinée - Nick Fury, Agent du S.E.R.V.O.

Petite trouvaille BD bien geek, Nick Fury, Agent du S.E.R.V.O.

A découvrir ou a redécouvrir (l'album ayant presque trente ans, et les aventures relatées quarante), par un auteur des années soixante indispensable mais assez peu publié en France : Jim Steranko, sorte de Jack Kirby sous acides, nous contant des aventures assez démentielles d'un Nick Fury sous influence de pop culture, récits d'espionnages décalés et semi-parodiques. Du tout bon pour amateur de comics estampillés 60's.

Nick Fury, c'est la synthèse de James Bond (enfin, de The Man From Uncle, si on en croit Stan The Man) et des super-héros Marvel. Quant à James Steranko, un singulier personnage : dessinateur de BD, artiste de l'évasion (Kirby se serait inspiré de lui pour Mister Miracle) puis prisonnier pour de vrai (pour cambriolages et vols à main armée !), il marqua durablement les pages de Nick Fury, Agent of the S.H.I.E.L.D. (devenu chez nous le S.E.R.V.O. l'espace d'un album).

Fury débute sa carrière aux USA dans son propre comic book, N°1, de Mai 1963. Les histoires, scénarisées par Stan Lee sont dessinées par Jack Kirby. Elles serrent de près la réalité d'engagements lors de la seconde guerre mondiale. Kirby -le dessinateur- y "injecte" des événements réels qui lui sont arrivés pendant son temps à l'armée. Du vécu de chez vécu !...Un excellent travail graphique, au trait réaliste qui permet d'apprécier son sens de la dynamique, de dialogues percutants et -surtout- de mises en pages parfois spectaculaires. Pourtant, Fury aura -pour ainsi dire- deux vies; la première, en tant que soldat-combattant, jusqu'au début des années 70. Mais déjà, en 1965, ses auteurs d'alors le "dédoublent" dans une autre série. Fury y apparaît, légèrement vieilli, en tant que responsable du S.H.I.E.L.D. (le "bouclier"); une organisation para militaire. Et c'est tout aussi costaud : lui et son équipe vont mener des missions plus que compliquées, être confrontés aux criminels les plus endurcis. Au gré des épisodes, cet espèce de pirate moderne (Nick porte un bandeau noir sur l'œil gauche) va essayer de déjouer d'incroyables complots organisés par les ennemis de l'Amérique, "SON" Amérique. Et ça déménage tout autant ! Créée donc par Stan Lee et dessinée par Jack Kirby, cette série passera dès 1967 et dans le présent album, aux mains de Jim Steranko qui en poursuivra sa destinée graphique et textuelle. Une très belle série donc, peu connue, si pas oubliée d'une grande partie du lectorat actuel; une saga vraiment jouissive, pleine de démesure, qui fait la part belle à de la formidable action soutenue par des scénarios "en béton". Trop "dure", trop sanglante, serrant de trop près la réalité d'époque ? Cette série n'est jamais parue en France, sous forme d'épisodes à suivre dans un quelconque périodique.

Cinq épisodes sont repris dans cet album :
  • Qui est Scorpio ?
  • Ecole d'Espions
  • Jour Fin du Monde (Doomsday)
  • Lune sombre monte, chien d'enfer tue.
  • Qu'est devenu Scorpio ?
Seul le dernier épisode est en couleur.

Ces quelques histoires sont des one shots et témoignent de la variété des ambiances abordées dans la série : récit d'espionnage, policier, épouvante, science-fiction, super-héros...

La première histoire introduit Scorpio qui réapparaît dans l'épisode qui ferme l'album, un vilain voué à la perte de Fury et qui sera appelé à jouer un grand rôle dans la vie de l'espion par la suite... La trame principale du récit (Scorpio tend un piège mortel à Fury près de Las Vegas) se double d'une intrigue secondaire, celle des destins croisés d'une petite frappe de Vegas aux dents longue et d'un comique raté perclus de dettes qui connaîtront une fin tragique... Ambiance tragique et violente de polar noir pour ce premier épisode...

