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mardi 20 décembre 2022

Inspiration - Les Mondes Engloutis

"Les Maîtres du Temps", de René Laloux est un film d'animation qui m'a marqué et intrigué quand j'étais enfant. Un magnifique film d' animation que j'ai revu avec mon fils il y a quelques années et qu'il a adoré.




C'est ce dessin animé qui m' a pendant très longtemps fait penser que Moebius avait contribué à l'oeuvre des Mondes Engloutis ! La ressemblance entre le petit Piel des Maîtres du Temps et la petite Rebecca des Mondes Engloutis est assez saisissante, je trouvais aussi des ressemblances entre le Ouin Ouin des Maîtres du Temps et certaines créatures des Mondes Engloutis, à commencer Bic et Bac et une esthétique générale proche de toutes façons de ces œuvres là, probablement l'époque. Même si ça a beaucoup vieilli, ça reste un incontournable de l'animation française des années 80.






C'est a Nina Wolmark, une scénariste née en 1941 en Bielorussie, en pleine guerre, que l’on doit deux des dessins animés les plus crypto-futuristes des années 80 : Ulysse 31 (j'y reviendrai surement un jour), d’abord, et les Mondes Engloutis donc, mais aussi la série Rahan (je reviendrai aussi dessus un jour probablement). Les Mondes Engloutis est une série largement relégué au fond de l’inconscient des adultes et qui, pourtant, mérite une petite réhabilitation, elle est actuellement rediffusée sur la plateforme de France TV et nous avons commencé à la regarder, c'est une découverte pour mon fils mais il aime bien, il adore les vieilles animations de l'époque à qui il trouve bien plus de personnalité qu'à beaucoup d’œuvres actuelles et une certaine innocence dans les propos qui prête plus au rêve et à se plonger dans ces univers.

"Tout commence dans un passé lointain ou dans le futur, nul ne le sait vraiment. Toujours est-il qu'un cataclysme ravagea un jour la Terre entière. Une île nommée Arkadia fut engloutie par les eaux et envoyée au centre de la Terre. Les survivants de cette île créèrent alors le Shagma, qui permettrait à leurs descendants de survivre dans ces profondeurs glacées. Les Arkadiens décidèrent alors de cacher à leurs descendants leur passé, et le bâtiment où étaient conservées les reliques du passé fut frappé d'interdiction et placé sous la garde de Shag-Shag, un robot-véhicule intelligent, capable de s'auto-entretenir pendant des milliers d'années. Perdus dans les strates de la Terre, Bob et Rebecca partent pour la plus fantastique des aventures à bord de Shag-Shag, afin de découvrir le secret du Shagma, lieu de vie et de lumière de la civilisation d'Arkadia".

Cette série fait une excellente ressource pour une campagne de Jdr de type Troika!, je l'ai déjà cité dans mes articles consacrés à ce jeu il me semble, il était donc temps d'en parler.




On peut aussi imaginer les strates comme des plans, des dimensions de poches... Bref les adaptations sont nombreuses. Une grande partie des artefacts et de la technologie est intéressante et très originale. On peut utiliser cette série pour couvrir une campagne de type Terre Creuse, Hollow World... Certains épisodes sont parfait pour développer une aventure Sword & Sorcery voire Sword & Sandal... Un jeu comme Épées & Voleurs ferait bien le taf.




Ce qui suit est extrait du Wikipédia de la série.




Les Mondes engloutis est une série télévisée d'animation française en 52 épisodes de 26 minutes, créée par Nina Wolmark qui en a écrit la plupart des scénarios et dialogues. Christian Grenier, Joëlle Wintrebert et Michel Jeury ont également participé à l'écriture des scénarios. Les personnages ont été créés et dessinés par Patrick Claeys. Les autres dessinateurs principaux sont les frères Gaëtan et Paul Brizzi, Didier David dit Cromwell et Christian Lignan. Diffusée pour la première fois à partir du 24 septembre 1985 sur Antenne 2 dans l'émission Récré A2, la série a été rediffusée dans l'émission L'été en baskets à dater du 16 juillet 1988, puis du 6 janvier 1990 sur TF1 dans le Club Dorothée. Les épisodes ont été réalisés par Michel Gauthier.