L'épisode suivant donne l'occasion de pénétrer les coulisses du S.E.R.V.O. : caches, entraînement rigoureux des espions... Fury fait une démonstration de combat à mains nues avec Captain America... Et l'épisode introduit deux personnages importants de la série, Sydney E. Levine dit "Gaffer" ("La gaffe" en VF), le Q de Fury, et la comtesse Valentina Allegro de Fontaine, aux charmes de laquelle l'espion n'est pas insensible...

Passons sur Doomsday, histoire de SF qui ne s'avère n'être qu'un rêve (mais qui présente l'agent Jimmy Woo dans un subplot - c.à.d. une scène indépendante de l'action principale mais qui introduit des éléments pour un développement à venir) pour s'intéresser à Lune sombre...

Le récit se déroule en Ecosse près du Loch Ness et met en scène un chien fantôme inspiré du Chien des Baskerville, le plus célèbre roman de Sherlock Holmes... On retrouve l'ambiance des films de la Hammer avec un manoir, de vieilles pierres humides, des toiles d'araignées, des fantômes vindicatifs mais aussi des emprunts à un épisode de "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" (castel De' Ath, première saison avec Emma Peel : passage sous-marin vers le loch, vierge de Nuremberg dissimulant un passage secret - le méchant connaît d'ailleurs la même fin tragique, lorsque le fond du sarcophage est bloqué et que le couvercle se referme !).

Enfin, le dernier épisode met en scène un nouvelle apparition de Scorpio qui se substitue à Nick Fury et tente de le faire abattre par ses propres amis. Dans cet épisode, Fury demande à son viel ami Pickman de tester les systèmes de sécurité du S.E.R.V.O., mission au cours de laquelle il sera frappé par une balle destinée à l'espion... Dans les dernières vignettes, Fury semble identifier le mystérieux Scorpio, répondant à la question qui ouvrait l'album... Mais le lecteur n'en saura pas davantage...

En dépît des maladresses (Steranko avait parfois des soucis avec les visages et l'anatomie) les aventures de Fury sont prenantes... L'auteur fait preuve d'une mise en page imaginative, cherchant des angles de vue et des effets originaux, et imagine des histoires qui ne sont pas exemptes d'une certaine cruauté. Dommage que les Humanos n'aient pas traduit davantage d'épisodes...


lundi 20 mai 2019

Bande dessinée - Kar War

Je me suis relu Kar War d'Alain Voss ce weekend. Paru en 1981, c’était une sorte de Mad Max, des bandes rivales s’affrontaient dans un désert radioactif. C’était violent, excessif, hystérique et avec un peu de cul. C’était au temps où le premier degré régnait en maître aux Humanos, c’était l’époque bénie de Jean-Pierre Dionnet. Il y a aussi un petit quelque chose qui m'évoque Rogue Trader dans cette BD.








Alain Voss est un de ces auteurs de bande-dessinée qui ont disparu en même temps que Métal Hurlant. Entre 1978 et 1984, il a publié six albums, tous aux Humanos, dont le fameux Heilman, un des albums de BD les plus excessifs. Il est aussi l’auteur de quelques couvertures de Métal Hurlant. Alain Voss est mort en mai 2011.





jeudi 13 décembre 2018

Inspiration : Bande dessinée - Rolf de Richard Corben

En ce moment, je me lis ou relis plein de vieilles BD des Humanoïdes Associés que je chine à droite, à gauche. Là je viens de lire Rolf de Richard Corben, l'un de mes dessinateur et scénariste préféré. J'adore ce mélange très typique dans ses œuvres et d'autres BD d'ailleurs parues chez les Humanos ou dans Metal Hurlant à l'époque, mélange de SF, d'Heroic Fantasy, d'Horreur... D'ailleurs ce scénario m'a complètement fait revoir la prochaine partie qu'on prévoyait, exit la pure escarmouche médiévale fantastique, mais je vais partir sur une un truc genre les peuples unis d'un monde medfan qui luttent contre un envahisseur technologique, rejoignant ainsi le background dont je parlais dans la toute première partie de notre campagne (les guerres coloniales de 1000 ans, non non je ne suis pas inspiré par Narnia, le Prince Caspian ou Avatar pour ce choc de civilisations). Il se peut que la planète soit d'ailleurs celle de notre première aventure mais dans le passé ?? A voir... Au départ j'avais envie de revoir complètement la table de jeu qui est toujours en cour de réalisation mais j'ai trop avancé dessus pour la recommencer (flemme).




Synopsis :

Sur la paisible terre de Canis, d’étranges envahisseurs arrivent un jour, équipés d’armes comme personne n’en a jamais vues dans ce pays. Ils détruisent le château du roi et enlèvent sa fille pour la ramener à leur chef. Mais à leurs trousses, il y a Rolf, le chien fidèle de la princesse, qui aime autant sa maîtresse qu’elle l’aime en retour. Suite aux maléfices d’un sorcier, Rolf n’est plus un chien, sans être vraiment un homme non plus. Juste un monstre à mi-chemin entre les deux. Mais un monstre fou d’amour…

À ma connaissance la plus ancienne production de Richard Corben disponible en français, Rolf se caractérise par une démarcation aussi inattendue qu’originale sur le thème classique de La Belle et la Bête ; sauf qu’ici la Bête n’a pas perdu son humanité suite à une malédiction puisqu’elle n’en a jamais eu pour commencer. Le schéma bien connu se trouve simplement inversé en fait, ce qui reste une méthode de création d’autant plus efficace qu’elle est pratiquée depuis longtemps – et pour autant que l’auteur ait eu conscience d’adopter un tel procédé : ce récit, après tout, débute comme un conte de fée tout ce qu’il y a de plus traditionnel, jusqu’à ce que…




On y trouve déjà tout ce qui fait la spécificité de Corben : l’exaltation de la force brute ; le mélange des thèmes et des époques à travers une sorte de postmodernisme bien avant l’heure ; la belle aux seins lourds ; l’ultra-violence vide de sens et encore plus de morale ; l’iconographie démonologique, ou assimilée ; un style graphique au dynamisme d’autant plus rare que peu d’auteurs ont su l’égaler depuis ; et plus que tout, ce concept si typiquement américain de la liberté de se donner les moyens de prendre tout ce qu’on veut sans donner de prétexte et encore moins d’excuse – ce qui suffirait à taxer Corben de réactionnaire, voire de fasciste, mais je préfère le voir comme un libertaire : les artistes, en effet, ont cette boulimie de liberté qui les empêche le plus souvent d’imposer quoi que ce soit aux autres.

Bref, Rolf a beau être une œuvre de jeunesse, elle n’en demeure pas moins emblématique, ou en tous cas révélatrice : à travers elle, le lecteur aura l’opportunité de découvrir les caractéristiques principales d’un auteur alors en devenir mais appelé néanmoins à signer des œuvres qui comptent encore parmi les plus importantes de la culture comics des années 70 et 80. Mais c’est aussi un récit émouvant par le portrait qu’il dresse d’un animal élevé au rang de presque homme, et qui n’oublie pas pour autant quels sentiments le lient à sa maîtresse : s’il va jusqu’à tuer pour elle, il saura néanmoins quand se rebeller contre l’ordre établi qui voudrait le garder au bout de cette laisse qu’un homme libre ne peut supporter…

Un album pour une histoire à double lecture, à double sens. D'un côté, une aventure -classique- de science-fiction mêlée de fantastique. De l'autre, une histoire qui met en scène l'invasion de l'Ukraine par les troupes allemandes (les uniformes et véhicules des envahisseurs ressemblent à ceux de la Werhrmacht).






À noter que cette réédition se double du récit court La Bête de Wolverton (1972-1979) qui, à partir du thème voisin de l’homme-loup, nous montre un Corben assez sensible aux racines saxonnes et celtiques du peuple américain. Ici, le monstre est un homme simple qui a dû accepter la possession par une entité divine afin d’obtenir le pouvoir de vaincre les oppresseurs de son peuple ; mais cette possession devient vite une malédiction dont ne pourra le libérer qu’un exorcisme pour le moins… particulier.




Avec ces deux récits indépendants qui sont autant de facettes distinctes – bien qu’axées autour de thèmes similaires – d’un auteur majeur du comics underground, Rolf demeure une excellente introduction à l’œuvre pour le moins atypique d’un Richard Corben alors en plein ascension vers une gloire bien méritée. Corben nous conte deux histoires de loup-garous bien différentes avec un ton savoureux et salutaire, vigoureux et surprenant. Histoires réalisées au tout début des années 70, avec un choix de couleurs très personnelles, soit, mais avant tout la présence primordiale d'un encrage puissant. Un des classiques de Corben sur son très long parcours d'auteur.