Synopsis :

Le Shagma, soleil artificiel indispensable à la vie des gens du dessous dans la cité d'Arkadia, tombe malade. Guidés par Shag-Shag, antique vaisseau conscient et doté de pouvoirs magiques, les enfants d'Arkadia entrent alors dans le musée interdit et lisent les archives secrètes. Ils apprennent alors que leur peuple vivait au-dessus jusqu'au grand cataclysme qui a précipité leur île sous la surface de la Terre. Ils créent Arkana, une créature ressemblant à une humaine, et l'envoient avec Shag-Shag vers la surface pour chercher de l'aide. Elle est accompagnée de Bic et Bac, deux pangolins, créatures étranges et bienveillantes, aussi anciennes que Shag-Shag.

Dès le premier épisode, le groupe est rejoint par le jeune Bob et sa petite sœur Rebecca, des enfants venus de la surface, ainsi que par Spartakus, un voyageur qui a toujours vécu sous la surface. Le chemin de retour vers le centre de la Terre amène les héros à traverser à bord du vaisseau Shag-Shag, des mondes parallèles ou « strates ». Ils y rencontrent peuples et personnages historiques ou fictionnels issus de différentes origines qui peuvent se révéler être des alliés comme des adversaires dans leur quête.

Quelques épisodes :

L'homme tambour : Spartakus n'a jamais connu sa mère. Un sorcier africain énigmatique et jouant d'un tambour magique le nomme Eweka (prononcé « Êwéké », référence à Oba Eweka) et lui propose de la rencontrer s'il arrive à passer des épreuves et (con)vaincre le fantôme de son père. Devenu roi de « Bénin », son village natal ressuscité, sa mère lui explique toutefois que la loi lui interdit par son nouveau statut « divin » de voir son visage désormais, mais qu'il doit absolument rester. Ne pouvant obtenir ce qu'il désirait, Spartakus s'enfuit avec l'aide d'Arkana.

Le Nemkor d'Arkana : le Shagma mourant, désespérant du retour d'Arkana, après de longues hésitations sur la place de l'orichalque, les Arkadiens tentent une opération jamais tentée : ils réfléchissent les rayons de l'arc-en-ciel shagmique vers le Shagma. Durant cette manœuvre, les créatures shagmiques sont privées de leur source d'énergie. Shag‑Shag se déstructure au plus grand dépit de Spartakus et Bob, et ils tombent dans un trou noir. Arkana, Bic et Bac se réduisent à de fragiles boules de lumières sous le soin de Rebecca.

Démosthène, dit D.D. : rencontre avec le logographe bègue de l’Athènes antique. « Répète après moi : dé-mo-cra-tie ! » Démosthène est enlevé par Maxagaz qui veut son aide pour pouvoir remporter les élections et rester chef des pirates. Débats houleux de politiques étrangères sur le forum antique ou à la télévision FIP.

Gog et Magog : « Dans ce pays, les gens chantent pour supporter le bruit horrible du vent ». Un phénix blanc convainc Arkana qu'Arkadia se trouve derrière une porte fermée par la vibration des deux branches d'un diapason identique à celui de la place de l'Orichalque (forum). Au-dessus du diapason flotte une pierre noire… dont la chute arrêterait ce diapason et ouvrirait cette porte. Mais derrière cette porte se trouvent les terribles armées de Gog et Magog...

Tada et les insignes sacrés : dans cet épisode, les héros assistent un homme en grande détresse en l'aidant à retrouver un objet symbolique (en orichalque ?) qui lui donne le droit, selon la loi du roi, de vivre en homme libre. Un vieil esclavagiste colonialiste aigri car abandonné par son ancienne hiérarchie l'a empoisonné pour le lui voler, et l'empêcher de se libérer.

Ces épisodes sont tous tirés de la deuxième partie de la saison 1 de la série.

Personnages :

Principaux

  • Arkana : humanoïde bipède, « à l'image des gens du dessus », créée par les enfants d'Arkadia avec des bribes d'informations provenant de la mémoire d'Arkadia, et les rayons des arcs-en-ciel shagmiques, magicienne bienveillante mais naïve, capable de projeter des illusions. Elle doit demander aux gens du dessus de l'aide pour réparer le Shagma.
  • Bic et Bac : deux joyeux petits animaux sacrés, les plus anciennes formes de vie de la cité d'Arkadia. Ils sont des pangolins compagnons caressants, habiles, drôles et enjoués, capables de produire du feu (ou de l'électricité) en frottant leur nez ensemble. Les deux sont investis de pouvoirs shagmiques comme Arkana et Shag-shag. Il est à noter qu'ils ne possèdent pas de griffes mais des doigts.
  • Bob et Rebecca : frère et sœur « du dessus » qui ont décidé, profitant d'une rencontre accidentelle avec Arkana lors d'une expédition spéléologique, d'accompagner les héros sous le prétexte de connaître les secrets du Shagma avec un comportement rassurant de spectateurs. Pour ces deux enfants, l’inquiétude d'effrayer leurs parents par leur absence n'a pas de fait puisqu'ils leur semble évident que le temps s'écoule bien plus lentement à l'intérieur de la terre qu'à sa surface. Bob surnomme sa petite sœur « P'tite boule ».
  • Spartakus : voyageur des Strates et mondes souterrains, qu'il arpente, il ne se sépare jamais de son bracelet noir d'Orichalque bien pratique (c'est un outil multifonctions : grappin, arbalète...) et hérité de son père. Son passé est sombre : sa famille et lui ayant été attaqués à Barkar par des vendeurs d'esclaves, Spartakus y est longtemps resté comme Gladiateur avant de regagner sa liberté, et errer dans les strates...
  • Shag-Shag : le vieux robot-vaisseau explorateur intelligent dormait dans le musée interdit de la cité, dont il gère l'essentiel de la maintenance. Il a permis aux enfants d'Arkadia d'y accéder clandestinement. Il a la silhouette stylisée d'une tortue géante. Son ordinateur-cerveau, datant d'avant le grand cataclysme, a des trous de mémoire. Les shagies sont une multitude de petits robots d'entretien et de réparation. Shag-Shag possède une interface de communication/énergie dédiée à l'espèce dont font partie Bic et Bac, et une culture encyclopédique des temps passés et des strates. Il prétend être impatient de retourner dans son musée une fois que sa mission vers la surface sera terminée. Mais les aventures se succèdent dans les dédales des strates.

Secondaires

  • Les Arkadiens : Mélange harmonieux de végétal et d'humains très évolués, ils n'ont pas de pied et flottent librement dans Arkadia (absence de gravité physiquement correcte, au moins). Ils ignorent tout de leur passé, et leur dialectique est duale, avec des hommes très prudents et des femmes impulsives. Leur civilisation semble heureuse et pacifique, mais leur tranquillité a un prix, qu'Arkana découvre dans l'épisode Les prisonniers du temps perdu. Les principaux Arkadiens sont : Shagmir et Shangora.
  • Les pirates « punk » et Radio FIP, la Radio de la Fédération Inter Piraterie : antagonistes récurrents (parfois, alliés circonstantiels) du groupe d'Arkana, sous une apparence sympathique et enjouée bien que pathétiquement malveillante, ils représentent une société malheureuse, violente, agressive, inculte, esclavagiste, excessivement matérialiste, vivant dans une décharge. Les pirates sont divisés en trois clans : celui des lacs, celui des fjords et celui des flaques. Le clan des lacs, auquel appartient Maxagaz, ne cesse de rabaisser les deux autres (par exemple, lors des jeux inter-pirates). Cette société est structurée sous une apparence de démocratie contrôlée par les médias de masse. « J'accuse Maxagaz de ne pas savoir piller ! » La « gigue des pirates » est une chanson animée qui revient à chaque intervention de Massmédia, la plantureuse oratrice de Radio FIP. « Sans foi ni loi, Ah la belle vie que voilà ! », « Sur vos crânes on fait cric ! on fait crac ! » (avec quelques coups de gourdins...). Les principaux pirates sont : Maxagaz, le chef des pirates et du clan des lacs, Massmédia, sa compagne et animatrice de Radio FIP, Seskapil et Mattymate, leurs acolytes. Le rival de Maxagaz est Ringnar, chef des bandits des fjords.