Notes :

Si au départ Rolf est un comics entièrement en noir et blanc, la version proposée dans cette édition est colorisée, au contraire de sa première édition française de 1975. A savoir que l'histoire avait déjà été publiée dans "Actuel" n° 15, en 1971 avant sa réédition chez les Humanos.


La première édition en noir et blanc

Version américaine, au début le titre était Rowlf avant d'être changé en Rolf chez les Humanoïdes Associés


Guillermo Del Toro au sujet de Richard Corben : "L'artiste qui m'inspire le plus est Richard Corben. Son style est visuel et raconte l'histoire juste comme vous la voyez... Oui, mon favori est Corben. J'aime tout ce qu'il fait, j'aime son travail... C'est un artiste merveilleux."

Rolf a été l'une des inspirations principales du Japonais Hayao Miyazaki pour sa bande dessinée Nausicaä de la vallée du vent (1982-1994) :

Pour Hayao Miyazaki, les courants s’étaient, à l’aube des années 80, montrés bien malicieux en ce qui concerne la carrière cinématographique du génie de l’animation. Il aura fallu l’intérêt du magazine spécialisé Animage pour que quelques projets de Miyasaki soient placés sur les rails. Parmi ceux-ci se trouve l’adaptation d’une bande dessinée de Richard Corben, Rolf qui se voit librement modifiée, intégrant notamment des éléments fondateurs de l’œuvre future de Myiasaki comme la Vallée du Vent ou la fukai, cette "mer de la décomposition" qui gangrène la Terre. Le projet capote justement en raison du manque de fidélité. Un nouveau vent favorable souffle alors pour le dessinateur qui se voit suggéré de faire siennes ces créations en les développant dans sa propre série de mangas. Le premier épisode en crayonné des aventures de Nausicaä paraît en 1982, ce qui provoque l’engouement de la presse, même internationale. Les premiers pas de la princesse peuvent donc avoir lieu à l’écran pour un pilote de cinq puis dix minutes...

Mais la Vallée du Vent est plongée dans la tourmente et menace de s’effondrer face aux coûts que sa production engendre. Celle-ci s’avère trop onéreuse pour son format, la vidéo ne se montrant pas suffisamment rentable. Tokuma Shoten met le pied à l’étrier, en compagnie de la société Topcraft (première ébauche des futurs studios Ghibli qui permettront au maître de produire ses futurs longs-métrages) de Toru Hara, ancien de la Tôei Animation, et ouvre la voie à Miyasaki pour un long-métrage destiné aux salles obscures. Il y parvient dans le début de l’année 1984 et bénéficie d’une belle réception critique et publique. Et pour cause...

En effet, si les animations de Nausicaä paraissent aujourd’hui quelque peu surannées face aux machines modernes, le charme de ces décors majestueux aux formes pures et aux couleurs éclatantes agit d’emblée sur le spectateur plongé au cœur de ce monde dévasté, purgatoire pour une poignée d’hommes qui ont eu le mauvais goût de survivre à l’invasion de la fukai et aux assauts des redoutables omus. Ces insectes grouillants, armés de mandibules, représentent le principal fléau duquel il faut se prémunir d’autant qu’ils envahissent par milliers, aveuglés par leur colère, les derniers bastions restés aux mains des humains. Ces bipèdes, créateurs de leur propre misère, qui s’organisent en cités et luttent les uns contre les autres plutôt que de s’unir contre un "ennemi" commun...

Parmi ces créatures au final plus aveugles que leurs congénères arthropodes trône l’impétueuse mais très sage Nausicaä qui fait fi des prophéties, méprise les préjugés et guide son peuple vers la lumière en sacrifiant sa frêle personne. "Celle qui murmurait à l’oreille des omus" et cultive en cachette des plantes de la fukai prétendument contaminées en remontre aux naïfs et aux va-t’en-guerre, elle donne à chacun une leçon de courage et répand une parole écologique très en phase avec un Japon meurtri par l’arme atomique.