Autres (quelques personnages en vrac)

  • Startakus le « Guérisseur d'étoiles » : vieux scientifique du futur occupant une station spatiale, il fait de la rétention d'information à l'encontre du groupe d'Arkana.
  • Arkshag : antagoniste récurrent apparu au cours de la série, il est le gardien du Temps perdu. Son but est de capturer tous les Arkadiens qui ont quitté la ville et de les emprisonner.
  • Chanteplume : vieil ami sympathique de Spartakus, il est un poète et joueur de mandoline de la ville de Villon ainsi qu'un mauvais garçon connu de sa cour des miracles. Pour son art, il lui arrive de voyager entre les strates.
  • Les Inquisiteurs du Cristal Vivant : Ce tribunal de trois juges à la peau bleue apparaît pour la première fois dans le deuxième épisode de la première saison, "Le cristal vivant". Ils essaient de faire renoncer Galilée à ses revendications d'un monde au-delà du cristal vivant. Ils font capturer le groupe et le testent psychologiquement pour les convaincre qu'ils sont des êtres qui ont été pris dans le Cristal Vivant et souffrent "d'une déformation du temps". Ils sont même prêts à recristalliser Shag-Shag si Galilée ne renie pas ses croyances. On les revoit dans le deuxième épisode de la deuxième saison, "L'échiquier des mondes" ("Le jeu le plus dangereux").
  • Empereur Qin : Le dirigeant d'un empire de type chinois au sein des strates. Il partit à la conquête d'Arkadia. Il a finalement été tué parmi son armée de guerriers ressemblant à des robots d'argile.
  • Galileo : Une version strate du Galileo du monde réel ; il vit dans le Cristal Vivant. Lorsqu'il découvre le groupe emprisonné dans un Shag-Shag cristallisé, il les libère. Leur existence prouve la théorie interdite selon laquelle il y a de la vie en dehors du cristal vivant. Après avoir été contraint de nier la vérité, il a été autorisé à partir avec le groupe, mais au dernier moment, il est rentré chez lui.
  • Gog et Magog : deux créatures monstrueuses partageant le même corps. Ils sont involontairement libérés pour faire des ravages par Arkana, qui est induite en erreur par le Phénix à utiliser ses pouvoirs. À la fin, ils sont tous les deux contraints de retourner dans leur propre monde.
  • Demosthenes : Un célèbre porte-parole, kidnappé par Maxagaz afin de l'aider à apprendre l'art de parler et ainsi gagner l'élection à la tête de la Fédération Interstrata Pirate. Il a été banni de son pays parce qu'il n'a pas fait réparer les murs.
  • Méo et Myra : Un grand-père et sa petite-fille qui vivent dans un village pillé par les Mogokhs. Ils demandent l'aide du groupe, qui les aide à vaincre les Mogokhs.
  • Les Mogokhs : Un peuple guerrier nomade qui opprime et vole les autres. Ils se distinguent par leur invincibilité. Ils ne descendent jamais de leurs montures de peur d'être piétinés à mort.

Références culturelles :

Cette œuvre, dont le scénario a été écrit par Nina Wolmark, une sociologue du travail née en 1941 à Minsk, a souvent un caractère très symbolique. On y retrouve fréquemment des éléments de critique sociale.

Il y a des références à des œuvres, personnes et faits célèbres dans les différents épisodes. À titre d'exemples : le feuilleton exploite le mythe de la Terre creuse et d'Agartha, l'épisode 3, Thot, est inspiré de King Kong, Arkana étant la belle, et Thot la bête. On aperçoit l'Empire State Building sur un ancien téléviseur.

Dans l'épisode 5, Le cristal vivant, les héros rencontrent le personnage de Galileo Galilei qui combat l'inquisition niant ses découvertes, il prononce d'ailleurs à la fin la phrase qui lui est souvent attribuée : « Et pourtant, elle tourne ».

Dans l'épisode 8, Démosthène, dit D.D., tandis que Shag-Shag essaie de retrouver des informations sur le passé arkadien, des images de buildings d'une métropole ancienne sont diffusées sur l'écran du vaisseau. On peut alors entrapercevoir l'une d'elles présentant la vaste tour centrale du célèbre film Metropolis de Fritz Lang.

On trouve dans l'épisode 15 une référence à l'armée en terre cuite du mausolée de l'empereur Qin, l'épisode 19 Le guérisseur d'étoiles aborde la notion du paradoxe temporel.

Saison 2, dans l'épisode 16, les héros arrivent dans une ville où la population vit sous le joug de soldats dont le symbole est un dessin noir dans un rond blanc sur fond rouge, référence au nazisme. Et dans cette ville, parmi les opprimés, il y a un homme aux cheveux blancs avec une moustache nommé Albert, et plusieurs références à Albert Einstein.

Dans l'épisode 22 (Le temple du condor), où le groupe visite une strate où se dresse un ancien temple d’aspiration explicitement précolombienne et dédié au culte du soleil, Bob fait mention d'une célèbre bande dessinée de son monde qui s'y réfère et dont le titre commencerait par « Le Temple du... » : allusion à l'album des Aventures de Tintin, œuvre de l'auteur belge Hergé.

Pour une émission pour enfants, celle-ci avait une tonne de choses en cours et de nombreux thèmes étaient très en avance sur leur temps. De la création de la vie artificielle aux luttes de Spartakus. Il se passait beaucoup de choses ici. Une grande partie du matériel est facilement adaptable pour une campagne car une grande partie du matériel et des idées de la série a été superposée de manière à révéler une chose mineure après l'autre pour diriger les PJ. Les ruines, la technologie et le décor ont continué à se construire tout en faisant face aux luttes des personnages eux-mêmes. Bref ça peut sembler étrange de parler des Mondes Engloutis en 2022, mais plongez vous ou replongez vous dans cette série qui peut vous donner des idées étonnantes même si elle pique un peu les yeux.




Petit bonus mais je ne pouvais pas m'en empêcher, la musique et j'ai même mis le Flashbic :



samedi 25 décembre 2021

Les Maîtres du temps - René Laloux (complément)



Une petite mise à jour pour compléter cet article, la vidéo ayant été supprimée en voilà une autre. La qualité est un poil moins bonne ceci dit, j'ai l'impression. Bon visionnage de ce chef-d'oeuvre.

lundi 27 mai 2019

Réflexion autour de deux génies...

J'ai vu le film Heavy Metal quand j'étais adolescent. La séquence «Taarna» m'a captivé. Une horde de mutants à la peau verte massacrent une ville d'érudits-scientifiques. La ville condamnée ressemble à cet étrange hybride steampunk-rococo-Little Nemo peuplé de descendants androgynes d'acrobates de cirque français.




De là, la scène à couper le souffle de Taarna dans sa robe d'acolyte volant sur son coursier de type ptérodactyle au-dessus des plaines, des pipelines et des villages de sa planète désertique. Elle plonge sous terre dans cette vaste série de catacombes métalliques, jusqu'au temple de la taille d'un hangar d'avion qui abrite la statue de son ancêtre. Il y a quelque chose de futuriste dans ce monde. Il y a quelque chose de primitif. Il y a quelque chose de désolé et de solitaire. Quel genre de race a laissé ces ruines industrielles, qui abritent désormais des mutants et des guerrières ? Qu'est-ce que ça ferait de vivre dans cette version extraterrestre du Far-West ?

Les animateurs recréaient le monde d'Arzach. Moebius a été le pionnier de ce look grungy «futur usé» qui serait popularisé par Star Wars. Grandeur et décomposition. Il n'a eu aucun problème à mélanger des éléments de science-fiction et de fantasy d'une manière qui semblait organique, comme sa série superbement fantaisiste "Altor / Le Crystal Majeur". Son travail est fantastique, détaillé, improbable et, surtout, amusant. Avec Moebius, vous avez tout.