En se gardant de sombrer dans le manichéisme (les cafards qui grouillent ne peuvent que se montrer repoussants quand ils ne sont en définitive que des êtres essentiels à la survie de la terre) et d’emprunter les chemins ultra-balisés d’une narration naïve (le récit compte une garnie très fournie de personnages secondaires qui parviennent tous à co-exister dans cet univers des plus riche), Miyasaki conçoit un chef-d’œuvre aux courbes parfaites s’intégrant à merveille dans un univers rétro-futuriste (des engins volants ultra-perfectionnés sillonnent les cieux en passant à travers les ailes de châteaux ornés de pales d’éolienne), à l’animation vertigineuse (voir les séquences de combats aériens), au traitement prodigieux. Un prodige qu’il comptera quelques années après réitérer avec un presque-remake en la personne de Princesse Mononoké...

jeudi 27 octobre 2016

Influences & Inspirations : Jean-Pierre Dionnet

Jean-Pierre Dionnet, né le 25 novembre 1947 à Paris, est un producteur, scénariste, journaliste, éditeur de bande dessinée et animateur de télévision français.




Cofondateur de Métal hurlant et des Humanoïdes associés en 1974, il a découvert ou introduit en France de nombreux auteurs et joué « un rôle décisif dans la bande dessinée contemporaine ».

Grand amateur de rock, il a co-créé en 1980 Les Enfants du rock tandis qu'en cinéphile averti, il a présenté Cinéma de quartier sur Canal+ de 1989 à 2007.

Dans les années 1990, il a contribué à la popularisation du cinéma asiatique via sa société de production Des Films.

Internat chez les Oratoriens, Jean-Pierre Dionnet est dès son enfance un grand lecteur de bande dessinée, ses préférences allant à Carl Barks, aux bandes dessinées de Spirou et aux publications Arédit (Aventures Fiction, Choc, Commando, Sidéral, etc.).

En parallèle avec ses études universitaires, il est vendeur aux puces, puis commis de librairie à la librairie Futuropolis.

Il écrit également des articles sur les comic books, à l'époque méprisés par les premiers critiques de bande dessinée qui leur préféraient les comic strips d'avant-guerre.

Il publie dans des revues aussi diverses que Futuropolis, Comics 130, Pogo, Phénix ou Alfred.

En 1971, présenté par Philippe Druillet, il entre comme scénariste d'actualités et de récits courts chez Pilote, l'hebdomadaire des éditions Dargaud.

Pour la même maison, il crée avec Raymond Poïvet sa première bande dessinée d'envergure, Tiriel, publiée en 1974 dans l'éphémère mensuel Lucky Luke.

Désireux d'écrire des histoires de science-fiction, il se sent cependant peu à l'aise à Pilote, où Goscinny ne veut pas d'autres séries de ce genre.

En 1974, il s'initie à la direction éditoriale en assistant Nikita Mandryka sur L'Écho des savanes, où il fait entrer Francis Masse et René Pétillon.

L'année précédente, il prépare pour les éditions Nathan le magazine Snark mais le projet est tué dans l'œuf.

En décembre 1974, Dionnet, les auteurs de Pilote Druillet et Mœbius, et son ami Bernard Farkas décident de fonder Les Humanoïdes associés pour publier une revue de science-fiction trimestrielle, rééditer Le Bandard fou et « préparer plein d'autres choses ».

En janvier suivant paraît le premier numéro de la revue Métal hurlant, dont il est le rédacteur en chef.

Il y publie de très nombreux auteurs-phares des années 1970 et 1980, de Richard Corben à François Schuiten ou Frank Margerin, en passant par Marc Caro avant qu’il ne fasse carrière dans le cinéma, ou Jodorowsky déjà connu des initiés pour ses films étranges.

Il publie lui-même certaines de ses histoires (Les Armées du conquérant et Arn avec Jean-Pierre Gal, Exterminateur 17 avec Enki Bilal, la suite de Tiriel, etc.).

Tout en axant le magazine autour de la science-fiction et du fantastique, Dionnet cherche à assurer une diversité maximale de thème et de styles graphiques, faisant cohabiter le classicisme de Paul Gillon ou de Chantal Montellier avec les délires graphiques de Philippe Druillet ou Mœbius.