Une chose que j'ai apprise depuis son décès, c'est à quel point il était vraiment influent. Guerres des étoiles, Nausicaa, Blade Runner, Tron, Le cinquième élément... Il a travaillé dessus ou les a influencé. Si vous y réfléchissez, la seule esthétique de la science-fiction grand public dont il n'est pas responsable sont les designs de Giger pour Alien, mais il a fait de l'art conceptuel pour le premier film.

Comme pour Moebius, je suis un fan de l'animateur René Laloux, qui incarne le fait que la qualité signifie tout. Il a fait trois films. Il avait seulement besoin d'en créer un pour assurer sa place dans l'histoire de l'animation et c'était La Planète Sauvage. Le classique culte trippy scifi est populaire depuis des décennies. Les fumeurs de toutes les générations ont halluciné devant ses images bizarres. Au-delà, c'est un film très intelligent, philosophique, sombre, beau et qui a des choses à dire sur la place de l'homme dans l'univers.




Comme tout bon dessinateur de bande dessinée, Moebius était un maître de la collaboration, et il a fait Les Maîtres du Temps avec René Laloux. Voir ces noms côte à côte a fait bondir mon petit cœur de geek qui s'ignorait encore (on employait pas ces termes là à l'époque). Les Maîtres du Temps, deuxième des trois films de Laloux, est une rare collaboration entre deux génies de l'art français. Dans l'animation, Moebius a trouvé un fantaisiste aussi imaginatif que lui.


Jean Pierre Bourtayre - Les Maîtres Du Temps - End Theme



Pour accompagner le précédent Post, cette musique que je trouve superbe.

Les Maîtres du temps - René Laloux

Ce weekend, j'ai revu les Maîtres du temps (ha la magie de YouTube et d'une Chromecast...). Je n'avais pas regardé ce film depuis une éternité et je voulais le faire découvrir à mon Fils, il a adoré tout comme Gandahar que je lui avais déjà fait voir l'an passé, ça fait plaisir de voir qu'il est plus sensible à ce type d'animation ou encore du Ghibli par exemple qu'à toutes ces soupes qu'on nous sert en pagaille en général, animation oui !!! mais contenu de qualité.




Résumé du film Les Maîtres du temps


Piel, un petit garçon en compagnie de son père, atterrit sur une planète sauvage, Perdide. Avant de mourir, son père réussit à contacter son ami Jaffar, et lui demande de sauver son fils Piel, désormais seul sur cette planète.

Piel reçoit de son père un microphone, son seul moyen de contact avec Jaffar qui, avec des compagnons, vont lui parler tout au long du voyage en lui donnant de judicieux conseils.

En compagnie de son vieil ami Silbad, un vieux boucanier rusé et plein de ressources, Jaffar se dirige vers Perdide pour sauver le petit Piel. Mais plusieurs incidents vont se dérouler au cours de l'aventure... sans compter que l'espace recèle bien des mystères.




Le dessin animé offre des possibilités fantastiques pour transcrire des visions et des histoires absolument fantastiques. Hélas pour nous, la mode des films de Walt Disney demeure si ancrée dans nos institutions que les dessins animés qui se permettent d’être originaux sont rares. Certes, il y a bien eu Ralph Bakshi, mais l’échec commercial de Tygra a stoppé net sa carrière. L’animation japonaise peut être jouissive mais pour un Akira ou un Laputa, combien de choses décevantes. Toutefois, un maître du dessin animé d’auteur était français et il se nomme René Laloux. Une des ses œuvres les plus notables se nomme "Les Maîtres du temps", et elle demeure une réussite artistique inégalée.

Les Maîtres du temps demeurent tirés d’un livre de l’écrivain français Stefan Wul, alias Pierre Pairault, qui l’a écrit en 1958. Il s’agit d’une œuvre assez intéressante qui ne fut pas condamnée à dormir sur l’étagère de collectionneurs avertis de Sf. René Laloux demeure un animateur de renom, qui s’est battu toute sa vie afin de monter les œuvres qu’il avait en tête.




Né en 1929, René Laloux s’est toujours intéressé à la peinture puis à l’animation, un art qui permet l’expression d’une imagination très intense, si on en a l’ambition. Il a collaboré avec Roland Topor (Téléchat !) sur des programmes mais il a réussit à monter en 1973 la planète sauvage, un film d’animation que l’on pourrait qualifier d’expérimental quoiqu’il soit abouti. La planète sauvage a rencontré un certain succès, il fut notamment sélectionné à Cannes mais René mis 9 ans à ce que son second long-métrage aboutisse, ce sera le superbe "Les Maîtres du temps".




La production des Maîtres du temps ne fut pas une sinécure, ce fut même un parcours difficile. René Laloux connaissait les œuvres de Stefan Wulf et il lui a proposé d’adapter l’orphelin de Perdide en dessins animés. Le travail d’adaptation prit fin en 1977 et un judicieux producteur, Jacques Dercourt, s’emballe pour le projet qu’il mène avec la firmeTélécip. La production revoit quelque peu le scénario, qui fait appel au dialoguiste Jean-Patrick Manchette. Moebius est sollicité en 1979, il s’agit d’une pièce maîtresse du film qui apporte son savoir et son talent aux designs des personnages et des décors. Moebius a continué en donnant des indications de couleurs pour les scènes, élaboré un story bord en 10 volumes, ce qu’il lui a pris deux mois et demi.




L’élaboration de la partie animée s’est faite à Budapest, par le Pannomia film studio. 110 personnes vont travailler pendant un an. Le problème est qu’il fallait payer mieux les dessinateurs car leurs salaires étant faibles, ils avaient d’autres activités professionnelles ! Il fallu donc jongler en terme de production mais le travail, élaboré à bases de cellulos (contrairement à la Planète sauvage) demeure d’une rare qualité. La musique demeure également un élément abouti des Maîtres du temps. C’est donc l’œuvre de Pierre Tardy et Christian Zanesi qui font la BO mais également l’environnement sonore des mondes des Maîtres du temps. Pour ce qui est de la BO, le morceau final qui accompagne le sort final de l’un des personnages (voire plus), demeure une splendide réussite, peut-être même l’un des tous meilleurs morceaux de chant classique couplé à un film. Comme tous les éléments du film, les artistes qui ont participé aux Maîtres du temps ont fourni une excellente prestation.

Le film est finalement fini à la fin 1981 et un accord est passé avec Tf1 pour la coproduction, ce qui demeure hautement nécessaire pour un film de cette ambition. Il y eut une promotion, assez timide, qui ne permit pas mille fois hélas aux Maîtres du temps de remporter le succés qu’il mérite. Le film est d’ailleurs passé quelques années sur Tf1, alors chaîne d’Etat, pour les vacances de Noël. Le seul tort des Maîtres du temps demeure paradoxalement la qualité de son œuvre : les enfants n’ont pas compris le film à l’époque et les adultes n’ont pas tenté en masse ce beau voyage à l’aventure. Le public le plus alerte fut celui de Métal Hurlant, grâce à la collaboration inspirée de Moebius, mais il ne fut pas hélas assez nombreux.




Il y eut un adroit marchandising autour du film puisque il eut le droit, simultanément à sa sortie, à une adaptation en Bd (ce qui apparaît naturel), un 33 tours qui raconte l’histoire du film, un soutien actif de Métal Hurlant, des cahiers d’écoliers. Un fait m’échappe, je ne sais plus si les deux petits télépathes, élément qui permet aux Maîtres du temps d’être accessible aux enfants, ont été éditées en figurines (ma mémoire demeure incertaine). Donc les Maîtres du temps a bénéficié d’une promotion indirecte à laquelle très peu de films modernes avaient le droit.




La carrière du film ne fut pas florissante, elle-aussi. Les maîtres du temps se nomment The Time Masters en langue anglaise et il fit un flop aux USA. Toutefois, ceux qui ont vu Les Maîtres du temps avec une bonne disposition ont pu être séduit par cette si belle histoire, qui mêle splendeur des univers, féerie, adroite caractérisation des personnages et une histoire qui demeure tellement ingénieuse…

Les maîtres du temps offrent une histoire d’une grande qualité avec ce qu’on nomme de nos jours un twist. Ce « retournement de situation » est l’acte final, et celui des maîtres du temps demeure si bien agencé qu’il nous cloue dans notre fauteuil.