Il double le magazine d'une politique d'albums, afin de donner de la valeur aux Humanoïdes associés.

À la fin des années 1970, Métal hurlant est publié dans 17 pays.

Heavy Metal la version américaine du mensuel, est lancé en 1977.

En 1981 sort en salles, Métal hurlant, la machine à rêver (Heavy Metal en version originale), film composé de plusieurs histoires inspirées de bandes dessinées publiées dans Heavy Metal.

Ce succès public n'empêche pas de graves difficultés financières, dues à une gestion erratique dans les premiers temps.

En janvier 1982, sur Antenne 2, il participe, avec Philippe Manœuvre, à la création de l’émission télévisée Les Enfants du rock (incluant leur « Sex Machine ») et ils reçoivent à ce titre, en 1985, le premier 7 d’Or de la meilleure émission de variétés.

S'il continue à diriger Métal hurlant durant cette période, il n'y écrit plus beaucoup de scénarios à partir de 1982, sinon le second volume d'Arn en 1987. Il désire en effet éviter de se répéter.

En juillet 1984, il déclare ressentir « une très grande lassitude » vis-à-vis de Métal hurlant, et en abandonne la rédaction-en-chef l'année suivante.

En 1988, il revient à la bande dessinée en devenant pour quelques mois corédacteur en chef de L'Écho des savanes et conseiller éditions chez Albin Michel, où il publie quelques albums.

Mais la télévision l'occupe plus.

En effet, de 1989 à décembre 2007, il présente Cinéma de quartier chaque semaine sur Canal+, histoire de remettre en lumière les petits et les grands maîtres européens du cinéma populaire des années 1960, de Mario Bava à Dario Argento ou à Terence Fisher.

Parallèlement, il participe sur la chaîne du câble Ciné Cinéfil (devenue par la suite Ciné Classics) à l'émission hebdomadaire Le Club dans laquelle quatre chroniqueurs présentent les films diffusés la semaine suivante, aux côtés de Pierre Tchernia, Olivier Barrot, Christine Haas, Jean Ollé-Laprune, Jean-Jacques Bernard ou Denis Parent.

Il a également créé Quartier interdit en collaboration avec Yannick Vallet, une émission sur le cinéma gore et d’horreur diffusée sur Canal+ à la fin des années 1990.

Fin 1990, il fonde la société « Des Films qui », avec Studio Canal et la collection « Asian Classics » d’abord, puis avec Pathé avec la collection « Asian Star » ensuite, a fait connaître, hors Asie, des metteurs en scène comme Takeshi Kitano, Hayao Miyazaki, Johnnie To, Tsui Hark, Kim Ki-duk, Lee Chang-dong ou Takashi Miike.

Ayant déjà produit ou coproduit plusieurs films dont Durian Durian de Fruit Chan, Le Petit Poucet et La Vie promise de Olivier Dahan, il a actuellement plusieurs projets en développement : Max, d’après le roman de Howard Fast, en association avec Manuel Munz, Mr Clubb & Mr Cuff, d’après une novella de Peter Straub et qui sera réalisé par Kyle Cooper, Dragon Fin’s Soup d’après l’écrivain thaï, S. P. Somtow.

À soixante ans, il a décidé de se réinventer, abandonnant pour un temps la télévision et la distribution de films pour se consacrer pleinement à l’écriture de bandes dessinées.

Après avoir donné une suite à la saga Exterminateur 17 avec Igor Baranko chez Casterman (trois volumes, 2003-2008), il lance en librairie en 2011 Des dieux et des hommes, une grande série chorale et collective sur l’histoire de l’Amérique de 1929 à 2147, dans un monde parallèle où les dieux vont remplacer les hommes.

Le projet, édité par Dargaud, est prévu pour trente albums, à raison de six par an pendant cinq ans.

Par ailleurs, sur son blog L’Ange du Bizarre, il parle chaque jour de tout ce qui lui passe par la tête dans tous les domaines de la culture et de l’inculture…

Il a été membre permanent du jury du Grand Prix de l’Imaginaire (GPI) jusqu'en 2013.

Il en a démissionné en 2013.