Le début du film nous montre Piel, un petit garçon, qui fuit avec son père une menace invisible et furieusement meurtrière. Le père a à peine le temps d’appeler à l’aide l'un des ses meilleurs amis, Jaffar, qu’il subit un terrible accident. Le père ordonne à Piel, âgé de quelques années seulement, pour se cacher dans une forêt dont le pistil éloigne la menace.




Jaffar ne perd pas de temps. Il cesse toute activité afin de converger sans attendre vers la planète Perdide. Mais il doit escorter par contrat un prince destitué, assez fourbe. Il est accompagné de sa maîtresse nommée Belle, qui demeure plus noble. Le périple qui mènera vers Perdide sera long et semé d’embuches.




Simultanément à la progression haletante de nos protagonistes, le petit Piel devra survivre à la forêt de Pistil qui recèle en son sein une pléthore de menaces, mais aussi quelques merveilles et animaux sympathiques. Le périple de Piel verra donc des animaux étranges, dont l’amusant et réussi Ouin-ouin, mais il communique avec un communicateur que lui a laissé son père. Il demeure donc relié à Jaffar, Belle et le prince félon mais ceux-ci iront chercher Piel avec l'aide de Silbad.




Silbad demeure un vieux loup de l’espace, qui semble tout connaître et notamment la rare Perdide. Il s’engage aux côtés de Jaffar spontanément et il sera utile pour prévenir le petit Piel des dangers qu’il encourt et le rassurer. Sur la planète de Silbad, tous assistent à l’éclosion d’une plante qui donne naissance à des petits êtres télépathes pour qui les pensées peuvent « sentir mauvais ». Deux de ces êtres, Jad & Yula, se joignent au périple de Jaffar.




Avant d’ espérer atteindre Perdide, tous seront confrontés à une autre planète étrange peuplée d’anges sans face. Ces anges raisonnent à l’unisson et ils sont tous reliés à un être télépathe, la conscience collective, qui retient tous les naufragés sous son joug. Il s’agira d’une aventure de plus pour Jaffar et ses pairs, dont un aura l’honneur de se distinguer et de se racheter, mais le temps presse horriblement pour le petit Piel. Il a atteint le centre de la forêt, hors d’atteinte du pistil, qui ne le protège plus des frelons qui ont tué ses parents et une bonne partie de la population.




J’arrête de narrer les aventures de Jaffar, Piel et les autres. Mais il faut que vous sachiez que la manifestation des Maîtres du temps demeure primordiale pour ce récit, qui raconte un des meilleurs paradoxes temporels jamais écrits (à ma connaissance, bien sûr). Le long métrage se scinde en deux parties distinctes, le périple du petit Piel et les aventures de Jaffar pour ne faire plus qu’un, sous l’intervention providentielle des Maîtres du temps. Ils permettent d’élever le thème du paradoxe temporel jusqu’à un haut niveau puisque les deux éléments ou lignes de l’histoire en forment une troisième et ultime, qui demeure fort déstabilisante. La réflexion que suscitent les Maîtres du temps, sur la synchronie liée au temps et les paradoxes, demeure lancinante encore longtemps après avoir vu le film. Aussi si vous ne le connaissez pas encore, ou que vous en ayez un souvenir diffus, je ne peux que vous conseiller de le visionner !




Féerie, mondes étrangers qui sont conçus avec une brillante imagination, caractérisation réussie de la plupart des personnages… Les maîtres du temps demeure une réussite splendide, preuve éclatante que le dessin animé peut prétendre à un niveau très élevé en ce qui concerne l’art. Ainsi la France célèbre le neuvième art avec conviction, pourquoi faut-il que le dessin animé (comptons les œuvres de René Laloux, Paul Girmault et tous les autres animateurs qui n’ont pas eu la chance de s’exprimer) ne soit pas reconnu à sa juste valeur ?




Sources diverses sinon je vous conseille une critique fort réussie sur l'excellent site Devil Dead.

Et aussi de vous plonger dans cet excellent livre "Les mondes fantastiques de René Laloux" que je chroniquais d'ailleurs ici.